Café Zimmermann
Café Zimmermann © Droits réservés et Jean-Baptiste Millot
Chronique

L’ensemble Café Zimmermann organise la joute des Cantors

par Jacqueline Letzter et Robert Adelson | le 10 avril 2017

L’histoire du recrutement de Johann Sebastian Bach en tant que Cantor de la Thomaskirche de Leipzig fait sourire. Le premier choix du Conseil de Leipzig était Georg Phillip Telemann (1681-1767), mais celui-ci dut refuser car il venait d’accepter un poste plus prestigieux à Hambourg.  Aussi le poste fut-il proposé à d’autres compositeurs, notamment à Christoph Graupner (1683-1760), mais celui-ci ne reçut pas son congé de Darmstadt. Ainsi finit-on par embaucher Bach.  La remarque que fit le Conseil de Leipzig à cette occasion est aujourd’hui célèbre : « puisque l’on ne peut avoir les meilleurs, il faut donc prendre les médiocres » !

Pour ce concert du 6 avril 2017 dans la Cathédrale Sainte-Réparate de Nice, l’ensemble baroque Café Zimmermann a conçu un programme autour de cette histoire, permettant au public de comparer les qualités de ces trois maîtres du baroque allemand. Au cœur de ce programme se trouve la juxtaposition de deux cantates de Pâques sur le même texte, Mein Herz schwimmt in Blut (Mon cœur baigne dans le sang), l’une mise en musique par Graupner, l’autre par Bach. Entre ces deux cantates, deux œuvres de Telemann (dont on commémore cette année le 250e anniversaire de sa mort) : le Quatuor en sol majeur, TWV 43:G5 et le Concerto pour hautbois en ré mineur, TWV 51:d1. Quelques préludes et fugues du Clavier bien tempéré de Bach ouvrent chaque partie du concert.  Céline Frisch les interprète avec un calme presque hypnotique sur un orgue positif de sonorité moelleuse. (Son enregistrement du premier livre de cette œuvre, chez Alpha Classics, a reçu de nombreux prix, dont le Diapason d’Or en 2015.)

Le public s’attend bien sûr à connaître d’avance l’issue de cette joute, le génie de Bach étant sensé surpasser n’importe quelle œuvre de ses contemporains. Néanmoins, les œuvres choisies de Telemann ont certainement amélioré la réputation qu’il a aujourd’hui en tant que compositeur prolifique mais sans inspiration, qui aurait fabriqué de la musique comme du tissu « au mètre ».  La beauté de son Quatuor, aux dissonances passagères dans les violons, est mise en valeur par le jeu élégant et précis de Pablo Valetti et de Mauro Lopez Ferreira. Le son compact et sombre de Patrick Beaugiraud fournit une belle coloration au Concerto pour hautbois, même si on aurait souhaité qu’il porte un peu plus pour mettre en relief sa partie par rapport à la texture de l’ensemble.

Pablo Valetti © Droits réservés & Jean-Baptiste Millot

Pablo Valetti © Droits réservés & Jean-Baptiste Millot

La plus grande découverte de la soirée fut la cantate de Graupner, dont la musique mérite d’être plus souvent programmée. (Il reste beaucoup à en découvrir, car Graupner a composé 1418 cantates sacrées, comparé à un peu plus de 200 pour Bach.)  La cantate choisie Mein Herz schwimmt in Blut date de 1712, soit deux ans avant la version de Bach.  Dans le premier air Stumme Seufzer, stille Klagen la soprano entonne une mélodie flottante au-dessus d’un accompagnement staccato dans les instruments à cordes. L’air est sublime et l’effet pourrait être magique, car la jeune soprano française Norma Nahoun dispose d’une voix souple et attirante. Or, les tempi, un peu trop pressés, l’ont empêchée de développer une approche expansive de son phrasé qui aurait donné plus d’intériorité à son interprétation.

 

Norma Nahoun. Photo:Helene Pambrun

Norma Nahoun. Photo:Helene Pambrun

Dans la cantate de Bach BWV 199 (1714), le premier air avec la partie pour hautbois obligé est pris un peu rapidement également, et la gigue qui termine la cantate semble bousculée et nerveuse plutôt que joyeuse et dansante. Comme Graupner, Bach compose sa cantate pour un effectif a minima ; la soprano remplace le chœur pour chanter la chorale, que Bach accompagne d’une partie solo pour alto, jouée avec grande expressivité par Patricia Gagnon.

Les musiciens du Café Zimmermann ont offert comme bis deux mouvements d’une autre cantate de Graupner, où le violoncelliste Petr Skalka et le contrebassiste Thomas de Pierrefeu se sont distingués par l’éloquence de leurs interjections hautement dramatiques pour ponctuer les phrases chantées de la soprano.

Nous saluons l’association les Moments Musicaux des Alpes-Maritimes, qui continue à gâter les mélomanes du Sud avec une programmation de musique ancienne de très haute qualité.

 


6 avril 2017. Cathédrale Sainte-Réparate de Nice

Café Zimmermann et Norma Nahoun, soprano

J.S. Bach – Cantate Mein Herze schwimmt im Blut BWV 199 (1714)
C. Graupner – Cantate Mein Herz schwimmt in Blut GWV 1152/12b (1712) & œuvres instrumentales




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