Concert du Madrigal 28.11.18
Concert du Madrigal 28.11.18 © Marc Portehaut
Chronique

Le Choeur National de Chambre de Roumanie en concert à Paris : les voix inouïes du « Madrigal – Marin Constantin »

par Marc Portehaut | le 10 décembre 2018

La Basilique Sainte Clotilde a accueilli le mercredi 28 novembre un concert exceptionnel à plusieurs titres. Placé sous les auspices de l’amitié franco-roumaine, ce concert a permis de découvrir le Choeur National de Chambre « Madrigal » et a, par la même occasion, ouvert la Saison France – Roumanie 2019, alors même que l’on commémore le centenaire de la naissance de la Roumanie moderne, issue de la fin de la Première Guerre mondiale (1er décembre 1918).

La Roumanie est un pays de musique. Mais, quelles qu’en soient les raisons, on peut regretter la réelle méconnaissance en France de certains de ses trésors culturels comme le Choeur National de Chambre de Roumanie « Madrigal – Marin Constantin ». C’est donc à la faveur des cérémonies inaugurales de la Saison France Roumanie qu’il nous a enfin été permis d’entendre ce chœur d’exception, dont chaque apparition dans son pays d’origine constitue un évènement.

Ce Choeur, dont le nom est associé au chef d’orchestre et compositeur Marin Constantin ( 1925-2011) qui l’a créé en 1963, est en Roumanie une véritable institution nationale qui fait salle comble à chacune de ses apparitions, quel que soit le répertoire. On comprend la raison de cette renommée après avoir écouté le concert donné le 28 novembre dernier en la Basilique Sainte Clotilde, à Paris. Comme pour ajouter à sa légende, le Choeur s’est produit, comme toujours, en costumes de la Renaissance, d’une beauté mystérieuse…

Ce récital était conçu en deux parties : la première permettait de donner a cappella quelques pièces illustratives de son répertoire, la seconde était consacrée à l’interprétation du Requiem de Gabriel Fauré avec l’Ensemble Instrumental de Paris (Florin Szigeti violon solo), lequel était dirigé par son fondateur, le chef d’orchestre français d’origine roumaine, Christian Ciuca.

La partie a cappella nous a permis d’entendre des pièces très diverses allant de la Renaissance espagnole avec Tomas Luis de Victoria (1548-1611) – un Ave Maria grave et intense -,  aux compositeurs d’aujourd’hui tel le norvégien Knut Nystedt (1915- 2014) pour un Laudate étonnant, en passant par un superbe et bouleversant Motet du compositeur autrichien Anton Bruckner (1824-1896) Os Justi.

Les compositeurs roumains étaient bien sûr au cœur de ce concert avec Minune prea mare de Paul Constantinescu (1909-1963) et Pripeala de Filoeti Monahul (fin 14 ème siècle-début 15 ème). Ces œuvres complétaient idéalement le concert, ou plutôt ce « récital » de chœur. Car si les pièces chantées étaient composées parfois pour de très nombreuses voix, c’est en réalité une « seule »voix qui nous est parvenue, et nous a emportés.

Anna-Ungureanu.

Anna Ungureanu © Marc Portehaut

Placée sous la direction tout à la fois fine et énergique de sa directrice musicale et artistique Anna Ungureanu, « Madrigal » a ébloui – le mot n’est pas trop fort – tant par ses lignes vocales lumineuses que par la transparence et la légèreté de ses harmonies : douceur, voire tendresse du son et de la musique. Quand bien même la composition se faisait plus tendue et plus dramatique, on retrouve une unité de l’interprétation dans la diversité du répertoire choisi, qu’il s’agisse de pièces sacrées, à caractère traditionnel ou savantes.

Le concert se poursuivait avec l’exécution du Requiem de Fauré, oeuvre connue s’il en est et dont l’interprétation par le Choeur « Madrigal » était très attendue.

Les évidentes qualités d’adaptation de cet ensemble à tous les répertoires, sa grande musicalité et l’attention toute particulière que Christian Ciuca avait porté au travail préparatoire de l’œuvre avec le Choeur Madrigal sont à l’origine d’une interprétation réellement mémorable du Requiem de Fauré. Une véritable redécouverte.

Conçu comme un poème autour de la mort, Gabriel Fauré a mis dans son oeuvre une douceur diaphane, mais aussi parfois, une puissante douleur, inconsolable. Toutes ces choses ont été admirablement restituées sous la direction inspirée de Christian Ciuca.

Christian-Cuica-a-la-tête-de-l'Ensemble-Instrumental-de-Paris.

Christian Ciuca à la tête de l’Ensemble Instrumental de Paris © DR

Sous sa direction, la formation orchestrale, d’un effectif plutôt réduit, a interprété ce drame en musique avec paix, sérénité mais aussi avec une fougue déchirante notamment dans le Libera me.

Belle interprétation d’une pièce fameuse – ce qui n’est jamais simple – et qui est d’abord due à l’exceptionnelle direction de Christian Ciuca à la tête de son Ensemble Instrumental, homogène et impliqué, et qui a réussi à associer le Choeur madrigal à sa formation parisienne, sculptant avec bonheur la partition et faisant ressortir tous les subtils contrastes.

Interprétation à laquelle il convient d’associer les excellents solistes vocaux, la soprano Liliana Faraon et le baryton Jean-Louis Serre, ainsi que l’organiste Eric Ampeau.

Christian Ciuca est parvenu à nous donner une vision du Requiem de Gabriel Fauré d’une belle force expressive et d’une grande beauté intérieure. Interprétation qui est apparue, sans rupture, comme le prolongement « sacré » des pièces chantées a cappella par le Choeur seul.

Concert du 28 novembre 2018

Concert du 28 novembre 2018

A l’occasion de ce concert, le Choeur Madrigal avait pris soin d’évoquer le programme national Cantus Mundi, conçu comme un outil d’intégration sociale, qui a été lancé en Roumanie en 2011 et qui, après 7 ans d’activité, compte plus de 900 choeurs composés de 30 000 jeunes chanteurs….

Gageons que l’avenir de la musique vocale est assuré en Roumanie… et espérons que le Choeur Madrigal se fera entendre à nouveau prochainement à Paris.

 


CONCERT du 28 novembre 2018

Basilique Sainte Clotilde, Paris – 19h30

-Pièces a cappella de :

  • Hans Leo Hassler – « Cantate Domino »

  • Tomas Luis de Victoria- « Ave Maria »

  • Knut Nystedt-« Laudate »

  • Paul Constantinescu- « Minune prea mare »

  • Filotei Monahul- « Pripeala ( soliste Silviu Nastase)

  • Vytautas Miskinis- « Pater Noster »

  • Anton Bruckner- « Os justi »

  • Alessandro Scarlatti- « Exultate Deo ».

-Requiem de Gabriel Fauré .

  • Liliana Faraon, soprano.

  • Jean-Louis  Serre, baryton.

  • Eric Ampeau, orgue.

Choeur National de Chambre « Madrigal-Marin Constantin »

Chef de Choeur: Anna Ungureanu

Ensemble Instrumental de Paris- Violon solo Florin Szigeti.

Direction musicale:  Christian Cuica

 

 

 

 

 

 

 




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