Nicolas Bucher © Pierre Combier
Nicolas Bucher © Pierre Combier
Interview

Le Centre de musique baroque de Versailles se réinvente : entretien avec Nicolas Bucher

par Julien Bordas | le 16 juillet 2020

Recherche, enseignement, partitions, disques, spectacles… le Centre de musique baroque de Versailles (CMBV), dirigé depuis 2018 par Nicolas Bucher, oeuvre sur tous les fronts, et a réussi à surmonter le confinement en se réinventant à travers de nouveaux projets. A la fois organiste, accompagnateur, continuiste et chef d’orchestre, son directeur Nicolas Bucher vient également de faire paraître l’album « Ecrire le temps », réunissant des oeuvres de Nicolas de Grigny et Nicolas Lebègue enregistrées sur l’orgue de La Chaise-Dieu. Dans cette interview, il aborde la riche actualité du CMBV, les annulations et les  nouveautés, et nous parle de son enregistrement au programme original.

 

Nicolas Bucher, le Centre de musique baroque de Versailles a publié deux nouveaux ouvrages dans les « Cahiers Philidor ». Pouvez-vous nous présenter cette collection ?

Il s’agit d’une collection complètement dématérialisée qui permet de faire connaitre un travail de recherche. C’est très varié. L’idée est d’avoir un outil simple, agile, peu coûteux, mais permettant de mettre en valeur des travaux de recherche du CMBV qui méritent une publication, sans passer par les fourches des éditions ou revues musicologiques. Les deux dernières publications sont de l’ordre de la collecte de données à travers le Mercure de France et un catalogue d’oeuvres.

 

Quelles sont ces 2 nouveautés ?

Le catalogue de l’œuvre de René Drouard de Bousset (1703-1760) par Felicity Smith, une jeune chercheuse trop tôt disparue. Et L’activité et le répertoire de l’Académie royale de musique d’après le Mercure de France (1721-1791) par Paul Ailleret. Un chantier lancé grâce à notre travail sur la Régence de Philippe d’Orléans car l’on a un grand projet sur toute la musique de cette période, avec une base de données qui va être utile à beaucoup de chercheurs. Nous sommes aussi en train de revoir toute la plateforme Philidor, un enjeu complexe techniquement et éditorialement car le site avait des disparités avec notamment des moteurs de recherche vieillissants. Nous aurons deux niveaux d’accès : un plutôt destiné aux connaisseurs, professionnels et curieux et un second destiné aux chercheurs professionnels, plutôt de l’ordre de la base de données.

Le CMBV à Versailles © Pierre Grosbois

Le CMBV à Versailles © Pierre Grosbois

Vous avez également mis à jour la base de données sur les musiciens d’Eglise en France à l’époque Moderne, intitulée Muséfrem. Quel est le but de ce programme ?

Il n’est pas uniquement porté par le CMBV mais l’on assure la gestion de la base de données informatiques et son éditorialisation. Le premier but est de recenser les musiciens d’Eglise au moment de la Révolution. Ce que l’on peut faire grâce aux indemnités qui leur ont été versées à l’époque. Cela donne des registres uniques dans l’Histoire. Il s’agit de savoir qui était salarié, quel était le nombre d’enfants de choeur dans tous les lieux de musique où il y avait quelqu’un de clairement identifié pour assumer des postes musicaux.

[…] toutes ces données (Muséfrem) nous renseignent très clairement sur les effectifs, sur les pratiques, sur les circulations de musiciens à l’intérieur du royaume.

Un deuxième intérêt est que toutes ces données nous renseignent très clairement sur les effectifs, sur les pratiques, sur les circulations de musiciens à l’intérieur du royaume. Il y a des musiciens sédentaires mais d’autres qui vont de cathédrale en cathédrale, de collégiale en cathédrale… Cela nous renseigne sur qui étaient vraiment les musiciens d’Eglise, on va même dire de l’Ancien Régime parce que finalement l’évolution de la pratique à l’époque est extrêmement stable. C’est un chantier de vidage de la mer à la petite cuillère car cela concerne les archives de tous les départements de France. Mais le projet progresse assez vite puisqu’on met environ 5 départements en ligne par an. On commence à entrer maintenant dans les phases d’analyse de toutes ces données, c’est un très beau chantier.

Le CMBV à Versailles © Pierre Grosbois

Le CMBV à Versailles © Pierre Grosbois

Pendant le confinement, le CMBV a-t-il pu assurer la continuité de ses projets ?

C’était très variable. On ne s’est pas beaucoup arrêtés et on commence à fatiguer un petit peu car la période a été quasiment plus dense qu’une période normale. Tout ce qui est artistique a été durement impacté puisque les concerts ont été annulés du jour au lendemain. Le plus dur a été l’annulation d’Achante et Céphise de Rameau prévu au Théatre des Champs-Elysées fin mars. On devrait pouvoir finalement le reprendre dans un autre lieu. L’annulation des Jeudis musicaux et de la première édition de l’Académie baroque de Versailles (reportée en 2021) a été un crève-coeur. Le travail d’action culturelle que l’on fait à Trappes et à La Verrière a aussi été annulé. Les partenariats et les résidences croisées qui devaient commencer cet été ont également été fragilisés.

