Jacques Mercier à la tête de l'orchstre National de Lorraine
Photo Bertrand Pichène Pichène
Jacques Mercier à la tête de l'orchstre National de Lorraine Photo Bertrand Pichène Pichène
Chronique

A la Chaise-Dieu, « tout près du ciel… »

par Marc Portehaut | le 12 septembre 2017

Le Festival de la Chaise-Dieu clôturait sa 51éme édition le dimanche 27 août par deux concerts franco-français pleins de panache, autour de Debussy, Chausson, Bizet et  Gounod.

Le premier concert, introduit comme à l’ordinaire à l’orgue de l’Abbatiale par une sublime pièce de Louis Marchand (Dialogue et Fond d’Orgue, extrait du 1er livre) est exécuté, en voisin, par l’Orchestre National de Lyon, dirigé avec précision et énergie par la cheffe polonaise Marzena Diakun (nota bene : il n’est pas si fréquent d’assister à 2 concerts successifs dirigés par des cheffes, ce dont on ne peut que se réjouir !).

Avant l’exécution des Trois esquisses symphoniques  pour orchestre, autrement dit La Mer de Claude Debussy, c’est une des œuvres majeures d’Ernest Chausson le Poème de l’Amour et de la Mer pour soprano et orchestre qui aura enflammé l’Abbatiale.

Marie-Laure Garnier avec l'Orchestre National de Lyon dirigé par Marzena Diakun -Photo Bertrand Pichène

Marie-Laure Garnier avec l’Orchestre National de Lyon dirigé par Marzena Diakun © Bertrand Pichène

C’est peu dire, en effet, que la soprano Marie-Laure Garnier a rempli son rôle: elle l’a sublimé par son engagement artistique et sa totale implication dans cette œuvre si belle mais si difficile : spectre vocal large, projection généreuse, un profil vocal à la Jessie Norman, Marie-Laure Garnier a tout pour donner à cette pièce ce qu’il faut d’intensité poétique et émotionnelle.
Une interprétation très habitée,  suivie du Poème du même Chausson, pour violon, exécutée par l’une des violonistes super-solistes de l’orchestre, Jennifer Gilbert, œuvre dont elle donne une interprétation  romantique.

Le concert se clôture avec La Mer de Claude Debussy, pièce dans laquelle l’Orchestre de Lyon donne avec brio toute la mesure de sa puissance expressive.

Jennifer Gilbert, violon et l'Orchestre National de Lyon dirigé par Marzena Diakun -Photo Bertrand Pichène

Jennifer Gilbert, violon et l’Orchestre National de Lyon dirigé par Marzena Diakun © Bertrand Pichène

Le Festival devait se clôturer en apothéose avec le Te Deum de Georges Bizet et la Messe Solennelle de Sainte Cécile de Charles Gounod. Programme piégeux à souhait, s’il en fut, dont Jacques Mercier a su triompher avec panache à la tête de l’Orchestre National de Lorraine et du Choeur Nicolas de Grigny.
Le Te Deum de Georges Bizet  (composé en 1858 … ne fut créé qu’à la fin du XXème siècle) est une œuvre, certes inégale dont le compositeur n’était pas lui-même pleinement satisfait, mais dont l’intensité et la beauté vocale sont particulièrement bien restituées par le Chœur Nicolas de Grigny – magnifiquement préparé par son directeur musical Jean-Marie Puissant.
De même dans la Messe Solennelle de Sainte-Cécile de Gounod, aux côtés des très belles interventions des trois solistes Raquel Camarinha, soprano, Philippe Do, ténor, et Nicolas Cavalier, basse, le Chœur exprime les nuances réclamées par Jacques Mercier : des forte réussis et intenses et de très beaux pianos dans cette partition qui se souvient de l’opéra.

le chœur Nicolas de Grigny dir.Jean-Marie Puissant et l'Orchestre National de Lorraine dir Jacques Mercier -photo Bertrand Pichène

Le chœur Nicolas de Grigny dir. Jean-Marie Puissant et l’Orchestre National de Lorraine dir. Jacques Mercier © Bertrand Pichène

Les choix d’interprétation de Jacques Mercier sont particulièrement réussis : point d’excès, pas d’accents surjoués dans cette partition où le danger de l’emphase guette à chaque page. Au contraire, Jacques Mercier fait le judicieux choix de dépouiller la partition de ce qu’elle peut contenir de pompeux.
Cette réussite  ne serait pas possible sans l’Orchestre National de Lorraine qui démontre une nouvelle fois qu’il est l’un des tout premiers orchestres français témoignant d’un grande sensibilité et d’une belle puissance et que l’on a hâte d’écouter bientôt à la Philharmonie de Paris.

Ce n’est pas le moindre mérite du Festival de donner ainsi à entendre de tels programmes… « tout près du ciel ».

Le Festival de la Chaise Dieu confirme cette année encore qu’il est un lieu de musique où découvertes et talents confirmés se côtoient pour le plus grand bonheur d’un public toujours plus nombreux.

 

 




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