Martha Argerich © Progetto Martha Argerich, Lugano
Martha Argerich © Progetto Martha Argerich, Lugano
Chronique

A Lugano, Martha Argerich fait son festival

par Marine Park-Dufour | le 16 juillet 2015

Les bords du lac de Lugano offrent un spectacle paisible et reposant. La promenade sur les berges est d’ailleurs un rituel incontournable, au plaisir duquel il est difficile de résister sous le soleil estival, une glace à la main… Le soir, différents projets musicaux prennent vie dans le cadre du festival de Lugano, à l’instar du Projet Martha Argerich. On découvre Lugano dans ce merveilleux mélange de nature et de culture – n’est-ce pas là la Dolce Vita que l’on aimerait savourer à l’infini ?

Depuis 14 ans, la grande pianiste accueille aussi bien les mélomanes du Tessin que les spectateurs venus de loin pour le programme comme le charme de la cité. Ivry Gitlis, Stephen Kovacevich, Mischa, Sacha & Lily Maisky, Renaud & Gautier Capuçon… tels sont entre autres les noms à l’affiche de ce quatorzième festival. La maîtresse de cérémonie ne cesse d’inspirer ses amis qu’elle invite régulièrement à Lugano et à qui elle sait transmettre une belle énergie. Riche et éclectique, le programme de ces trois semaines réunit Bach, Mozart, Beethoven, Schubert, Prokofiev, Chopin, Wieniawski, Grieg, Fauré, mais on est également surpris par de belles découvertes (Ries, Turina) et du contemporain trop peu joué à Paris (Glass, Weissenberg).

Le 27 juin, Martha ouvre le bal avec des transcriptions pour deux pianos de Prokofiev, son compositeur de prédilection, réalisées par le pianiste qui l’accompagne, Serguey Babayan. Comme son maître, Mikhail Pletnev, qui avait enregistré sa propre transcription de Cendrillon avec Martha Argerich dans les années 90, Babayan occupe une place de choix auprès de la pianiste et joue en totale complicité avec elle, dans un toucher qui mêle la volupté des passages lents à la percussivité des rythmes palpitants.

Quant à l’auditorium de la RSI, on lui reconnaît une taille idéale pour la musique de chambre et une acoustique de ce fait excellente. Les trios de Brahms, ainsi que l’Adagio et Allegro op. 70 de Schumann interprété par Gautier Capuçon et Nicholas Angelich, y font merveille. La tendre caresse tendre qu’Angelich porte sur le clavier réveille le violoncelle de Capuçon dont le son était un peu brut au départ. Une fois de plus, Nicholas Angelich sait mener le jeu, conduisant un savant rubato d’un bout à l’autre de l’opus.

La soirée de clôture, qui a lieu au Palais des Congrès de Lugano, est pensée comme une grande fête autour des solistes du projet, proposant pas moins de quatre concertos aux côtés de l’orchestre de la Suisse italienne, sous la baguette de Jacek Kaspszyk.

Serguei Babayan fait de Prokofiev son compositeur emblématique en s’attaquant au second concerto du compositeur russe, dont il rend à merveille la puissance et la vigueur. Maturité, raffinement et présence scénique marquent le passage de Renaud Capuçon sur le concerto de Bruch. Dans le concerto pour deux pianos de Poulenc, Martha Argerich prend à ses côtés le jeune pianiste belge Alexandre Gurning, avec qui l’entente est telle que l’on croit assister en secret à une répétition entre amis… Pour conclure le concert et le Projet Martha Argerich, la captivante Khatia Buniatishvili se jette à corps perdu dans le second concerto de Liszt, dont elle maîtrise parfaitement toutes les nuances et les subtilités. La pianiste géorgienne n’hésite pas à vivre ses émotions sur scène – cette manière si personnelle de posséder l’œuvre autant que d’être possédée par elle transmet au public un plaisir enivrant.

 


Progetto Martha Argerich, Lugano, du 10 au 29 juin 2015

27 juin à 20h30, Auditorium RSI

Serguei Prokofiev
Transcriptions pour deux pianos par Sergei Babayan

Johannes Brahms
Trio en mi bémol majeur op.40

Robert Schumann
Adagio et Allegro op.70

Johannes Brahms
Trio en la mineur op.114

 

29 juin à 20h30, Palais des Congrès

Serguei Prokofiev
Concerto n°2 en sol majeur, op.16

Max Bruch
Concerto en sol mineur, op.26

Francis Poulenc
Concerto en ré mineur pour deux pianos

Franz Liszt
Concerto n°2 en la majeur, S 125

 

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