© Mirelle Landelle
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Chronique

« Apollon et Hyacinthe » de Mozart

par Anne-Lise Dupuis | le 2 septembre 2014

« Apollon et Hyacinthe » de Mozart : une histoire en trompe l’œil

L’Opéra pourquoi pas ? présente à la Cartoucherie de Vincennes les 20 et 21 septembre prochains dans le cadre de la saison musicale du Théâtre de l’Epée de Bois « Apollon et Hyacinthe », le premier opéra de Mozart composé en 1767 à l’âge de 11 ans.

Selon le mythe grec raconté par le poète latin Ovide dans ses Métamorphoses, Hyacinthe, jeune adolescent, mourut accidentellement lorsqu’un disque lancé par Apollon fut dévié de sa trajectoire par le vent Zéphyr dans un mouvement de jalousie et atteignit Hyacinthe en plein front.

L’opéra de Mozart est une commande de l’Université de Salzbourg et son livret écrit par Rufinus Widl – prêtre et enseignant dans un collège de garçons à Salzbourg- introduit un personnage supplémentaire vraisemblablement dans un souci d’adapter l’histoire aux mœurs de l’époque. En effet c’est Melia, sœur de Hyacinthe et promise d’Apollon qui, dans le livret, devient l’enjeu de la jalousie de Zéphyr.

Dans la mise en scène d’Oriane Beauvert les personnages ont quitté le royaume des Dieux pour incarner la vie de jeunes collégiens britanniques au XIXème siècle, se rapprochant ainsi du contexte dans lequel a été écrit cet opéra destiné au départ à un public de jeunes étudiants de l’Université de Salzbourg.

A mi-chemin entre le mythe et le livret de Widl, elle choisit de mettre en lumière la relation qui unit Hyacinthe et Apollon.  Se trame ainsi devant le spectateur et parallèlement à celle du livret une autre histoire, celle d’Apollon et Hyacinthe, l’histoire d’un amour impossible (à ce titre n’oublions pas que les amours du Dieu Apollon furent malheureuses !) parce qu’interdit et dont l’enjeu échappe aux autres protagonistes de l’histoire. Pour accompagner cette mise en abyme Camille Vidart, à la scénographie,  choisit de créer un décor en trompe-l’œil avec pour idée d’accompagner ainsi le spectateur dans le vertige qui le saisit lorsqu’il découvre la face cachée de la réalité…Pour la réalisation de ce décor elle s’entoure de Mirelle Landelle (artiste peintre), Flora Sifflet (design), Marc Daovannary (graphisme), Simon Bichon (moulage), Olivier Gasté et Bruno Travers (menuiserie).

Cette œuvre est le premier opéra complet de Mozart. « Nous sommes dans une orchestration classique typique avec 2 hautbois et 2 cors [héritage de Haydn et de Mozart], ce n’est qu’ensuite que basson, flûtes et clarinettes apparaîtront, dans les opéras plus tardifs de Mozart. Sur un plan de la forme, l’opéra débute par une intrada, courte pièce musicale dont la forme est proche du mouvement symphonique : elle résume l’atmosphère de l’œuvre mais ne présente pas les thèmes développés plus loin dans l’opéra.  » précise Olivier Cangelosi, pianiste et chef d’orchestre.  » L’opéra est en trois parties mais sera donné d’un seul tenant compte tenu de sa courte durée. Bien qu’il ait certaines particularités propres à une œuvre de jeunesse, on retrouve tout de même dans Apollon et Hyacinthe une bonne partie des thèmes que Mozart abordera plus tard : l’amour, la jalousie, le conflit d’intérêt…  »

A l’origine de ce projet, le coup de cœur d’un orchestre dirigé par Olivier Cangelosi qui accompagne pour la première fois un récital d’opéra de la soprano (et coordinatrice) Sophie Boyer près de Macon en décembre 2011. Enthousiastes, les musiciens, dont le répertoire d’accompagnement avait jusque-là été plus axé sur la musique d’oratorio, souhaitent poursuivre une collaboration dans l’opéra.

Sophie Boyer et Olivier Cangelosi, dont les parcours sont très empreints de la musique de Mozart, décident alors de choisir ce tout premier opéra du compositeur particulièrement  adapté à la taille de l’orchestre (16 musiciens à l’origine). Critère important à leurs yeux, Apollon et Hyacinthe s’adresse à un large public pouvant aller du connaisseur en quête d’un opéra rare au spectateur plus novice pour qui cette œuvre, d’une durée courte (1h20) et dont les récitatifs ont été pour l’occasion traduits en français, pourrait constituer une initiation à l’opéra. Enfin, en abordant le thème de l’adolescence, ses premiers émois, les sentiments tels que l’amour, la jalousie et la colère ainsi que le carcan d’une société conformiste, il permet également de toucher un public jeune. Mais n’oublions pas pour autant la joie car nous sommes bien dans Mozart…

Alors… à vos agendas pour une rentrée mozartienne !

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