Bach The Minimalist © MA_Festival
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Chronique

Bach The Minimalist aux Bouffes du Nord : une immersion captivante

par Julien Bordas | le 14 novembre 2019

Lundi 11 novembre aux Bouffes du Nord, avec Bach The Minimalist la Compagnie La Tempête, dirigée par Simon-Pierre Bestion, a proposé un voyage sonore et visuel à travers l’œuvre de Bach, en regard avec des musiques répétitives et minimalistes du XXème siècle. Enivrant.

 

Plongés dans la pénombre, les spectateurs devinent à peine la silhouette des musiciens entrant sur le plateau. Des panneaux légèrement transparents de formes origamiques séparent les artistes sur scène. Perché sur une estrade en fond de scène, le claveciniste Louis-Noël Bestion de Camboulas (frère du chef Simon-Pierre), domine l’orchestre et accueille les 19 musiciens de la Compagnie La Tempête avec la pièce Piano Phase de Steve Reich.

L’orchestre se lance ensuite dans le 1er mouvement du Concerto en ré mineur pour clavecin BWV1052 de Jean-Sébastien Bach, pièce pivot sur laquelle Simon-Pierre Bestion a bâti ce spectacle résolument moderne. Captivé par la capacité “hypnotique” du concerto, le chef a essayé de tisser des liens entre des oeuvres sollicitant le même type d’effectif. Ainsi, le côté “électrique” se retrouve dans le Concerto pour clavecin op.40 de Henryk Gorecki, la répétition et le minimalisme dans Shaker loops de Adams ou le recueillement dans l’Immortal Bach de Knut Nystedt chanté a cappella (les musiciens donnant aussi de la voix !).

 

Une immersion totale

Une modernité présente d’une part dans la juxtaposition de pièces hétéroclites à première vue – outre Bach, l’essentiel du répertoire porte sur de la musique minimaliste ou répétitive et des transcriptions de Simon-Pierre Bestion. D’autre part, le concert propose une performance de mapping vidéo live réalisée par Jemma Woolmore projetant des formes et couleurs sur les “paravents” posés sur scène. De la pluie d’étoiles inondant le plateau aux traits de pinceau grossissant, des lignes parallèles jusqu’au tracé de contours, la vidéo est une métamorphose permanente, cependant assez discrète pour ne pas voler la vedette à l’orchestre. Les musiciens se trouvent au coeur d’un tableau sonore et visuel grâce à un mapping qui suggère plus qu’il ne capte totalement le regard. Pour le spectateur, l’immersion est totale.

Simon-Pierre Bestion et la vidéaste Jemma Woolmore © Michel_Kurst

Simon-Pierre Bestion et la vidéaste Jemma Woolmore © Michel_Kurst

On relèvera par ailleurs quelques pépites musicales. Les Litanies de Jehan Alain, à l’origine pour orgue, prennent des couleurs instrumentales inédites dans une transcription pour clavecin et orchestre. Les cordes donnent un scintillement particulier à la partition et rendent compte fidèlement de la puissance évocatrice. Une réussite, qui n’est d’ailleurs pas étonnante de la part d’un chef qui a étudié l’orgue !

Autre pièce à l’origine pour le roi des instruments et transcrite par Simon-Pierre Bestion, la célèbre Passacaille et fugue en do mineur de Bach qui revêt ce soir de nouveaux contours convaincants. On ne peut bien sûr s’empêcher de songer à la version de Leopold Stokowski, mais ici La Tempête offre une vision beaucoup légère et souple, de par, notamment, la constitution de l’ensemble composé seulement d’instruments à cordes.

Adepte des performances scéniques qui renouvellent les formes de concerts classiques, la Compagnie a réussi à faire dialoguer intelligemment performance vidéo et musique grâce à un choix pertinent de pièces faisant écho au caractère intemporel et immuable de l’oeuvre du Cantor.

 




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