Anna Netrebko © Dario Acosta
Anna Netrebko © Dario Acosta
Chronique

Anna Netrebko à Versailles, la fraîcheur d’un soir d’été

par Cinzia Rota | le 9 juillet 2015

Samedi soir, en route vers le château de Versailles. Dans la chaleur de cette soirée estivale je suis bien contente de ne pas m’enfermer dans l’Opéra ou la Chapelle royales, mais de prendre la direction de l’Orangerie.
Passé le somptueux portail, on se retrouve en face d’un beau jardin à la française, jalonné par des petits massifs de buis et baigné par la lumière d’un début de coucher de soleil. Je prends place sur les gradins qui font face à la scène et à l’Orangerie, face à des artistes dont les costumes élégants ne sont pas sans rappeler le luxueux passé des lieux.

Ce soir, deux chanteurs russes et un chanteur letton, accompagnés par l’Orchestre National d’Ile de France, font honneur à l’opéra italien, réunis autour d’Anna Netrebko et sous la baguette de Marco Armiliato.

Le concert débute avec la chaleur, heureusement uniquement musicale, de l’Italie des Vêpres Siciliennes de Giuseppe Verdi. Puis le ténor Yusif Eyvazov – qui remplace Aleksandrs Antonenko, souffrant – nous amène vers le désert égyptien avec « Se quel guerrier io fossi… Céleste Aida » tiré de l’Aïda de Verdi qui saisit le public malgré l’acoustique désavantageuse de ce concert amplifié.

Enfin, Anna Netrebko monte sur scène pour incarner Aïda avec “Qui Radamès verrà… O patria mia”. Le public est inévitablement conquis par la voix de Netrebko, sombre et brillante au fil des registres, et par son expressivité toujours captivante. Les performances de ses collègues sont tout aussi intenses et communicatives : la voix pénétrante de Ildar Abdrazakov est parfaitement convaincante dans Verdi, que ce soit dans Ernani (“Infelice !… e tuo credevi… Infin che un brando vindice ») ou Attila (
“Mentre gonfiarsi l’anima parea dinanzi a Roma… Oltre quel l’imite t’attendo”) comme dans Rossini (
“La calunnia è un venticello”, Barbier de Séville) et son italien impeccable ; la chant d’Ekaterina Gubanova est sensuel et précis et sa maîtrise du pianissimo dans les aigus de la chanson du voile (“Nel giardin del bello saracin ostello”) du Don Carlo de Verdi résolument épatante.

La température monte dans les duos : on passe du romantique « Già nella notte densa » où Netrebko et Evyazov (en couple dans la vraie vie) chantent leur amour sans nuages, pour que ensuite la Zerlina d’exception de Netrebko se laisse séduire par le charmant Don Giovanni d’Evyazov dans le « Là ci darem la mano ». Heureusement que le « Venticello » du Don Basilio de Abdradazakov nous avait rapporté un brin de fraîcheur quelques minutes auparavant avec son air tiré du Barbier.

Airs, duos et changements de robes s’alternent pour le plaisir des oreilles et des yeux, pour susciter à la fois le rire ou l’émotion, comme dans « Un bel dì vedremo » où la Madame Butterfly de Netrebko nous offre un grand moment de poésie puccinienne, la nuit tombée, en complicité avec les jeux de lumières sur les aspérités architecturales de l’Orangerie.

Les chanteurs nous accordent plusieurs rappels dont un « Non ti scordar di me » (Ne m’oublie pas) d’Ernesto De Curtis, arrangé par Julian Reynold, qui nous donne un implicite rendez-vous à la rentrée, quand l’automne nous appellera à nous réinstaller à l’intérieur de nos théâtres.

 


Les Nuits de l’Orangerie de Versailles

Anna Netrebko, soprano
Ekaterina Gubanova, mezzo-soprano
Yusif Eyvazov, ténor
Ildar Abdrazakov, basse

Marco Armiliato, direction
Orchestre National d’Île-de-France
Programme

Giuseppe Verdi
Ouverture (I Vespri siciliani)
« Se quel guerrier io fossi… Celeste Aïda » (Aida)
« Qui Radames Verrà… O patria mia » (Aida)
« Infelice!… E tuo credevi… Infin che un brando vindice » (Ernani)

Francesco Cilea
« Acerba voluttà » (Adriana Lecouvreur)

Giuseppe Verdi
« Già nella notte densa » (Otello)
Ouverture (La forza del destino)
« Nel giardin del bello » (Don Carlo)

Ruggero Leoncavallo
« Recitar… Vesti la giubba » (Pagliacci)

Giacomo Puccini
« Un bel dì vedremo » (Madama Butterfly)
Intermezzo (Manon Lescaut)

Giuseppe Verdi
« Mentre gonfiarsi  l’anima… Oltre quel limite t’attendo » (Attila)
« O don fatale » (Don Carlo)

Gioachino Rossini
« La calunnia è un venticello » (Il barbiere di Siviglia)

Ernesto de Curtis
« Non ti scordar di me »

Emmerich Kálmán
« Heia in den Bergen » (La Princesse Czardas)

Giacomo Puccini
« Nessun dorma » (Turandot)

Charles Gounod
« Le Veau d’or est toujours debout » (Faust)

Wolfgang Amadeus Mozart
« La ci darem la mano » (Don Giovanni)

Jacques Offenbach
« Belle nuit, Ô nuit d’amour » (Les Contes d’Hoffmann)

Ernesto de Curtis
« Non ti scordar di me »

 

 

 

 

 

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