Karine Deshayes
Karine Deshayes © Aymeric Giraudel
Chronique

Radio France : Berlioz à la lumière de transcriptions

par Julien Bordas | le 2 avril 2019

Le 27 mars, l’auditorium de Radio France était l’écrin d’un concert autour de Berlioz intitulé “Berlioz 150 ans après” avec Karine Deshayes, mezzo-soprano, remplaçant Lea Desandre souffrante, Lise Berthaud à l’alto et Yves Lafargue à l’orgue. Les transcriptions réalisées par ce dernier ont constitué les moments clés de ce concert.

Les « Mercredis de l’orgue » se poursuivent à Radio France déroulant cette année le fil rouge de la transcription. Tout un art ! Ne pouvant se limiter à des récitals d’orgue seul, il est toujours intéressant d’apprécier également une nouvelle combinaison autour de l’instrument  de la Maison de la Radio. Aux côtés de transcriptions de Berlioz jouées en association avec l’alto et la mezzo-soprano, ce concert présentait aussi des oeuvres pour orgue seul d’Alexandre-Pierre-François Boëly, et de César Franck, “histoire de retrouver le relief du paysage berliozien” indiquait le site de la Maison de la Radio. L’espace sonore était donc divisé en deux plans, la voix et l’alto sur le devant de la scène, et le son provenant de l’orgue en arrière-plan mais occupant l’auditorium par sa puissance.

Tirées du recueil “Douze pièces” op. 18 de Boëly, l’Andante con moto en mi bémol majeur n°1 et la Fantaisie et Fugue en si bémol majeur n°6 constituent l’entrée en matière du concert. La première, poétique, aux accents mendelssohniens, contraste avec la seconde. En effet, la Fantaisie et Fugue, l’une des pièces pour orgue les plus célèbres du compositeur, et dont la fugue tourne autour du thème B.A.C.H, faisant entendre la pleine puissance de l’orgue sous les doigts du titulaire de la basilique Notre-Dame-de-Fourvière à Lyon. La pièce, qui serait bien sûr plus à son aise sur un instrument Cavaillé-Coll et dans un édifice à plus grande résonance (un manque de réverbération souvent reproché aux salles) – se situe entre les grandes oeuvres en plusieurs parties de Bach et le répertoire symphonique pour orgue. Sa transposition sur cet instrument apporte un éclairage singulier permettant d’en saisir plus clairement le contrepoint et la polyphonie.

Karine Deshayes, mezzo-soprano, Lise Berthaud, alto et Yves Lafargue, orgue

Karine Deshayes, mezzo-soprano, Lise Berthaud, alto et Yves Lafargue, orgue © Julien Bordas

Karine Deshayes, que l’on a pu entendre récemment dans un répertoire Berlioz à la Philharmonie (Nuits d’été) ou à l’Opéra de Nice (La Damnation de Faust), apporte cette fois-ci sa voix à La Captive sur des strophes de Victor Hugo. Sa projection, qui reste tout de même contenue, laisse malheureusement l’orgue prendre le dessus sur le chant. Suivent deux extraits des Troyens où l’alto de Lise Berthaud, au timbre ardent, brillera en duo avec l’instrument de la Maison de la Radio.

Dans Les Nuits d’été, l’alto apporte un nouveau relief à la partition venant ainsi en contrepoint ou en ponctuation, notamment dans la charmante et enjouée Villanelle. Dans Le Spectre de la rose, il trace de délicates volutes ou sème des pizzicati tandis que la voix chaleureuse de Karine Deshayes atteint sa pleine mesure, faisant face cette fois-ci à la carrure de l’orgue. L’Île inconnue refermera ces trois extraits sur une note moins ombrageuse.

Les deux pièces d’orgue suivantes sont signées César Franck et ne sont pas extraites de ses fameuses “Douze Pièces”. Il faut préciser que la littérature d’orgue choisie pour ce programme souffre d’une image moins glorieuse et demeure donc moins jouée en récital…
L’occasion d’entendre ce soir l’Offertoire en sol mineur, à l’ouverture altière et dédié à l’origine à la liturgie, mais se muant ici en pièce de concert pour grand orgue. (A noter les nombreux changements de claviers permettant de varier les jeux utilisés). Expressif, l’Andantino en sol mineur donné après l’entracte sera moins marquant.

Puis nous retrouvons de nouveau Berlioz. La marche de pèlerins chantant la prière du soir, extrait de Harold en Italie, place l’alto au premier plan. Les arpèges que dessine l’instrument de Lise Berthaud, accompagnée par l’orgue, feront de cette pièce l’une des plus savoureuses et envoûtantes de ce concert.

Pour refermer la soirée, la virtuose Marche hongroise transcrite par Henri Busser sollicite tout le talent d’Yves Lafargue en solo, tandis que les deux autres extraits de La Damnation de Faust (Ballade du roi de Thulé et Romance) font de nouveau appel aux deux musiciennes dans un ultime trio.

Quant à la joyeuse Villanelle, elle fera un retour applaudi en bis !

 


Rendez-vous maintenant les 2 et 10 avril pour les prochains concerts avec orgue en compagnie de l’organiste en résidence Thomas Ospital.




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