Edgar Moreau
© Julien Mignot
Edgar Moreau © Julien Mignot
Chronique

2015, le millésime d’Edgar Moreau

par Lydie Lane | le 21 juillet 2015

Des Rencontres Musicales de Noyers à De Bach à Bacchus en passant par le Festival du Chablisien, les Grandes Heures de Cluny et Musique au Chambertin, le Festival musical des Grands Crus de Bourgogne fête ses trente ans en proposant une série de concerts exceptionnels jusqu’à l’automne.

Ainsi, l’église Saint-Aignan, qui domine le village de Poilly-sur-Serein, à mi-chemin entre Chablis et Noyers, eut le privilège d’accueillir Edgar Moreau, en clôture du Festival du Chablisien et en ouverture des Rencontres Musicales de Noyers.

Le public est arrivé tôt et en nombre pour entendre ce violoncelliste qui, à 21 ans à peine, vient d’être nommé Soliste instrumental de l’année aux Victoires de la musique classique, deux ans seulement après avoir été élu Révélation de l’année… D’aucuns savaient sans doute, avant de lire le programme de la soirée, qu’il avait précédemment remporté le Prix du jeune soliste au Concours Rostropovitch en 2009, ainsi que le second prix et le prix de la meilleure interprétation d’oeuvre contemporaine au Concours international Tchaïkovski en 2011.

Edgar Moreau © Julien Mignot

Edgar Moreau © Julien Mignot

La sonorité claire et chaleureuse de son violoncelle, un sublime Tecchler de 1711, a subjugué l’assistance dès les toutes premières notes. Avec le chant mélancolique du premier mouvement de la Sonate de Ligeti, dans cette petite église bondée, perdue au milieu des champs, Edgar Moreau est parvenu à créer d’emblée une atmosphère presque irréelle, hors du temps… Puis, subitement, la mélancolie a fait place à la fougue et à la détermination : le deuxième mouvement fut une véritable démonstration de sa virtuosité déjà légendaire.

Edgar Moreau a ensuite donné une belle interprétation de la Suite n°2 de Bach, avec des tempos bien contrastés, des lignes mélodiques clairement mises en évidences, et des mouvements rapides particulièrement légers et dansants.

Il a poursuivi le programme par la Suite pour violoncelle seul de Cassado. Dans cette pièce, les différents modes de jeux du violoncelle rappellent l’instrumentation traditionnelle des danses espagnoles : les sons harmoniques – naturels ou artificiels, évoquent les flûtes ; les arpèges les guitares, certains effets d’archet les percussions. Dans plusieurs passages, l’interprète doit simultanément jouer la ligne mélodique et frapper un rythme, arpéger des accords ou tenir un son continu. Ce type d’écriture exige une grande précision, tant au niveau de la main gauche, que dans le placement et la vitesse d’archet. Edgar Moreau a semblé s’amuser de toutes ces difficultés. Sans jamais perdre le fil de la mélodie, il a brillamment enchaîné les intermèdes lyriques et les passages plus virtuoses. Il a mené sa Danse Finale avec jubilation et panache jusqu’au tout dernier accord, qui a soulevé un tonnerre d’applaudissements…  pour finalement conclure son récital avec élégance par un dernier hommage à Bach.

Comme il se doit au Festival Musical des Grands Crus de Bourgogne, une dégustation était organisée par les viticulteurs locaux à la sortie du concert. Les notes fleuries et minérales des Petit-Chablis ont apporté un agréable point d’orgue à ce très beau concert d’été.

Ce festival promet d’autres grands moments de musique. Edgar Moreau reviendra le 6 août pour un récital à Cluny. Alors, n’attendez pas les prochaines vendanges : il faut savourer sans tarder ce millésime exceptionnel !

 


 30e Festival Musical des Grands Crus de Bourgogne

Dimanche 12 juillet 2015, Poilly-sur-Serein

Gyorgy Ligeti
Sonate pour violoncelle seul

Jean-Sébastien Bach
Suite n°2 en ré mineur BWV 1008

Gaspar Cassadó
Suite pour violoncelle seul

Edgar Moreau, violoncelle

 

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