Fabien Gabel
Fabien Gabel © Nikolai Schukoff
Chronique

Couples et duos mènent la danse à Radio France

par Julien Bordas | le 19 juin 2019

L’auditorium de la Maison de la Radio accueillait un concert incontournable jeudi 13 juin. Le casting réunissait l’Orchestre Philharmonique de Radio-France – sans le chef Mikko Franck remplacé au pied levé par Fabien Gabel – Jean-Yves Thibaudet et Gautier Capuçon, pour la création française de Eros Athanatos de Richard Dubugnon, mais aussi les violonistes Amandine Ley et Florent Brannens dans Prokofiev. Une soirée grisante.

Debussy constituait l’entrée en matière de ce concert dans une suite de Pelléas et Mélisande arrangée par Alain Altinoglu. Le compositeur est parti des interludes orchestraux destinés à “combler” des changements de décor chronophages. Ici, l’ordre chronologique est conservé et le compositeur livre une version aux accents clairement debussystes. Suavité des cordes, scintillement des pupitres, présence de la harpe, onirisme du cor anglais tenu par Anne-Marie Gay, des ingrédients qui dessinent fidèlement l’histoire de Maeterlinck.

Intitulée, Eros Athanatos (Eros immortel), la création française de la pièce de Richard Dubugnon convoque le pianiste Jean-Yves Thibaudet, le violoncelliste Gautier Capuçon et l’Orchestre Philharmonique de Radio France. “Cette fantaisie pour violoncelle, piano et grand orchestre ne se veut qu’une louange libre et jubilatoire de cette définition déjà incomplète du plus grand des mystères : celui de l’existence” note le compositeur au sujet de son double concerto. La pièce véhicule les différents styles auxquels Dubugnon est attaché. Une musique organique reposant sur un pouvoir attractif, une partition magmatique qui laisse s’exprimer la virtuosité des deux solistes en exploitant les possibilités instrumentales du Philhar. Quatre grands mouvements enchaînés, eux-mêmes scindés en plusieurs tempi. Échafaudée sur le rythme, Eros Athanatos sollicite toute la puissance de l’orchestre lors d’impressionnantes envolées. Le jazz s’invite à la fête, tandis que des passages cuivrés et percussifs jubilatoires plongent les musiciens dans une évidente communion. Il est intéressant d’observer comment le violoncelle de Gautier Capuçon, simple instrument parmi les autres, surgit naturellement de la masse pour tracer cette “ode au mystère de la vie”, comme la qualifie Dubugnon.

Gautier Capuçon

Gautier Capuçon Gregory Batardonn-Yves

Amis du compositeur, les deux solistes sont également les dédicataires de cette fresque. On doit notamment à Thibaudet, artiste au répertoire éclectique, des incursions réussies dans le jazz (Reflections on Duke : Jean-Yves Thibaudet Plays the Music of Duke Ellington et Conversation With Bill Evans) ou dans la musique de film. Ce soir, aux côtés de Gautier Capuçon, il défend avec un naturel déconcertant les reliefs vertigineux de cet Eros immortel. Même si l’artiste se fait rare en France, il n’en demeure pas moins un pianiste reconnu et apprécié aux Etats-Unis où il se produit aux côtés des plus grandes formations. Chapeau également au chef d’orchestre qui a su s’emparer de cette partition en un temps record sans que l’écoute en pâtisse !

En bis, Le Cygne, extrait du Carnaval des animaux de Camille Saint-Saëns, plonge le public dans une gracieuse intimité avec les deux musiciens.

La seconde partie est consacrée à Serge Prokofiev. La Sonate pour deux violons op.56 par Amandine Ley et Florent Brannens, deux violonistes membres du Philhar au profil chambriste (le Trio Arcadis pour l’une et le Quatuor Renoir pour l’autre), donne lieu à de beaux instants de complicité. Quatre mouvements où la richesse d’écriture de Prokofiev explose largement le simple cadre du duo. Les trésors d’ingéniosité du compositeur russe sont relayés par une parfaite implication, un sens du phrasé évident, notamment dans le dernier mouvement Allegro con brio.

Le concert se refermait sur les extraits des suites d’orchestre de Roméo et Juliette dont la première partie “Montaigus et Capulets” sonne avec allant lors de son irrésistible marche. Les pièces alternent les caractères, entre légèreté et mouvements de danse propres au ballet. On remarquera au passage la grâce de la flûte de Magalie Mosnier et de la clarinette de Jérôme Voisin, portée par l’engouement d’un orchestre irréprochable. Fabuleux !




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