Katia et Marielle Labèque
Katia et Marielle Labèque © U. Nicoletti
Chronique

Le Carnaval des animaux au Théâtre des Champs-Elysées : un retour en enfance

par Irène Mejia Buttin | le 27 juin 2018

Lundi 18 juin 2018, le Théâtre des Champs-Elysées proposait un programme de musique française ponctué par le Carnaval des animaux de Saint-Saëns, interprété par Katia et Marielle Labèque, le Quatuor Modigliani, Michel et Pascal Moraguez, Stacey Watton, Florent Jodelet et Gaspard Proust à la narration.

 

Ambiance très particulière pour ce concert au TCE. L’illustre théâtre parisien accueille ce soir un public de familles et d’adolescents issus des établissements scolaires environnants.  Le style bon-enfant des musiciens et les réactions intempestives d’un public qui se soucie peu des conventions admises dans les salles de concerts nous propose une musique classique désacralisée. Les murs du théâtre se teintent de souvenirs des lieux de l’enfance, avec ce qu’ils ont de bruyant, de spontané, de tendre et de divertissant. Drôle de salle et belle musique somme toute pour ce spectacle agrémenté par l’incontournable présence de l’humoriste Gaspard Proust. Mais pas seulement ! Pour ce Carnaval des animaux de Saint-Saëns, les musiciens mettent eux aussi la main à la pâte et, avec créativité, décrochent plus d’un sourire.

Mais cette espièglerie ne fut pas tout de suite au rendez-vous. Pour une première partie nostalgique et bercée par les souvenirs intimes que l’on partage en famille, les sœurs Labèque exposent leur complicité enfantine au public attendri. Comme le ying et le yang chinois, elles portent un chemisier identique que Marielle choisit blanc et Katia noir, à moins que ce ne soit l’inverse…. Cette dualité complémentaire de deux identités indissociables rattache ces musiciennes et les relie au public qui se laisse prendre par les sentiments. Ces attentions scéniques furent bientôt complétées par une brève intervention de Katia qui, après le charme de L’embarquement pour Cythère de Francis Poulenc nous propose de partager en avant-première l’interprétation avec sa sœur du début de la Suite Dolly de Fauré. Cette prise de parole personnelle nous plonge cette fois dans un premier contexte d’audition de classe où les plus jeunes présentent timidement et tête baissée leur morceau en se tordant les doigts et se tirant la chemise. La demi-heure de musique qui suivie se conforta dans cette nostalgie un peu agaçante et pourtant charmante qu’élève Ma Mère l’Oye de Ravel.

Et voilà que Gaspard Proust entre en scène avec ses musiciens. Le ton est très vite donné lorsqu’il taquine les instrumentistes sur l’éventuel nécessité d’accord, préférable conseille-t-il, pour jouer juste. S’ensuit un tourbillon de paroles acerbes et sarcastiques plus piquantes et provocantes les unes que les autres, avec une malice dans le regard et une sévérité dans le ton qui sont la marque de fabrique de l’humoriste. Gaspard n’épargne personne et même les hommes politiques en prennent pour leur grade ! Volontiers suivi par les instrumentistes, les voilà tous ensemble qui joignent avec brio mimiques et grimaces aux descriptions musicales des animaux de Saint-Saëns. Nous sommes donc sortis de la salle d’audition pour nous élancer avec enthousiasme dans la cours de récréation, avec ses jeux, ses tours, son agitation et sa joie. Et le concert touche à sa fin. Peut-être plus enthousiasmé par le show des artistes que par la musique et son interprétation, le public ovationne la joyeuse troupe qui propose en bis le Final du Carnaval. Ces dernières minutes semblent finalement résumer le concert entre joie et sourire pour une musique légère et sans prétention.




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