Patrick Cohën-Akenine © Géraldine Aresteanu
Patrick Cohën-Akenine © Géraldine Aresteanu
Interview

Conversation avec le violoniste Patrick Cohën-Akenine

par Cinzia Rota | le 6 octobre 2014

Nous avons rencontré Patrick Cohën-Akenine dans le cadre du festival d’Ambronay, où il présente un programme autour des Leçons de Ténèbres d’Alessandro Scarlatti et du Miserere de Thierry Pécou.
 
 

Patrick Cohën-Akenine, comment est née votre passion pour la musique baroque ?

J’ai commencé le violon à 4 ans et demi et j’ai eu un vrai coup de foudre pour le son de cet instrument. Pendant mes études de musique, je me suis orienté vers le répertoire de musique de chambre et j’ai fait beaucoup de quatuors à cordes. Cela m’a permis d’apprendre le répertoire classique de Haydn, Beethoven et Mozart, de développer l’écoute attentive des autres et de travailler l’homogénéisation dans l’interprétation.

L’intérêt pour la musique ancienne est venu plus tard, quand j’avais 25 ans. Je jouais beaucoup de musique baroque, mais à un moment je me suis rendu compte que pour bien m’exprimer dans ce répertoire je devais passer au violon ancien. Cet instrument, à la tenue plus naturelle, permet d’avoir moins de tension dans le jeu et un majeure adéquation entre les gestes, la musique et le corps.

Ma rencontré avec Hervé Niquet a été décisive, car non seulement il m’a encouragé dans cette voie, mais ensuite il m’a pris comme premier violon au sein de son orchestre. J’ai joué avec Le Concert Spirituel pendant 10 ans puis, en 2000, j’ai fondé Les folies Françoises.

 

Votre intérêt pour les instruments d’époque, vous a amené jusqu’à vous occuper de la restitution des Vingt-quatre Violons du Roy au Centre de musique baroque de Versailles.

Oui, j’ai été à l’initiative de ce travail de recherche parce que les instruments de cette époque me passionnent, ainsi que la recherche acoustique et le travail sur les couleurs.

Avec les luthiers Antoine Laulhère et Giovanna Chittó, nous avons travailler sur la musique de Jean-Baptiste Lully, pour reproduire ce style – très français – où la voix avait un timbre très nasal et pointu. En vue de chercher des sonorités, on developpe son instinct : par exemple le timbre du hautbois m’a beaucoup inspiré dans la recherche des timbres pour le violon.

Ce qui est intéressant dans ces instruments est qu’ils sont performants dans un certain registre, car ils sont conçus pour jouer en orchestre. La preuve : il n’y a pas des rôles de solistes pour ces instruments jusqu’à au début du XVIIIe siècle.

Cette expérience de recréation de l’orchestre mythique de Louis XIV a été très enrichissante et j’espère pouvoir la prolonger.

 

Quelle est la genèse des Folies Françoises, qui revisitent le répertoire baroque des XVIIe et XVIIIe siècles ?

Les Folies Françoises sont nées de la rencontre avec la claveciniste Béatrice Martin et le violoncelliste François Poly : nous avions envie de jouer ensemble et de défendre un répertoire.

Je ne souhaitais pas être dirigé par un chef, car pour moi c’est un concept qui a plus de sens à partir du XIX siècle. Dans ce répertoire tout se greffe autour du violon et du continuo, et nous étions justement un violon, un clavecin et un violoncelle.

 

Votre ensemble s’intéresse également à la musique contemporaine : au festival d’Ambronay vous avez associé les Leçons de Ténèbres d’Alessandro Scarlatti au Miserere de Thierry Pécou.

Le regard d’un compositeur d’aujourd’hui sur la composition pour instruments baroque est tres intéressant.
Depuis 40 ans les musiciens qui font du baroque impulsent la recherche des timbres et des couleurs, pour nous il s’agir du troisième programme dans ce créneau.

Paul Fournier, directeur de l’Abbaye de Noirlac m’a proposé de travailler avec Thierry Pécou, qui était très enthousiaste du projet.
Je lui ai donc amené les Lamentations de Scarlatti pour qu’il puisse créer un Misererei, tout en sachant qu’il aurait été joué à la clôture de ce répertoire. L’association de ces deux pièces est un échange à travers le temps, une sorte de parabole.

Les leçons de ténèbres sont composés de trois leçons dans lequelles chantent trois sopranos différentes.
De cette façon nous avons trois timbres différents, qui se retrouvent ensuite dans la pièce de Pécou, qui est pour 3 voix féminines.

Le succès de ce projet est dans sa démarche sincère et dans la recherche du dialogue : entre Pécou et Scarlatti, entre la musique contemporaine et baroque et entre les musiciens et le public.

Les folies françoises au festival d'Ambronay © Bertrand Pichene

Les folies françoises au festival d’Ambronay © Bertrand Pichene

Vous avez récemment sorti l’album Rameau chez Madame de Pompadour, pour le 250ème anniversaire du compositeur, avec les solistes de l’Atelier Lyrique de l’Opéra de Paris.

Dans le salon de Madame de Pompadour, où elle même chantait, l’ambiance était très intime : notre album réflet cette ambiance où les effectifs étaient au maximum de neuf musiciens et les oeuvres, comme Hyppolite et Aricie, étaient jouées par actes.

 

Quels sont vos projets ?

Nous serons à la Chapelle Royale de Versailles pour intérpreter le Requiem d’un anonyme, sur thème de Castor et Pollux, puis nous jouerons à Rome, dans le cadre d’un petit festival à la Villa Medicis. Le thème du premier concert est en lien avec les « Ténèbres » donc autour de la mort, le deuxième est plus festif, avec des cantates et des pièces pour clavecin.

Ensuite j’ai un projet d’album pour violon solo avec des oeuvres de musiciens allemands : Biber, Telemann et Bach, dont je jouerai la Partita en ré mineur avec la célèbre chaconne.

Pour 2016 j’ai un projet de ballet avec la compagnie de danse baroque L’éventail, à l’occasion de l’anniversaire de Shakespeare, sur Otello et puis sur la Tempête, sur des musiques qui vont de Henry Purcell à Kaija Saariaho, qui a réadapté des pièces pour les Folies françoises.

Pour finir, comme j’ai commandé un violon, je prendrais mon temps pour faire ma rencontre avec l’instrument.

 

De quel type de violon s’agit-il ?

Ce n’est pas un violon dans le style italien, c’est un instrument plus XVIII, de l’époque de Rameau et de Leclair, que j’ai Commandé à Bruno Drueux, un luthier d’Orléans, sur le modèle d’instrument du luthier Louis Guersan (1713-1781).

 


En savoir plus :

» Les folies Françoises de Patrick Cohën-Akenine

» Les chantiers de restauration des Vingt-quatre Violons du Roy au CMBV
» Les luthiers des Vingt-quatre Violons du Roy

» Rameau chez Madame de Pompadour

 

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