© Raffi Mardirossian
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Interview

Vahan Mardirossian et l’Orchestre National de Chambre d’Arménie

par Anne-Lise Dupuis | le 12 novembre 2014

Pianiste et chef d’Orchestre natif d’Arménie Vahan Mardirossian est venu poursuivre ses études musicales en France à l’âge de 17 ans. Entré au Conservatoire Régional de Paris puis au CNSM dont il obtient le premier prix de piano en 1996 il perfectionne ses talents auprès de grands maîtres tels que G.Sebok, D. Bashkirov, C. Franck et J-P Collard. Dès ses débuts Vahan Mardirossian est invité par l’Orchestre de Paris, l’Orchestre National de France, l’Orchestre des Pays de Loire pour n’en citer que quelques-uns sous la direction de grands chefs (K Masur, P. Jarvi…). Parallèlement à sa carrière de pianiste il parfait la direction d’orchestre auprès de chefs de renommée internationale tels que Kurt Masur.

Vahan Mardirossian se produit tant en tant que pianiste (soliste, chambriste ou encore accompagnateur de chanteurs lyriques) que chef d’Orchestre aussi bien en France que sur les scènes internationales (Europe, Amérique, Japon…). Son répertoire est très vaste, du Baroque (Haendel, Bach) au Romantisme (Schubert, Brahms…) jusqu’aux créations contemporaines (Tanguy, Mulsant, Saariaho). Vahan Mardirossian est également compositeur.

Entre une récente tournée avec l’Orchestre National de Chambre d’Arménie dont il est le Directeur Musical et Chef principal et la rentrée en octobre de l’Orchestre de Caen qu’il dirige nous avons pu le rencontrer.
Vous venez de faire une tournée avec l’Orchestre National de Chambre d’Arménie. Vous avez ouvert le concert de gala du Festival de Puplinge (Suisse) par des Miniatures (Komitas/S. Aslamazian), est-ce une tradition pour l’Orchestre ?    

Oui, on se doit en tournée de jouer de la musique arménienne. C’est la particularité de l’Orchestre National de Chambre d’Arménie et c’est pour cela que nous sommes invités. C’est une tradition de jouer la musique de son pays lors des tournées. C’est également un devoir en tant qu’Arménien de faire connaître la musique arménienne au plus grand nombre de gens.
A quand remonte la création de l’Orchestre National de Chambre d’Arménie ?

A 1963. Nous avons fêté ses 50 ans en décembre 2013. Richard Galliano était notre invité d’honneur. Il a déjà joué plusieurs fois avec l’Orchestre d’Arménie, aussi bien en Arménie que lors des tournées: la Danse du sabre [Khatchaturian] , également les 4 Saisons de Vivaldi, des concertos de Bach et bien sûr Piazzolla et Galliano. Nous avons programmé un mélange.
Quelle est la place de la musique classique en Arménie ?

L’Arménie est un pays d’un très bon niveau dans tous les domaines artistiques : musique, peinture, théâtre… C’était encore plus prononcé pendant les années du soviétisme : les artistes étaient plus respectés à l’époque, ils avaient des autorisations spéciales pour quitter le pays, c’était plus côté d’être musicien… Aujourd’hui c’est le règne du dollar et il est devenu facile de sortir du pays, l’Etat a du mal à remplir les écoles de musique du pays…

L’Arménie a son propre public beaucoup plus mélangé qu’ici : les jeunes viennent au concert, on y croise différentes générations.
J’imagine que lorsque vous avez pris la Direction artistique de l’Orchestre National de Chambre d’Arménie et que vous en êtes devenu le chef principal (2011) vous aviez un projet en tête : où vouliez-vous l’emmener et quels sont vos rêves pour cet orchestre ?

