Le Caravansérail dans "A Fancy © Royaumont
Le Caravansérail dans "A Fancy © Royaumont
Festival de Royaumont

A Fancy : l’inspiration du théâtre élisabéthain par le Caravansérail

par Sonia Bos-Jucquin | le 23 septembre 2016

Lors du Festival 2016 de Royaumont, une journée fut consacrée aux voyages comme sources de création. C’est ainsi qu’il nous a été donné d’entendre un concert du Caravansérail de Bertrand Cuiller, inspiré par l’exil de Charles II à la cour de France qui retentit sur la création artistique en Angleterre, mêlant théâtre élisabéthain et orchestre à la française.

 

Dès l’ouverture, nous plongeons dans une douceur et une délicatesse infinies de la fin du XVIIe siècle par des musiques de scène anglaises particulièrement savoureuses. Les couleurs se font palette sur les morceaux qui se succèdent, passant d’une ambiance joyeuse, festive et entraînante à des mouvements plus mélancoliques comme lorsque Curtain Tune de Matthew Locke se fait entendre. Dans ce nouveau programme 2016, la part belle est donnée aux œuvres d’Henry Purcell, souvent pleines d’allégresse. Il nous plonge dans un monde à part, entre rêve et magie. Une rare beauté auditive s’élève dans l’abbaye de Royaumont avec les notes de la soprano Rachel Redmond, dont la voix quasi angélique donne une dimension nouvelle aux extraits qu’elle interprète avec raffinement.

Dans un tempo lent, sensible, étiré et divinement sublime, Lilk, extrait de The Rare Theatrical de Matthew Locke a envoûté le public mais c’est sans aucun doute l’interprétation parfaite d’O Solitude d’Henry Purcell qui a gagné les faveurs des auditeurs, saluée par des applaudissements nourris et chaleureux en plein cœur du concert. Ce morceau a fait jaillir avec une facilité déconcertante des perles d’eau au coin de nos yeux. Invitant à la méditation et à l’intériorisation, le recueillement intime qui s’est installé a donné des frissons de beauté à tous les présents, jusqu’au fond de l’abbaye.

Le Caravansérail dans "A Fancy © Royaumont

Le Caravansérail dans « A Fancy © Royaumont

Faut-il accepter de lâcher prise pour se laisser porter par le concert ?
Si l’idée de s’abandonner totalement à la musique fait peur au départ, cela devient une nécessité absolue très rapidement. Chaque note nous effleure comme une caresse, un filet d’eau fraîche sur une peau chauffée par un soleil trop généreux. Côté musique, Le Caravansérail s’en sort à merveille, passant d’un registre à l’autre avec aisance. Rachel Redmond, affiche une belle complicité avec Bertrand Cuiller à la direction et au clavecin. Elle prend beaucoup de plaisir à nous transporter dans l’univers scénique so british de la fin du XVIIe. Les flûtes viennent taquiner les cordes pour notre plus grand bonheur.

L’avant-dernière partie allie perfection, harmonie et mélodie grâce à des thèmes rythmés et équilibrés, traduisant des états amoureux divers. La couleur vocale de la soprano peint parfaitement les nuances des œuvres tandis que le Fly, my children de Matthew Locke et Christopher Gibbons, extrait de Cupid and Death, témoigne d’une grande bienveillance et souligne une dramaturgie évidente de l’œuvre. Allant jusqu’aux tréfonds de l’âme humaine, nous plongeons dans des tourments abyssaux, goûtons à des onces de tristesse avant un apaisement salutaire avec See, even night herself is here d’Henry Purcell, proche de la berceuse.

Le Caravansérail dans "A Fancy © Royaumont

Le Caravansérail dans « A Fancy © Royaumont

Le concert s’est achevé sur un final éblouissant avec le talent de James Hart, concentré dans Adieu to the Pleasures (extrait de The Tempest, référence au théâtre de William Shakespeare) qui, telle une ritournelle, reste longuement en mémoire. Presque une prière ou une imploration, cette découverte merveilleuse a vu sa dernière note prolongée, suivie d’un silence unanime et respectueux avant un tonnerre d’applaudissements amplement mérité. Le concert sera diffusé le mardi 27 septembre 2016, à 20h, par France Musique.

L’occasion idéale de replonger avec délectation dans ce beau moment qui nous rappelle que le théâtre, de tout temps, ne peut se passer de musique et que les passerelles sont nombreuses pour toucher le spectateur-auditeur au plus profond de lui.

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