Les chantres avaient leurs cours de technique vocale par Skype ou Zoom, les chefs de chant enregistraient des fichiers musicaux afin que les étudiants puissent travailler.

Pour la partie enseignement, avec la Maîtrise, des cours à distance se sont mis en place très rapidement avec un dévouement, une invention obligatoire et subite de la pratique des professeurs. Les chantres avaient leurs cours de technique vocale par Skype ou Zoom, les chefs de chant enregistraient des fichiers musicaux afin que les étudiants puissent travailler. Eux-même s’enregistraient et renvoyaient leurs fichiers. Aujourd’hui les répétitions reprennent avec les chantres par demi-choeurs en raison des distanciations, avec au moins 3 mètres entre chaque chanteur.

Pour la recherche et les éditions, il y a eu un télétravail forcené très productif et tout a fonctionné presque normalement.

Pour la recherche et les éditions, il y a eu un télétravail forcené très productif et tout a fonctionné presque normalement. Le confinement nous a permis de réfléchir à la manière dont on diffuse les connaissances du CMBV et dont on anime la musique française en général. Pleins de petits projets sont en construction ! Ils vont nous donner un bel automne, notamment numérique. On prévoit la sortie d’un objet très particulier en novembre…

Armide © Stefan Gloede

Armide © Stefan Gloede

On va aussi lancer l’opération « Menus-Plaisirs d’été », une expérience immersive, participative, culturelle et artistique les 29 et 30 août 2020 aux Menus-Plaisirs à Versailles. Le public plongera dans les coulisses du spectacle de l’opéra baroque. On va reconstituer la fabrique des spectacles pour le Château de Versailles (ateliers décor, costumes, chant, théâtre) pour aider Denis Pierre Jean Papillon de La Ferté, intendant des Menus-Plaisirs, à boucler son spectacle pour lequel il est très en retard et que la cour attend… Les spectateurs seront invités à passer une demi-journée aux Menus-Plaisirs, à participer à des ateliers ,et profiteront d’un petit spectacle en clôture.

 

Qu’en est-il des sorties discographiques ?

La sortie de l’Armide de Lully (révisée par Louis-Joseph Francoeur) que l’on avait présenté avec Hervé Niquet au Théâtre des Champs-Elysées, à Metz et à Bruxelles, est reportée au 28 août. Cet automne va être assez chargé en sorties discographiques en raison des projets arrêtés durant le confinement.

De plus, notre nouvelle boutique en ligne devrait être disponible vers la mi-juillet. Et toutes les sorties de partition de l’année auront lieu en octobre.

Ecrire le temps, par Nicolas Bucher

Ecrire le temps, par Nicolas Bucher

Vous êtes vous-même organiste et venez de sortir chez Hortus un disque « Ecrire le temps » réunissant des oeuvres de Nicolas de Grigny et Nicolas Lebègue. Pourquoi cette association ?

Le but initial était de faire une intégrale de Grigny, avec le plain-chant alterné, car cela faisait 17 ans qu’il n’y en n’avait pas eu. Sur le premier disque il s’agit de la Messe de Nicolas de Grigny. Sur le second disque on enchaîne 5 hymnes quasiment toutes conçues sur le même format. Pour éviter l’accumulation des hymnes j’ai ajouté des motets de Lebègue, une musique très peu enregistrée. Lebègue ayant été professeur de Nicolas de Grigny, c’est un bon clin d’oeil, l’alliance des deux n’ayant jamais été faite.

 

Et pourquoi avoir fait le choix de l’orgue de La Chaise-Dieu et non celui de Saint-Michel-en-Thiérache par exemple ?

Car il n’y pas de ré aigu à la pédale à Saint-Michel-en-Thiérache et cet orgue a beaucoup été enregistré… Ce n’est pas facile de trouver un orgue pour de Grigny. Il était titulaire d’un instrument de 35 jeux, l’orgue de la cathédrale de Reims. Ce n’est pas un grand instrument mais il est situé dans un lieu immense. Il fallait trouver un équilibre entre un orgue important – pas trop pour rester proche de la période de Grigny – et un orgue pas trop petit. Et je suis arrivé assez à La Chaise-Dieu, un instrument avec beaucoup de poésie dans une magnifique acoustique. L’autre instrument idéal pour faire cela aurait été la Chapelle royale du Château de Versailles.

 

 


Menus-Plaisirs d’été
Entrez dans les coulisses du spectacle baroque

Le Centre de musique baroque de Versailles propose une expérience immersive, participative, culturelle et artistique dans les coulisses du spectacle baroque. Participez à deux ateliers qui vous feront entrer dans la fabrication de la magie du spectacle (décors, costumes, théâtre, chant ou danse) puis assistez à un spectacle mêlant musique, chant, théâtre et danse, dans la Cour Haute des Menus-Plaisirs, lieu historique de la Déclaration des Droits de l’Homme et du Citoyen.

Infos pratiques
Sam. 29 ; dim. 30 août 2020
Tout public / A partir de 7 ans
Tarif plein : 15€ / Possibilité de tarifs réduits

www.cmbv.fr 

 




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