Les Bains Macabres
Les Bains Macabres © Nicolas Descoteaux
Chronique

« Les Bains macabres » de Guillaume Connesson à l’Athénée: aimez-vous les fantômes ?

par Marc Portehaut | le 4 février 2020

Le Théâtre de l’Athénée accueille du 31 janvier au 6 février 2020 l’opéra comique « Les Bains macabres »,  sur un livret d’Olivier Breys et une musique de Guillaume Connesson. Une production des Frivolités Parisiennes, compagnie d’opéra créée en 2012 par le clarinettiste Mathieu Franot et le bassoniste Benjamin El Arbi.

 

L’action de cet opéra comique se situe dans un établissement thermal au nom évocateur mais ô combien signifiant…. de « Bains Terminus », « nulle part au monde endroit plus agréable » comme le répètent, à l’envi, les curistes au début de l’ouvrage.

Mais dès les premiers instants, au cœur même des traditionnels rituels du thermalisme, des interrogations se font jour ça et là,  suite à des décès survenus dans l’établissement, notamment celui d’Aristide, le député.

Au centre de ces interrogations, la figure passionnée et émouvante de Célia – employée aux Bains, très courtisée par les curistes et par Nestor Gobineau, le Directeur – parfois prise de visions. On finit par se rendre compte qu’elle envisage de se marier avec un fantôme, Mathéo, ancien curiste, dont elle est follement amoureuse.

La rencontre entre Mathéo, le pur esprit, et Célia de chair et de sang, aura bien lieu, sur fond d’une enquête policière d’une folle drôlerie, alors même que se retrouvent, pour un moment, les vifs et les morts.

Les Bains Macabres © Nicolas Descôteaux

Les Bains Macabres © Nicolas Descoteaux

Olivier Bleys réussit à nous entraîner dans cette histoire d’amour peu commune grâce à la beauté poétique de son histoire et de ses dialogues simples, sans trivialité.

Le compositeur Guillaume Connesson, dont c’est le premier opéra, le rejoint avec bonheur dans cet univers empreint d’onirisme et d’humour. Il compose pour ce conte tragi-comique une musique d’un grand raffinement (à la française) qui épouse le drame et le rire, ces derniers accompagnant l’échange affectueux et terrible qui se déroule sous nos yeux, entre les vivants et les morts.

Il affirme que dans son esprit « l’humour et la légèreté devaient alterner avec des moments plus lyriques ou franchement sombres ».

« Mon autre envie, poursuit-il, était d’écrire un opéra à numéros : alternance d’airs , de duos, de trios, de choeurs, mélodiquement identifiables, parfois alternant avec des dialogues parlés. Bref, oser le défi d’un véritable opéra-comique du XXIe siècle  ! ».

Ce pari est, à la vérité, pleinement réussi : le tissu musical est très dense, mais sans jamais perdre de sa légèreté, tous les pupitres étant sollicités. Guillaume Connesson nous rappelle à cette occasion qu’il est un maître incontesté de l’orchestration ; à noter la petite harmonie ( flûtes, hautbois, clarinette, basson) dotée d’une partition d’une grande virtuosité, non sans quelques souvenirs raveliens.

Les rêves amoureux de Célia « Des bras pour m’enlacer…« , les duos de Célia avec Nestor ou avec Mathéo (« Laisse-moi te regarder.. »), et même l’eau, l’air, le sable…, qui ont leur part dans ce drame, sont autant de prétextes à une musique expressive, rêveuse et parfois puissamment lyrique.

Les Bains macabres © Nicolas Descoteaux

Les Bains macabres © Nicolas Descoteaux

Les interprètes de cet opéra comique se révèlent être à la hauteur du défi que Guillaume Connesson s’est lancé.

Des solistes émergent, sans surprise, les trois protagonistes principaux : Sandrine Buendia dont la très belle présence vocale et scénique donne un relief  à la fois dramatique et émouvant au personnage de Célia, le ténor Fabien Hyon qui campe avec autorité le personnage insupportable de Nestor, inquiétant – et prédateur – patron tyrannique ; enfin Romain Dayez, doté d’un très beau timbre, incarne avec sensibilité l’amant de Célia, Mathéo.

On n’oubliera pas de sitôt les deux policiers chargés de résoudre les disparitions : Anna Destraël en officier de police (Miranda Joule) et Geoffroy Buffière son assistant (Prosper Lampon), personnages truculents et improbables policiers qui envisagent sérieusement de « faire citer les morts à comparaître » pour tenter de faire aboutir leur enquête !

On retiendra la belle tenue dramatique et vocale du Choeur Les Éléments dirigé par Joël Suhubiette.

Il est vrai qu’ils sont tous mis en valeur par la belle et efficace mise scène de Florent Siaud, lequel n’a pas été tenté, par bonheur, de « surjouer » un texte et une partition qui se suffisent à eux-mêmes.

Il faut y associer Philippe Miesch pour la scénographie et les costumes du spectacle ainsi que Nicolas Descôteaux pour les lumières.

Certaines scènes sont particulièrement réussies, telle celle où les morts séjournent au-dessus des vivants sur ce qui ressemble au pont d’un navire, ou celle de la garde à vue de Célia et de Nestor…

Les Bains Macabres © Nicolas Descoteaux

Les Bains Macabres © Nicolas Descoteaux

L’Orchestre des Frivolités Parisiennes fait merveille. Les trente cinq instrumentistes sont très impliqués dans ce voyage onirique, étrange et comique à la fois, dirigé de main de maître par le chef néerlandais Arie van Beek, également Directeur musical de l’Orchestre de Picardie.

 

Cet ouvrage, créé le 24 janvier 2020 au Théâtre Impérial de Compiègne sous la direction musicale d’Arie van Beek, résulte d’une commande conjointe de la compagnie Les Frivolités Parisiennes et du Théâtre Impérial de Compiègne, le Théâtre de l’Athénée en assurant la coréalisation.

 


Théâtre de l’Athénée – Louis Jouvet,

le samedi 1er février 2020

« LES BAINS MACABRES »

Opéra comique de Guillaume Connesson sur un livret d’ Olivier Bleys.

Mise en scène de Florent Siaud

Scénographie et costumes: Philippe Miesch

Éclairages: Nicolas Descôteaux

avec:

Sandrine Buendia : Célia Verdier

Romain Dayez : Mathéo

Fabien Hyon : Nestor Gobineau

Anne Destraël : Miranda Joule

Geoffroy Buffière : Prosper Lampon

Nicolas Certenais : Aristide Nubret

Choeur: Les Éléments

Direction: Joël Suhubiette

Orchestre:  Les Frivolités Parisiennes

Direction musicale: Arie van Beek

Au Théâtre de l’Athénée-Louis Jouvet, du 31 janvier au 6 février 2020.

 

 

 

 

 

 

 

 




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