Les Talens Lyriques interprétaient Betulia Liberata
Les Talens Lyriques © Jacques_Verrees
Chronique

La Betulia Liberata à La Seine Musicale : attachant oratorio de jeunesse

par Flore Védry-Roussev | le 26 juin 2019

Les Talens Lyriques et le chœur Accentus dirigés par Christophe Rousset donnaient samedi 22 juin un oratorio de jeunesse de Mozart, La Betulia Liberata, dans le cadre du festival Mozart Maximum à la Seine Musicale, avec à l’affiche Sandrine Piau, Teresa Iervolino, Pablo Bemsch, Amanda Forsythe et Nahuel di Pierro pour une soirée des plus agréables !

 

La Seine Musicale peinait à remplir son vaste auditorium samedi : un parterre plein mais des balcons vides, malgré un programme pointu avec des artistes de haut vol et des tarifs raisonnables. Tant pis pour les absents, le temps estival, le cadre aéré et l’excellent ensemble dans un programme déjà rôdé à Salzbourg plaçaient la soirée sous les meilleurs auspices.

On retrouve les Talens Lyriques jouant sur instruments anciens du bel auditorium surnommé « le nid ». Au centre de la scène trônent deux clavecins et un petit orgue. Sans tarder, le chef Christophe Rousset énergique, insuffle les premiers accents de cet oratorio de 1771, le premier composé par Mozart (à l’âge de 15 ans mais déjà en pleine possession de son métier), avant de s’asseoir au clavecin pour accompagner lui-même les récitatifs.

Christophe Rousset et Les Talens Lyriques interprétaient Betulia Liberata © Eric Larrayadieu

Christophe Rousset © Eric Larrayadieu

Judith au cœur d’un drame biblique

Dans une succession alternant airs et récitatifs, le livret de Pietro Metastasio (Métastase), fameux librettiste de l’époque, frappe par sa densité épurée : des mots simples, des descriptions précises, pas d’intrigues alambiquées, et le tout affiché en surtitre sur un écran au-dessus de la scène. Cela permet d’apprécier –outre la beauté musicale – l’extraordinaire art de Mozart dans la mise en valeur du propos.

L’épisode de l’Ancien Testament relaté est donc celui de la ville de Béthulie, assiégée par l’armée assyrienne de Nabuchodonosor dirigée par le général Holopherne. L’oratorio s’ouvre sur un air de bravoure d’Ozias (interprété par le ténor Pablo Bemsch), chef de la ville de Béthulie, qui tente de redonner du courage à la foule désespérée, les exhortant de ne pas avoir peur de la redoutable armée assyrienne. Pourtant la foule tremblante voudrait bien se rendre, à l’instar d’Amital (interprétée par l’exquise Sandrine Piau) et de Cabri (la pétulante soprano Amanda Forsythe). Arrive Giuditta (Judith par Teresa Iervolino), qui leur reproche leur peu de foi. Un captif ennemi dénommé Achior, prince Ammonite renvoyé par Holopherne parce qu’il a osé défendre les Béthuliens, est amené. Judith décide alors de se rendre seule accompagnée d’une servante au camp d’Holopherne. Richement vêtue et consciente de sa beauté, elle traverse les rangs ennemis sans encombre jusqu’à la tente du général Holopherne, qui, impressionné par son allure et avide d’informations sur les juifs, l’invite à un festin. À la fin du repas, Judith profite de l’état d’ébriété d’Holopherne et de l’assoupissement de ses troupes pour lui trancher le cou. Elle revient avec la tête d’Holopherne dans un sac à Betulia où son succès aventurier suscite l’admiration et l’espoir des habitants, qui vont mettre en déroute les Assyriens privés de leur chef.

Sandrine Piau se produisait dans Betulia Liberata

Sandrine Piau se produisait dans Betulia Liberata © Sandrine Expilly / Naïve

Le choc des mots

Dans la deuxième partie, Judith revient dans la cité de Béthulie, et relate les évènements dans un récitatif sidérant. On est interloqué par la crudité du récit de la mise à mort, Métastase ne nous épargnant aucun détail dans la bouche de Giuditta, jusqu’au « je sens, sous ma main qui le soutenait, tressaillir son crâne à moitié vif ». Dans la salle avec les sous-titres, le public n’en perd pas une miette, subjugué tant par l’action que par l’interprétation de Teresa Ierovoliono, qui campe une solide Judith à la voix bien timbrée, incarnant merveilleusement ce personnage de femme forte tant par sa virtuosité que par sa présence scénique.

 

La virtuosité de mozartiens accomplis

Mais le véritable temps fort est l’air « Te solo adoro » chanté par Achio, la basse Nahuel Di Pierro, mozartien accompli, dont l’étendue vocale et le lyrisme font mouche. C’est l’aria de la conversion vers un seul Dieu : « c’est toi seul que j’adore esprit infini… ». On y retrouve la personnalité lumineuse de Mozart, qui jaillit au-delà des sages reproductions du style italien et galant parfaitement assimilés. Mozart sait comme personne exprimer un sentiment d’élévation et cet aria en est déjà un excellent exemple. Ce moment de la conversion est la raison d’être de toute l’œuvre, et Mozart y amène génialement. L’oratorio aurait pu s’achever là, on était déjà conquis. La suite est une succession de bonus dont deux airs merveilleux par Sandrine Piau et Amanda Forsythe pleins de virtuosité et d’ornementation à l’italienne pour finir en apothéose sur le dernier aria avec chœur « Lodi gran Dio », d’une joie éclatante de la Béthulie libérée.

Les bravos nourris ont salué cette très belle interprétation d’un oratorio que Mozart lui-même n’aura pas entendu de son vivant, et que Christophe Rousset a eu le bon goût de mettre à l’ordre du jour.

 


Festival Mozart Maximum à La Seine Musicale, jusqu’au 29 juin. http://www.insulaorchestra.fr/m/festival-mozart-maximum-2019




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