Oleg Dolgov (Hermann) @ Opéra de Nice
Oleg Dolgov (Hermann) @ Opéra de Nice
Chronique

La nouvelle Dame de Pique d’Olivier Py à Nice

par Jacqueline Letzter et Robert Adelson | le 5 mars 2020

Grâce à une nouvelle initiative de la Région Sud, quatre grandes compagnies d’opéra de la région méditerranéenne ont mis en commun leurs moyens artistiques, financiers et logistiques pour monter une nouvelle coproduction de La Dame de Pique de Tchaïkovski. Le spectacle a débuté la semaine dernière à l’Opéra de Nice, puis se dirigera vers l’Opéra-Toulon Provence-Méditerranée (21, 24 et 26 avril 2020), l’Opéra de Marseille (2, 4, 7 et 9 octobre 2020) et enfin l’Opéra Grand- Avignon (23 et 25 octobre 2020).

 

Cette nouvelle mise en scène de l’avant-dernier opéra de Tchaïkovski a été confiée à Olivier Py, plus connu comme directeur artistique du Festival d’Avignon. Sa conception était à juste titre sombre et grandiose, mais souffrait d’une agitation hyperactive qui distrayait de la musique somptueuse. Au cours de chaque intermède orchestral, quelle qu’en soit la durée, les danseurs mimaient un aspect, parfois réducteur, de l’intrigue. En conséquence, le public n’était jamais seul avec la musique de Tchaïkovski ; il y avait toujours quelque chose pour détourner son attention. La mise en scène était austère, avec seulement quelques symboles clés sur scène: un lit de soldat, un tronc d’arbre nu avec une icône religieuse, remplacé plus tard par une photo de Lisa, et un vieux piano droit. Ce dernier est resté sur scène tout au long de l’opéra; parfois brièvement joué par l’un ou l’autre personnage, mais surtout utilisé comme accessoire de gymnastique pour les chanteurs et les danseurs, à tel point qu’on a fini par oublier qu’il était là. Si ce piano était en quelque sorte destiné à symboliser la musique, alors il a démontré comment elle était présente dans cette production, mais n’était pas la principale priorité du metteur-en-scène.

Olivier Py @ Christophe Raynaud de Lage

Olivier Py @ Christophe Raynaud de Lage

Py, et le créateur des costumes et des décors Pierre-André Weitz, ont utilisé une imagerie puissante, mais leur approche a parfois semblé trop évidente et se ployant aux conventions actuelles. Depuis le Figaro de Claus Guth au Festival de Salzbourg en 2006, il y a une mode dans la mise en scène lyrique consistant à inventer un personnage muet qui n’existe pas dans le livret, mais qui plane sur les autres personnages, souvent comme une incarnation d’aspects refoulés de leur psychologie. Dans la Dame de Pique de Py, un jeune danseur souvent déshabillé (Jackson Carroll) est omniprésent : soit en doublant le protagoniste Hermann, soit en reflétant dans un mime burlesque ce qui est chanté par les autres personnages. En partie, cela semble également suivre une autre tendance récente (notamment pratiquée par Stefan Herheim dans la production de la Dame de Pique au Royal Opera House 2019 à Londres) de propulser l’homosexualité refoulée de Tchaïkovski sur la scène de l’opéra, une des dimensions de la passion tragique d’Hermann.

Cependant, grâce au magnifique casting de jeunes chanteurs russes, le spectacle fut une réussite incontestée. Le ténor Oleg Dolgov a chanté avec  naturel et aisance le rôle exigeant d’Hermann. Le baryton Alexander Kasyanov a donné une interprétation vigoureuse des rôles de Tomsky et de Zlagator, en particulier dans son air très vif de l’acte I « Tri kartï ». Le baryton roumain Serban Vasile (Yeletski) a chanté un «Ya vas lyublyu» ardemment expressif dans l’acte II. Les rôles féminins n’étaient pas moins accomplis. La soprano Elena Bezgodkova était une Lisa poignante, à la fois en tant qu’actrice et en tant que chanteuse, avec un phrasé alternativement flexible et intense. La mezzo-soprano Marie-Ange Todorovitch était une comtesse fulgurante et envoutante. Eva Zaïcik avait la voix chaleureuse aux couleurs sombres, qui sied aux rôles de Pauline et Milovzor.

Elena Bezgodkova (Lisa) @ Opéra de Nice

Elena Bezgodkova (Lisa) @ Opéra de Nice

Le chef d’orchestre György G. Ráth a donné une lecture passionnée de la partition de Tchaïkovski, en particulier des nombreux passages où il devait réagir rapidement au rubato volatile de Hermann. L’Orchestre Philharmonique de Nice a joué avec engagement et émotion tout au long de l’opéra. Nous notons en particulier les contributions de la clarinette, du hautbois et du violoncelle. Les chœurs mixtes des opéras de Nice et de Toulon (préparés respectivement par Giulio Magnanini et Christophe Bernollin), et le chœur d’enfants de l’Opéra de Nice (Philippe Négrel) ont donné une performance émouvante, malgré quelques manques de coordination avec l’orchestre.

 


Direction musicale György G. Ráth
Mise en scène Olivier Py
Assistant mise en scène et chorégraphe Daniel Izzo
Décors et costumes Pierre-André Weitz
Assistant décors Pierre Lebon
Assistante costumes Nathalie Bègue
Lumières Bertrand Killy

Hermann Oleg Dolgov
Tomsky/ Zlagator Alexander Kasyanov
Yeletski Serban Vasile
Chekalinsky Artavazd Sargsyan
Sourine Nika Guliashvili
Tchaplitski/ Maître des cérémonies Christophe Poncet de Solages
Naroumov Guy Bonfiglio
La comtesse Marie-Ange Todorovitch
Lisa Elena Bezgodkova
Pauline/ Milovzor Eva Zaïcik
La gouvernante Nona Javakhidze
Prilepa et Masha Anne-Marie Calloni

Orchestre Philharmonique de Nice
Choeur de l’Opéra de Nice dirigé par Giulio Magnanini
Choeur de l’Opéra de Toulon
dirigé par Christophe Bernollin
Choeur d’enfants de l’Opéra de Nice
dirigé par Philippe Négrel




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