Gary Hoffman © Bernard Martinez
Gary Hoffman © Bernard Martinez
Chronique

La vitalité romantique de Claire Désert et Gary Hoffman

par Jany Campello | le 23 octobre 2017

La saison Bourg Arts et Vins se résume à trois concerts, mais quels concerts ! Dans le lieu magnifique de la Citadelle de Bourg, sur les rives de la Gironde, le premier de ceux-là a réuni le 13 octobre dernier, Claire Désert et Gary Hoffman dans un programme résolument romantique.

Claire Désert et Gary Hoffman traversent les rangs de spectateurs jusqu’à la scène surélevée, d’un pas leste. Ils ont l’humeur joyeuse, ils causent entre eux. La pianiste arbore un sourire large et lumineux, presque un rire lorsqu’elle se retourne vers le violoncelliste. Il doit lui conter quelque plaisanterie qui nous échappe, ou alors se réjouissent-ils déjà du petit verre de côtes de bourg promis après le concert. En tout cas nous voici dans l’ambiance d’une soirée qui s’annonce heureuse.
Deux musiciens hors pair sur lesquels on peut compter, qui connaissent leur métier, l’un et l’autre partenaires de musique de chambre tels qu’on n’en saurait trouver de meilleurs, l’un et l’autre excellents pédagogues aussi. Allez, disons-le : deux bonnes natures si proches humainement comme musicalement. Claire Désert s’installe au piano aussi simplement qu’elle pourrait venir s’assoir à votre table, Gary Hoffman attrape son magnifique Niccolò Amati de 1662 qui vibra autrefois sous l’archet de Leonard Rose. Ce sont les Cinq pièces dans le style populaire Op. 102 de Schumann qui donnent le ton. Comme l’indique le compositeur en exergue de la troisième pièce, elles réclament « beaucoup de sonorité », la virtuosité n’étant pas leur propos. La première, Mit Humor, sonne joyeusement, l’archet du violoncelliste rebondit sur les cordes dans une connivence parfaite avec le piano. Les instruments s’enlacent dans un même chant nocturne, dans la deuxième pièce, où le violoncelle se fait enveloppant. Le style populaire voulu par Schumann pour ces pièces s’exprime dans la légèreté rythmique d’une danse esquissée, rendue admirablement au piano, dont l’expressivité dans la retenue ne force jamais le chant du violoncelle. Cela donne de beaux échanges entre les deux instruments, dont les voix se croisent ou chantent à l’unisson, dont l’élocution naturelle et le caractère intime nous charment.

Les deux artistes demeurent dans cette même union sonore et expressive dans la première sonate de Brahms en mi mineur opus 38. Cette œuvre caractéristique par sa clarté thématique, fait la part belle aux envolées lyriques. Gary Hoffman en héritier de János Starker, qui fut aussi grand interprète de cette sonate aux côtés de György Sebök, leur donne une ampleur mais sans pousser, sans engraisser le son. Quel grand art que de le laisser vivre, d’alléger la pression de l’archet, de déployer ainsi la ligne mélodique sans la gonfler de pathos ou de grandiloquence, simplement en lui donnant de la largeur, de l’espace, en laissant l’instrument dire ce qu’il a dire, vibrer de son âme !
Dans une sonorité chaude obtenue grâce aux cordes en boyau filé argenté de l’historique violoncelle, mais pas seulement, les motifs mélodiques se tendent et se détendent, s’alanguissent parfois dans leurs mouvements descendants. Les deux musiciens se soutiennent, avancent des mêmes élans. Dans le trio du second mouvement, leur façon de retenir les phrases, avant de les relâcher, puis de les suspendre est admirable de finesse.

Claire Désert © Vincent Garnier

Claire Désert © Vincent Garnier

Le voyage romantique se poursuit avec la Sonate n°2 en ré majeur opus 58 de Mendelssohn. Quelle musique réjouissante ! Cette œuvre composée tardivement a conservé un vent de jeunesse. Ennuyeux Mendelssohn ? Pas le moins du monde. Avec leur enthousiasme, les deux artistes savent soulever cette musique si bien écrite, la porter vers ses cimes radieuses avec vivacité et esprit, en souligner ses aspérités, mettre en valeur ses trouvailles, non sans humour parfois, déployer sa virtuosité avec la plus grande facilité.
L’adagio commence au piano dans le recueillement méditatif d’un émouvant cantique, entrecoupé de larges respirations, laissant l’espace de l’éloquence au violoncelle. Une pause avant le rondo finale vif, léger, aux attaques très sûres et nettes, et au phrasé constant même dans l’urgence du mouvement. On est resté accroché du début à la fin. Evidemment tout le monde est heureux dans le public, et applaudit vigoureusement.

Ils n’iront pas chercher le bis bien loin, avec le second mouvement de l’autre sonate de Brahms, son Opus 99, « adagio affettuoso » : après le turbulent Mendelssohn, un bain de tendresse pour dire bonsoir, émouvant et doux. Mais voilà, le public adore, et les rappelle encore. « A vrai dire, on n’a rien d’autre » dit Hoffman, « mais on aime tellement Mendelssohn ! » … alors ils rejouent le scherzo de la sonate.

On aura passé une bien belle soirée, et s’il y eut un bémol, on peut juste se permettre de formuler une requête aux organisateurs : remplacer la moquette de la scène par quelques planches de bois.

Il faudra attendre le vendredi 8 décembre pour le prochain concert, et la prochaine dégustation de ces très bons vins : l’invité sera le jeune et brillant pianiste Louis Schwizgebel, dans un programme Beethoven, Chopin et Moussorgski. De quoi aiguiser notre impatience !




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