© Julian Laidig
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Interview

Conversation avec Max Emanuel Cenčić

par Cinzia Rota | le 5 novembre 2014

Dans Siroe Roi de Perse vous êtes interprète, mais aussi producteur, comme pour Artaserse de Vinci et Alessandro de Händel, et metteur en scène. Qu’est-ce qui vous a motivé à répéter cette expérience ?
La musique de Hasse et le livret plein de symbolisme de Métastase m’ont beaucoup passionné : Siroé est une oeuvre pleine de drame et d’expression.
De plus, ce magnifique opéra, malheureusement complètement oublié, représente la transition entre le baroque et le classique.

© Etienne Guiol - Decca Classics

© Etienne Guiol – Decca Classics

Que rapporte-t-elle votre expérience de chanteur à la mise en scène et vice-versa ?
Il y a une très grande différence de perspective entre la mise en scène et le chant, mais les indications du texte et du livret m’ont beaucoup aidé. Être chanteur m’a aidé aussi, car en connaissant la complexité des airs, je savais à quel moment ne pas demander trop de mouvements aux chanteurs.

La première fois que je me suis occupé de mise en scène, j’étais un peu inquiet car je craignais de m’ennuyer ou de trouver la tâche physiquement difficile. Finalement, cette expérience s’est révélée très intéressante malgré l’intensité du travail.
Cela m’a donné beaucoup de plaisir, car je suis entré dans un monde où j’ai pu créer quelque chose, avec les autres chanteurs et le reste de l’équipe.

© Julian Laidig

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Pourquoi avez-vous choisi d’aborder cette œuvre méconnue?
La musique est très belle, même si elle est assez compliquée : il y a beaucoup de colorature et d’expression. C’est une chance de pouvoir, aujourd’hui, produire des opéras, en particulier dans des lieux historiques comme l’Opéra Royal de Versailles.


Malgré ses mérites, Siroé n’a plus joué depuis le XVIIIe siècle. Comment expliquez-vous cela ?
ll y a plusieurs raisons qui expliquent le sort de cet opéra, en commençant par le fait que comme au XVIIIe siècle il y avait une grande envie de nouveauté, on écrivait beaucoup d’opéras, qui souvent n’étaient représentés qu’une seule fois.

Il était aussi courant de les réviser, même plusieurs fois. Des deux versions du Siroé de Hasse j’ai choisi celle de 1763, car il s’agit du dernier opéra qu’il a écrit pour Dresde, avant de la quitter à jamais.

Pour finir, il ne faut pas oublier que si Siroé est tombé sous oubli c’est aussi à cause de la concurrence de Gluck et du jeune Mozart.

© Bruno de Lavenere / Decca

© Bruno de Lavenere / Decca

A propos de Mozart, Siroe présente beaucoup de liens avec La flûte Enchantée et son message d’élévation par la raison.
Oui, le message est très similaire : le roi Cosroe, par exemple, symbolise le Vieux Monde, tandis que son fils Siroé – qui se bat pendant toute une vie pour un monde meilleur – représente un Nouveau Monde, basé effectivement sur la raison et les idées maçonniques.

Mais si l’opéra de Mozart raconte une histoire dans un contexte symbolique, dans Siroé il s’agit de la réalité. Dans un symbolisme très poussé, les différents personnages représentent les différentes passions : la perte de la raison chez Cosroe, la luxure chez Laodice, la jalousie chez Medarse, la vengeance et la colère chez Emira.

Siroé a lui-même des défauts, le fait d’être trop fier et prêt à mourir pour sa cause est considéré par Aristote sinon de la sottise du moins un manque d’équilibre.
Seul l’honnête Arasse se démarque, car ce jeune juge est le seul qui arrive à gérer la situation.
A côté de l’éthique aristotélicienne, on retrouve également la philosophie grecque et les références bibliques : Arasse est David, l’homme pur de coeur et non corrompu, qui permet d’éviter la tragédie.

Finalement, à la frontière du symbolisme on retrouve aussi des drames humains, éternels, comme le conflit entre père et fils et la jalousie entre frères.

© Julian Laidig

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Quels sont vos projets ?
Mon prochain projet est Catone in Utica, avec le metteur en scène Jakob Peters-Messer et le scénographe Markus Meyer. Cet opéra de Leonardo Vinci, encore sur un livret de Métastase, sera donné à l’Opéra Royal de Versailles en juin 2015.

© Julian Laidig

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Max Emanuel Cenčić
Opéra Royal de Versailles

 

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