Ciboulette - avril 2015 © Vincent Pontet
Ciboulette - avril 2015 © Vincent Pontet
Chronique

Ciboulette, une opérette au parfum de muguet et de lilas

par Marine Park-Dufour | le 7 mai 2015

Qui ne tomberait pas amoureux de Ciboulette, cette jeune fille qui séduit tout le monde par sa fraîcheur et sa naïveté, qui passe ses nuits à lire des romans et qui avoue déjà huit fiancés ?

Ciboulette - avril 2015 © Vincent Pontet

Ciboulette – avril 2015 © Vincent Pontet

Quand j’ai appris que Ciboulette était à l’affiche à l’Opéra Comique, j’ai décidé sans hésiter de savourer ce délice printanier, cette comédie musicale à la parisienne que Reynaldo Hahn réussit brillamment, respectant la tradition du grand maître du genre (Offenbach) et trouvant un parfait équilibre entre dialogues et chant.

L’univers de Reynaldo Hahn m’a toujours fascinée par sa poésie raffinée, par l’adéquation entre musique et texte comme dans L’Énamourée ou Trois jours de vendanges – que j’ai souvent accompagnés au piano et que je me retrouvais à chantonner, sans même m’en rendre compte – ou encore A Chloris, cette jolie mélodie tendrement baroque, que la belle excentrique Patricia Petibon accompagnée par Susan Manoff a si bien interprétée, sans oublier ses œuvres pour piano à quatre mains, que j’ai récemment écoutées avec grand plaisir dans les versions de Hüseyin Sermet et Paik Kun Woo.

Ciboulette - avril 2015 © Vincent Pontet

Ciboulette – avril 2015 © Vincent Pontet

Ciboulette raconte l’histoire d’une jeune maraîchère qui se fait prédire le futur et qui, après toute une série d’épisodes surréels et réjouissants, trouve finalement l’amour. Après un début légèrement timide, la ravissante Mélody Louledjian nous conquiert par sa Ciboulette attachante. Quelle fraîcheur dans son allure à la Brigitte Bardot en robe et serre tête au motif Vichy rose ! Quel humour dans le faux espagnol de sa Conchita Ciboulero !

Ciboulette - avril 2015 © Vincent Pontet

Ciboulette – avril 2015 © Vincent Pontet

Impeccable comme d’habitude, Tassis Christoyannis incarne avec sincérité un Duparquet/Rodolphe débordant de romantisme et de sagesse, et nous émeut par l’élégante tendresse avec laquelle il exprime sa nostalgie pour la vie de Bohème et pour sa bien aimée. Le rôle d’Antonin est à nouveau confié à Julien Behr qui avait déjà incarné avec brio le jeune bourgeois un peu simplet qui « ne sait pas embrasser et fera donc un bon mari ».

Ciboulette - avril 2015 © Vincent Pontet

Ciboulette – avril 2015 © Vincent Pontet

En noir et blanc, les décors de Bernard Fau et Citronelle Dufay, sobres et kitsch à la fois, nous promènent des Halles de Paris à Aubervilliers et illustrent avec poésie la vie parisienne de 1867. Quant aux costumes, leurs couleurs vives et savamment excentriques accentuent l’humour de chaque scène. L’Orchestre de chambre de Paris est en parfaite adéquation avec chaque scène, ni trop présent ni trop en retrait, et respecte l’esprit du genre léger auquel Laurence Equilbey a dédié des années d’études à Vienne.

Ciboulette - avril 2015 © Vincent Pontet

Ciboulette – avril 2015 © Vincent Pontet

Difficile de ne pas parler de la comtesse de Castiglione de Michel Fau ! La présence du metteur en scène, avec son jeu décalé et drôle, complète le caméo de Jérôme Deschamps en directeur d’opéra et suscite les rires amusés du public.

Ciboulette - production février 2013 © Isabelle Carecchio

Ciboulette – production février 2013 © Isabelle Carecchio

L’émulation entre les spectateurs et la scène est sans doute d’ailleurs l’élément-clé de la soirée : après une courte répétition avant le spectacle, le public, partition à la main, est invité à chanter le « Refrain du muguet » et « la Valse de Ciboulette » : quelle joie, quelle excitation se sont dégagées dans la salle ! Voilà pourquoi le public paraissait frémir en montant les marches du théâtre… « Amour qui meurt !…amour qui passe !  Amour fragile, tendre et chaud, Souffrir d’amour a tant de charmes, Qu’on souffre plus un’ fois guéris ! » : la Valse de Ciboulette, véritable hymne à l’amour, à la nostalgie et au romantisme, rend le public communicatif et souriant, semblant lui faire revivre des souvenirs de jeunesse… Trois cents ans d’opéra comique, ce n’est pas un hasard !

 


Extraits



Ciboulette
Opérette de Reynaldo Hahn en 3 actes.
Opéra Comique, le 29 avril 2015.

Direction musicale et collaboration artistique, Laurence Equilbey
Mise en scène, Michel Fau
Décors, Bernard Fau et Citronelle Dufay
Costumes, David Belugou
Lumières, Joël Fabing
Collaboration aux mouvements, Cécile Roussat

Assistant musical et chef de choeur, Christophe Grapperon
Assistant mise en scène, Damien Lefevre
Chefs de chant, Nicolaï Maslenko, Nicolas Ducloux

Ciboulette, Mélody Louledjian
Duparquet, Tassis Christoyannis
Antonin, Julien Behr
Zénobie, Olivia Doray
Roger, Ronan Debois
Françoise, Caroline Chassany
Monsieur Grenu, Jean-Claude Sarragosse
Madame Grenu, Guillemette Laurens
Victor, Patrick Kabongo Mubenga
Le Patron, Le Maire, Jean-Yves Ravoux
Grisard, Safir Behloul
Le Lieutenant, Thibault de Damas
Madame Pingret, Andréa Ferréol
La Comtesse de Castiglione, Michel Fau
Le Directeur d’opéra, Jérôme Deschamps

Chœur, accentus
Orchestre de chambre de Paris

Production, Opéra Comique
Coproduction, Opéra Théâtre de Saint-Etienne

 

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