Le Comte Ory © Vincent Pontet / Opéra Comique
Le Comte Ory © Vincent Pontet / Opéra Comique
Chronique

Délicieusement irrévérencieux : le Comte Ory de Rossini à l’Opéra Comique

par Marc Portehaut | le 21 décembre 2017

L’Opéra Comique de Paris a inscrit à son programme l’ouvrage de Gioachino Rossini, »Le Comte Ory », production idéale pour terminer l’année.

 

C’est avec bonheur que l’on retrouve Salle Favart l’un de ces ouvrages qui ont enflammé la scène lyrique parisienne durant des décennies au XIXème siècle : « le Comte Ory » de Gioachino Rossini, opéra en deux actes, qui a triomphé plusieurs centaines de fois, puis qui, après avoir connu une durable éclipse, est revenu en grâce : seul ouvrage du compositeur créé en français pour le public français et représenté pour la première fois à l’Opéra de Paris le 20 août 1828.

La maison a fait les choses en grand et n’a pas lésiné sur les moyens : un plateau de chanteurs, sinon de rêve – en tous cas –  idéal, un metteur en scène recherché, Denis Podalydès, un orchestre renommé, l’Orchestre des Champs Élysées, enfin une direction musicale reconnue en la personne de Louis Langrée, sans oublier un ensemble vocal de tout premier plan, Les Éléments, dirigé par Joël Suhubiette.

Le Comte Ory © Vincent Pontet / Opéra Comique

Le Comte Ory © Vincent Pontet / Opéra Comique

Le fait est que tout ce petit monde accepte de jouer le jeu initié par Denis Podalydès. Celui-ci a installé la comédie vers 1830, le rideau de scène – pour s’en convaincre – représentant la prise d’Alger par les troupes françaises en 1830…

A l’origine, le librettiste Eugène Scribe avait situé l’action au Moyen-Age; mais ce ne sont plus des croisés dont on attend le retour tout au long du spectacle, mais des militaires, au terme de leur expédition nord-africaine… lesquels feront – tout de bleu et rouge vêtus – leur apparition à l’ultime scène de la pièce (costumes magnifiques de Christian Lacroix , décors d’Eric Ruf, lumières de Stéphanie Daniel).

L’argument tient en quelques mots : les châtelains sont partis pour les Croisades laissant derrière eux Dame Ragonde (Eve -Maud Hubeaux) et une jeune et belle veuve, la Comtesse (Julie Fuchs). Espérant tirer profit de l’absence desdits châtelains, un noble séducteur, le Comte Ory (Philippe Talbot) et son complice Raimbaud (Jean-Sébastien Bou) se déguisent en prêtres pour s’introduire au Château (Acte I), puis, démasqués, récidivent, cette-fois, en religieuses (Acte II).

Mais aucun de ses travestissements ne permettra au noble libertin de parvenir à ses fins et il réussira à quitter le château avec ses compagnons à l’arrivée des croisés/militaires.

Les retrouvailles des militaires et de leurs épouses, fiancées, compagnes, prennent dans ce contexte un petit air de Così fan tutte…, car bien que méprisés et craints, les séducteurs vont laisser derrière eux quelques regrets…

Le Comte Ory © Vincent Pontet / Opéra Comique

Le Comte Ory © Vincent Pontet / Opéra Comique

Entre temps, on découvrira que la Comtesse et le Page du Comte, Isolier (Gaëlle Arquez), sont épris l’un de l’autre.

D’entrée de jeu, bondissante et menée tambour battant,  signe distinctif des mises en scène de Denis Podalydès, l’action ne faiblit pas une seconde. Aidée en cela,  il est vrai, par des solistes et des choristes impliqués avec gourmandise dans cette comédie irrévérencieuse qui conjugue avec humour quiproquos et travestissements.

Le plateau vocal ne souffre aucun reproche : Philippe Talbot (le Comte Ory) en ténor bouffe, incarne vaillamment le rôle titre et tire parti avantageusement de son talent de comédien; quant à Julie Fuchs (la Comtesse), d’une belle fraîcheur vocale, elle nous conquiert par son timbre lumineux et réalise avec talent une belle incarnation de la Comtesse.

Eve-Maud Hubeaux (Dame Ragonde) annoncée légèrement souffrante, a parfaitement négocié son personnage de duègne; Isolier, le Page, est superbement chanté et joué par Gaëlle Arquez, beau mezzo au timbre puissant;  les interventions du baryton Jean-Sébastien Bou (Raimbaud) ont été toutes incisives et convaincantes. On n’oubliera pas le Gouverneur, belle basse profonde, incarné par Patrick Bolleire, ni surtout la délicieuse Jodie Devos (Alice) dont le timbre aérien et le jeu emportent l’adhésion.

Le chœur, très présent dans cette œuvre, est confié à l’ensemble vocal Les Éléments. Il intervient avec brio dans l’action tout en la commentant, exprimant dans cette production un sens réel de la scène, sans perdre de sa musicalité.

L’orchestre, sous la belle direction de Louis Langrée, s’il nous a paru un peu terne au début de la représentation, a pris peu à peu la mesure de l’ouvrage pour terminer avec panache dans la douce folie rossinienne !

Nous avons un souhait :  que ce type de production s’inscrive durablement au répertoire de l’Opéra Comique.

Le spectacle sera repris à l’Opéra Royal de Versailles les 12 et 14 janvier 2018.

 


Réserver ses places à Paris
Réserver ses places à Versailles

 

Le Comte Ory
Direction musicale, Louis Langrée
Mise en scène, Denis Podalydès
Décors, Éric Ruf
Costumes, Christian Lacroix
Lumières, Stéphanie Daniel
Collaboration aux mouvements, Cécile Bon

Avec Philippe Talbot, Julie Fuchs, Gaëlle Arquez, Jean-Sébastien Bou, Patrick Bolleire, Éve-Maud Hubeaux, Jodie Devos, Laurent Podalydès, Léo Reynaud.

Chœur les éléments
Orchestre des Champs-Elysées

 




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