© Wunderhorn-film
© Wunderhorn-film
Hors-série

Arie van Beek et Dietrich Henschel : une rencontre au sommet autour du Wunderhorn

par Anne-Lise Dupuis | le 15 avril 2015

Nous en attendions beaucoup : Arie van Beek et Dietrich Henschel ont été au rendez-vous pour deux concerts exceptionnels en France, à Amiens et Compiègne, avec l’Orchestre de Picardie. Ce récital des 24 lieder du Des Knaben Wunderhorn (Le Cor merveilleux de l’enfant) de Gustav Mahler, pour la première fois dans une version intégralement pour orchestre, grâce au compositeur allemand Detlev Glanert, présentait la particularité d’être associé à la projection simultanée d’un film original réalisé par Clara Pons.

Arie van Beek © Ludovic Leleu

Arie van Beek © Ludovic Leleu

Tout au long du concert, la conduite très sûre et toute en finesse d’Arie van Beek se révèle un terrain idéal pour l’interprétation de Dietrich Henschel. Fort d’une grande liberté intérieure rendue possible par la qualité de l’accompagnement, le baryton s’épanouit pleinement dans l’interprétation de chacun des lieder, du plus idyllique (tout au moins en apparence) au plus sombre. Entrant avec beaucoup d’aisance dans la psychologie de chacun des personnages, choisissant une présence physique discrète sur scène (le baryton reste le plus souvent assis), Dietrich Henschel met toute son expressivité et son engagement scénique – car il habite véritablement chacun de ces personnages – au service de la voix. Chaque lied devient une scène à part entière. La direction d’Arie van Beek, extrêmement souple, fait, de son côté, ressortir avec beaucoup de délicatesse les contrastes qu’offre la musique de Mahler si riche et variée. Unis dans leur approche émotionnelle du Wunderhorn, Arie van Beek et Dietrich Henschel nous offrent un parcours exceptionnel du premier lied « Das himmliche Leben » (« La vie céleste ») teinté d’une forme de joie ironique au dernier « Urlicht » (littéralement : lumière originelle) profondément émouvant.

La musique étant avant tout affaire de sensibilité, les affinités musicales ne peuvent guère se décréter : Arie van Beek et Dietrich Henschel  témoignent avec ces deux concerts d’une très belle rencontre artistique, espérons le prélude à d’autres projets en France ! Soulignons également le travail remarquable de l’orchestre qui jusqu’ici n’avait pas le Wunderhorn à son répertoire.

Le film de Clara Pons projeté pendant le récital s’intègre parfaitement à l’ensemble comme un songe qui serait proposé au spectateur en guise de fil conducteur. Pour illustrer les lieder du Wunderhorn, la réalisatrice a choisi pour trame une histoire d’amour vouée à l’échec avec l’arrivée de la Grande Guerre. Très empreint de nature, le film avance au rythme des saisons. Les paysages, idylliques, sont ceux de la citadelle Montmedy, dans la Meuse, où a été tourné le film. Certaines images ne sont d’ailleurs pas sans rappeler le regard du poète sur le désastre, dans cette région, de la guerre précédente qui avait opposé la France à la Prusse… car, souvenez-vous, c’est en octobre 1870 qu’Arthur Rimbaud, originaire de Charleville-Mézières, mêlant douceur bucolique et horreur de la guerre, écrivit, à l’âge de 16 ans lors de sa première fugue, un de ses plus beaux poèmes.

© Wunderhorn

© Wunderhorn

Le Dormeur du val

C’est un trou de verdure où chante une rivière,
Accrochant follement aux herbes des haillons
D’argent ; où le soleil, de la montagne fière,
Luit : c’est un petit val qui mousse de rayons.

Un soldat jeune, bouche ouverte, tête nue,
Et la nuque baignant dans le frais cresson bleu,
Dort ; il est étendu dans l’herbe, sous la nue,
Pâle dans son lit vert où la lumière pleut.

Les pieds dans les glaïeuls, il dort. Souriant comme
Sourirait un enfant malade, il fait un somme :
Nature, berce-le chaudement : il a froid.

Les parfums ne font pas frissonner sa narine
Il dort dans le soleil, la main sur sa poitrine,
Tranquille. Il a deux trous rouges au côté droit.

 

A propos de l'auteur

Ses derniers articles

Vos commentaires

A voir aussi