Humour, poésie et légèreté : le Barbiere di Siviglia de Laurent Pelly au Théâtre des Champs Elysées

Le théâtre des Champs Elysées présente en ce moment une nouvelle production de Il barbiere di Siviglia avec deux casts dont un composé de jeunes talents. Retour sur la première distribution.

 

Deux partitions géantes occupent l’espace de la scène du théâtre des champs Elysées : Fiorello fait son entrée habillé en chef d’orchestre, suivi par un groupe de clones en queue de pie.

Un amusant jeu d’imitation va suivre, pendant que le le conte d’Almaviva joue une sérénade à la belle Rosina, que l’on entrevoit par une fenêtre découpée dans le papier.

Non sans rappeler la sublime mise en scène de Ruth Berghaus, où tout se déroulait dans un décor en tissu dessiné et en papier raffinement découpé, Laurent Pelly a donc choisi de placer Almaviva, Rosina et Fígaro dans un lieu imaginaire fait de feuilles de papier, grilles et rideaux animé par le thème de la musique.

Tous les personnages sont vêtus d’habits modernes et connotés de manière crédible avec une pointe d’humour. Ainsi le Comte est habillé en crâneur en tenue militaire, Rosina en adolescente aux jeans skinny, Fiorello en chef d’orchestre/majordome, Figaro en rebelle tatoué, Bartolo en costard.

Tout comme les costumes, les décors en noir et blanc dessinent l’histoire dans un contexte irréel et atemporel. Car effectivement cette intrigue compliquée et amusante, qui parle de passions humaines, d’amour, d’avidité, de corruption et de conventions sociales, est toujours d’actualité.

Il Barbiere di Siviglia © Vincent Pontet

Fraîcheur et légèreté

Depuis son originale entrée sur scène, à bord d’une balançoire descendant au sol, Florian Sempey nous offre un Figaro attachant et convaincant.

On suit avec intérêt ses interactions avec les différents personnages et son lucide regard extérieur. On s’amuse à le voir s’ennuyer, se tordre de rire au sol, à noter sur une partition la sérénade du Comte à Rosina, ou encore faire la barbe à Bartolo, menaçant comme Sweeney Todd.

Le Bartolo de Peter Kálmán, à la voix fluide et imposante, est crédible et amusant, en particulier dans le duo « Pace e gioia » où Almaviva, déguisé en Don Alonso, lui fait perdre la patience. Catherine Trottmann, victoire de la musique 2017, nous offre une Rosina rebelle et pleine de fraîcheur, et une ligne vocale propre et agréable. Il est juste dommage que sa projection soit moins puissante que celle de ses collègues.

Malgré une courte présence sur scène, le superbe Basilio de Robert Gleadow retient notre attention. Son expressivité est mise en valeur par la belle direction d’acteurs et les lumières de Joël Adam, qui accompagnent les dynamiques de la musique.

Il Barbiere di Siviglia © Vincent Pontet

C’est avec plein d’humour que Annunziata Vestri incarne la servante aux habits trop larges, pendant que Stéphane Facco revêt les habits d’un Ambrogio très convaincant.

Nous apprécions l’expressivité du Cercle de l’Harmonie, qui sous la direction de Jérémie Rhorer, sublime la musique de Rossini, avec ses instruments d’époque, et celle des membres du Chœur Unikanti, jouant sur l’ambiguïté : passant de servants à musiciens, d’armée menaçante à fanfare, de soldats à invités au mariage du Comte et Rosina.

Malgré une mise en scène plutôt simple, ce Barbiere est bien imaginé et dose parfaitement humour et poésie, comme dans la charmante scène du balcon, où sur la partition blanche au sol et sur la fragile Rosina en larmes, tombent des notes noires en papier, comme une pluie légère.