Daniel Bizien © Festival de Quatuors à Cordes en Pays de Fayence
Daniel Bizien © Festival de Quatuors à Cordes en Pays de Fayence
Interview

Conversation avec Daniel Bizien

par Cinzia Rota | le 21 octobre 2014

Conversation avec Daniel Bizien, directeur du Festival de Quatuors à Cordes en Pays de Fayence

 

L’édition 2014 du festival s’appelle « Florilège ». D’où vient l’idée de ce nom ?

Cette année, puisque c’est mon dernier festival, j’ai décidé d’offrir au public un vrai florilège, comme cadeau de départ.
Le « Florilège », c’est un peu ma bannière : il y a quelques années j’avais demandé à des mélomanes, qui nous sont fidèles depuis plusieurs années, de me proposer des Quatuors qu’ils auraient aimé écouter au festival. Cela m’a permis de faire une liste de 50 pièces que j’ai proposée aux artistes, sans pour autant les contraindre, en leur expliquant ma démarche et ma volonté de rendre hommage aux mélomanes.

 Quatuor Borodine © Keith Saunders

Quatuor Borodine © Keith Saunders

Un autre cadeau que vous faites à votre public est la présence du mythique Quatuor Borodine.

Tout à fait. Nous avons finalement réussi a faire coïncider nos calendriers respectifs et à accueillir ces grands musiciens.


Comment choisissez-vous les quatuors qui se produiront au festival ? Et comment les associez-vous ?

Nous essayons de mélanger des musiciens de différentes nationalités et des ensembles légendaires, comme le Quatuor Borodine, à d’autres plus jeunes – et tout de même très célèbres – comme le Quatuor Danel et le Quatuor Modigliani, et à ceux en début de carrière, comme le Quatuor Girard qui était venu ici en 2011 pour participer à la classe de maitre et qui ensuite gagna le 1er Prix du Quatuor de Genève.

Le programme parfois se base sur une thématique comme une année où le thème était Haydn et nous avions invité le Quatuor Festetics qui avait enregistré l’intégrale des quatuors de Haydn.

© Quatuor Modigliani

© Quatuor Modigliani

Votre festival propose toute une variété d’événements autour des concerts du soir, comme les concerts-lecture, les classes de maître et le stage de musique d’ensemble.

Pour nous il est important de proposer d’autres approches didactiques : chaque année, dans le cadre des concerts-lecture on prend une oeuvre, qui sera ensuite présentée au concert du soir, et on la décortique devant le public, avec la complicité du compositeur Jean Michel Bossini et des artistes.

Les classes de maître publiques présentent également un grand intérêt : elles permettent de montrer au public l’échange entre un grand professeur et ses élèves, le travail d’analyse nécessaire pour jouer une oeuvre au mieux, et sont une occasion pour les stagiaires de montrer les résultats de ce travail intensif au public.
Nous sommes très contents de ces manifestations pédagogiques qui sont toujours très suivies par le public.

Cette année la classe sera assurée par Miguel Da Silva, altiste fondateur du Quatuor Ysaÿe, qui s’est malheureusement séparé en janvier dernier.


Pourriez-vous nous en dire plus sur votre public ?

Il y a un vrai enthousiasme pour la musique de chambre : notre public est très varié, il y a des mélomanes de la région, mais aussi des étrangers, qui viennent aussi de très loin, nous avons même eu californiens et des hawaïens.

© Quatuor Parisii

© Quatuor Parisii

Cette année sera donc votre dernier festival en tant que président.

Oui, et malheureusement ce sera le dernier festival tout court, car il n’y aura plus de financements. Les nouveaux élus, ne voient plus l’intérêt du festival et souhaitent redistribuer l’argent sur d’autres festivals locaux.

C’est donc avec tristesse que je clôture ce festival, qui a contribué à la diffusion du répertoire pour quatuor à cordes, qui a accueilli plein de jeunes passionnés, dont le Quatuor Modigliani et le Quatuor Hermès, anciennement stagiaires au festival, qui aujourd’hui mènent des brillantes carrières internationales.
C’est dommage de le priver le public et les musiciens d’un lieux de diffusion de la musique de chambre, dont le répertoire riche et varié génère aujourd’hui un réel engouement.



Avec 26 éditions, 83 quatuors invités et un répertoire de 488 oeuvres, le Festival de Quatuors à Cordes en Pays de Fayence, qui a su fidéliser un public international de mélomanes, reconnaître les talents de demain et convier des ensembles historiques comme le Quatuor Borodine, arrive à sa fin.

Aux élus qui ont décidé de financer autre chose, nous conseillons d’aller écouter les beaux concerts du Festival et de discuter avec le public, les jeunes artistes et les bénévoles.
Peut être qu’ils se rendront compte de la valeur culturelle d’un événement qui depuis 1988 anime le Pays de Fayence et du vide qu’engendrera sa disparition.

 

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