Autographe de Niccolò Paganini, Album d'autographes d'Eugène de Cessole. Photo: Bibliothèque de Cessole; Nice
Autographe de Niccolò Paganini, Album d'autographes d'Eugène de Cessole. Photo: Bibliothèque de Cessole; Nice
A la loupe

A Nice, la découverte exceptionnelle de 108 partitions de compositeurs célèbres

par Jacqueline Letzter et Robert Adelson | le 21 septembre 2020

Quel est le mélomane qui un jour n’a pas rêvé de découvrir dans son grenier une partition ? Dans la Villa de Cessole à Nice, ce sont 108 partitions qui d’un seul coup ont été découvertes. Le musicologue Robert Adelson, également rédacteur à Classicagenda, et auteur du livre Autographes musicaux du XIXe siècle : L’album niçois du Comte de Cessole (Nice : Acadèmia Nissarda, 2020), présente son nouvel ouvrage.

 

Au XIXe siècle, Nice exerçait un magnétisme sur toutes les classes huppées de l’Europe, aussi bien par son intense activité musicale que comme lieu de villégiature. L’un des passages obligés pour les compositeurs, chanteurs, chefs d’orchestre et virtuoses en tournée à Nice était le salon d’Eugène de Cessole (1805-1876), violoniste émérite, ami de Paganini, fin connaisseur du monde de la musique et membre de l’une des plus illustres familles du comté de Nice. Cessole recevait des artistes dans son palais d’York au centre du Vieux Nice, ainsi que dans sa villa au nord de la ville.

 

En 1835, Eugène de Cessole commença à collectionner les autographes de ces illustres musiciens et les organiser dans un album, une pratique courante au XIXe siècle. Cet album renferme les autographes des plus illustres compositeurs de son temps, tels que Berlioz, Czerny, Donizetti, Glinka, Gounod, Liszt, Mendelssohn, Mercadante, Meyerbeer, Offenbach, Rossini et Verdi. Le comte de Cessole possédait aussi l’une des collections les plus prestigieuses de violons de la première moitié du XIXe siècle. Pour cette raison, l’album contient les autographes de violonistes virtuoses tels que Paganini, Alard, Artôt, Bazzini, Becker, Bériot, Bull, Ernst, Lafont, Léonard, Sivori, Spohr, Vieuxtemps. La proximité du salon de Cessole de l’Opéra de Nice explique aussi la présence des autographes de grandes stars de l’opéra comme Cruvelli, Lablache, Lind, Maurel, Melba, Nilsson, Patti, Tamburini et Tamagno.

 

Cet album n’est pas un simple « livre d’or », car presque tous les musiciens ont accompagné leur signature d’une petite œuvre musicale. Contrairement à d’autres albums du XIXe siècle qui ont souvent été démembrés pour pouvoir vendre les autographes à la pièce, l’album de Cessole a été conservé intégralement par ses descendants, ce qui lui donne une valeur inestimable.

 

Autographes musicaux du XIXe siècle est non seulement un livre à lire, mais aussi un livre à écouter, car il est associé à un site internet grâce auquel le lecteur peut entendre les enregistrements d’un grand nombre de ces autographes. Les quatre miniatures suivantes, toutes inédites, sont présentées ici aux lecteurs de Classicagenda.

 

Felix Mendelssohn-Bartholdy (1809-1847)

Autographe de Felix Mendelssohn, Album d’autographes d’Eugène de Cessole. Photo: Bibliothèque de Cessole; Nice

Ecoutez l’autographe :

 

 

Ce bref canon porte la dédicace « Canon à 3. /Da Capo ad infinitum/pour Th. Döhler avec mes souvenirs amicaux/Leipzig le 15 octobre/ 1836 Felix Mendelssohn Bartholdy ». Theodor Döhler (1814-1856) était un pianiste et compositeur autrichien de naissance italienne ; il donnait des concerts à Leipzig au moment où son ami Mendelssohn a écrit cet autographe. Döhler est également signataire de l’album de Cessole, et il est probable que ce fut Döhler qui offrit l’autographe de Mendelssohn au comte de Cessole quand il le rencontra à Paris en 1844. Mendelssohn a souvent écrit des canons dans des albums musicaux, Si mineur étant la tonalité préférée de Mendelssohn pour ses canons.

 

Giacomo Meyerbeer (1791-1864)

Autographe de Giacomo Meyerbeer, Album d’autographes d’Eugène de Cessole. Photo: Bibliothèque de Cessole; Nice

Ecoutez l’autographe :

 

 

Meyerbeer est connu pour ses grands opéras, caractérisés par une orchestration sonore et des chœurs majestueux. Mais, lorsque le comte de Cessole lui demanda un autographe pour sa collection, Meyerbeer ne cita pas un extrait de l’un de ses opéras comme Robert le Diable (1831) ou Les Huguenots (1836), mais composa une miniature pour piano de dix-neuf mesures, la seule musique connue que Meyerbeer ait écrite pour le piano. L’œuvre est d’un style doux et chantant, avec un thème basé sur de courts soupirs de deux notes, avec un accompagnement en triolets dans la main gauche.

 

Henri Herz (1803-1888)

Autographe de Henri Herz, Album d’autographes d’Eugène de Cessole. Photo: Bibliothèque de Cessole; Nice

Ecoutez l’autographe :

 

 

Dans l’album de Cessole figure un petit prélude inédit pour piano écrit par le pianiste et compositeur Henri Herz, avec la dédicace « Ecrit pr Monsieur de Cessole par Henri Herz/le 6 9bre 1843 ». Viennois de naissance, Herz étudia au Conservatoire de Paris et devint rapidement l’un des premiers pianistes en France. En 1830, il fonda une maison de manufacture de pianos qui rivalisa avec celles d’Erard et de Pleyel. Les salons de son entreprise étaient également l’un des principaux lieux de concert à Paris.

 

Franz Liszt (1811-1886)

Autographe de Franz Liszt, Album d’autographes d’Eugène de Cessole. Photo: Bibliothèque de Cessole; Nice

Ecoutez l’autographe :

 

 

L’autographe de Franz Liszt surprend par la taille de l’écriture. Il y a seulement deux mesures de musique, mais elles sont écrites si grand qu’elles occupent toute une feuille. C’est une version du très bref Prélude omnitonique. Il ne s’agit pas d’une œuvre musicale proprement dite, mais plutôt d’une fioriture musicale dans un style improvisé qui emploie toutes les notes chromatiques, en évitant ainsi une tonalité fixe. En 1852, Liszt inséra ce prélude dans la coda de son Étude transcendantale, S.139, n° 10, comme un grand geste déstabilisant à un point culminant. Curieusement, dans la version écrite dans l’album d’Eugène de Cessole, Liszt ajoute une cadence extrêmement tonale, peut-être avec une touche d’humour.

 

Robert Adelson, Autographes musicaux du XIXe siècle : L’album niçois du Comte de Cessole, avec préface de Bruno de Cessole (Nice : Acadèmia Nissarda, 2020)

 




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