Tout d’abord je ne voulais pas avoir à rougir de l’Orchestre sur les scènes internationales et c’est réussi. Mon rêve serait d’amener l’orchestre au rang des 10 premiers mondiaux, mais pour cela il me faudrait plusieurs vies… Plus concrètement c’est un travail qui se fait au fur et à mesure. Il y a des chefs invités et puis  il y a le Directeur musical qui forme l’orchestre, qui lui apprend à parler sa « langue maternelle ». Il faut d’abord savoir parler sa langue maternelle avant de parler les langues étrangères…

En tant que chef invité vous avez juste quelques répétitions et vous partez [ en concert ]. On vous donne un matériel et vous devez fabriquer le vôtre. Il y a une technique de direction sensée être universelle comme la battue qui doit être très claire selon qu’il s’agit d’une mesure à  4/4/, 3/4, 2/4… Après c’est une question personnelle, cela dépend de la personnalité du chef d’orchestre, de sa sensibilité, de son charisme… c’est ce qui fait la différence.

C’est bien différent quand vous êtes le directeur musical d’un orchestre. Par exemple von Karajan a formé l’Orchestre Philharmonique de Berlin pendant 50 ans. On le reconnait à son son qui est différent de celui du Gewandhaus de Leipzig. Par ailleurs, le son d’un orchestre allemand ne sonne pas comme celui d’un orchestre français etc.

A New York lors d’un symposium [ master-class ] de Kurt Masur auquel je participais, le même morceau a été dirigé par 14 chefs différents et il y a eu 14 sons d’orchestre différents. Il y a des différences dans la lourdeur du bras, la vitesse à laquelle il bouge, le regard…  Il y a une télépathie qui s’installe avec le chef d’orchestre : il suggère aux musiciens.
Vous dirigez des orchestres de pays culturellement très différents : France, Arménie, Japon, Tchéquie… Quelles sont les difficultés que vous rencontrez dues aux différences culturelles et qu’est ce qui fait la richesse d’une approche culturellement aussi diversifiée ?

Chaque orchestre est différent, j’essaye de faire une moyenne. Je viens de faire mes débuts avec un orchestre japonais. L’écoute est très forte, les musiciens réagissent au moindre mouvement de la baguette. Il fallait aller chercher autre chose. Les Arméniens sont moins disciplinés de tempérament, il faut plus s’imposer. Le chef d’orchestre doit être libre et s’adapter à la situation, on ne peut pas demander la même chose à chaque orchestre. Avec l’orchestre c’est comme un mariage pour le chef d’orchestre : cela nous convient ou pas !
Vous êtes pianiste et chef d’orchestre, vous vous produisez en soliste, vous avez enregistré de la musique de chambre, vous dirigez plusieurs orchestres, votre répertoire est très large : on vous sent curieux de tout !

En France on aime cataloguer les gens et j’ai horreur des catalogues. J’ai enregistré un premier cd de Schubert qui a très bien marché : on m’a classé pianiste schubertien. C’était me mettre dans une case. J’étais en colère et j’ai fait un 2e cd de musique contemporaine. Idem. J’ai choisi de la musique baroque (Haendel) pour le 3e cd. Chaque musique enrichit la suivante : si on joue bien Bach on joue bien Schubert etc… Cela m’a aidé dans ma carrière et cela a dérangé car je suis partout et nulle part !
Avez-vous également exploré la musique vocale ?

J’ai beaucoup accompagné des chanteurs lyriques au piano et à l’Orchestre et j’ai dirigé un opéra mais nous n’avons jusqu’à présent rien enregistré. C’est très particulier : la voix est fragile, les chanteurs ne peuvent pas répéter plus d’un certain nombre d’heures, il y a risque de surmenage de la voix ce qui explique que les grandes productions d’opéra aient systématiquement des remplaçants.
Pour illustrer le parcours musical original et très varié de Vahan Mardirossian nous vous proposons d’écouter deux de ses enregistrements et de le retrouver à la tête de l’Orchestre de Caen pour la saison 2014-15.

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