© Compagnie Nationale de l'Opéra de Pékin
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Reportage

Dans les coulisses de l’Opéra chinois : La Légende du Serpent blanc

par Cinzia Rota | le 14 octobre 2014

La « Légende du Serpent Blanc » revient en France

Angers Nantes Opéra, mardi 21 et mercredi 22 octobre 2014
Opéra de Marseille, vendredi 24 et samedi 25 octobre 2014
Théâtre du Châtelet, lundi 27 octobre 2014

« À peine le voit-elle que la trop troublante Bai Suzhen aime le jeune Xu Xian qui l’aime en retour. Ils s’aiment tant qu’ils s’épousent aussitôt. Pas une ombre ne semble pouvoir voiler leur bonheur. Ce serait oublier qu’elle est aussi le serpent blanc, une Immortelle qui se travestit pour rassurer ces pleutres mortels qui redoutent d’être dévorés par des femmes renardes ou serpents. Alors, le drame survient, attisé par la jalousie. Et il faudra bien des philtres et potions pour l’éteindre.1 »

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Pour le 50ème anniversaire des relations diplomatiques franco-chinoises, la Compagnie Nationale de l’Opéra de Pékin, fondée en 1955 par Mei Lanfang revient en France, pour représenter La Légende du Serpent Blanc, le premier opéra chinois donné dans notre pays en 1964, suite à la la reconnaissance de la République Populaire de Chine par le Général De Gaulle.

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L’opéra chinois

L’opéra chinois, apparu en Chine au XIIIème siècle, présente différentes formes dramaturgiques :
L’Opéra de Pékin, le genre théâtral national (Jingju), joué dans tout le pays par le plus grand nombre de troupes; le Kunqu, un aboutissement de différentes traditions théâtrales et musicales apparues dans le sud; l’Opéra du Sichuan, aux spectaculaires techniques de changement de masques et les théâtres populaires locaux.

« Mêlant opéra, ballade, spectacle, théâtre, le jingju est avant tout un art du corps dans l’espace, un corps qui chante et parle mais un corps tenu, sacralisé, vidé de nature humaine pour espérer devenir sur scène celui des dieux 2« .

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La Légende du Serpent Blanc (Bái Shé Zhuàn)

La Légende du Serpent Blanc vient de l’Opéra de Sichuan et a été adaptée en Opéra de Pékin en 1947 par Tian Han, scénariste, dramaturge et auteur des paroles de l’hymne national chinois.
Si cet opéra appartient au genre civil de type sentimental et pas à celui martial, dans les deux nous retrouvons le chant et la musique mêlées à l’acrobatie et au combat. Les deux protagonistes, le Serpent blanc et le Serpent vert, son double martial, auront à se battre contre diverses créatures surnaturelles (animaux marins, divinités célestes).

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Les personnages
Bai Suzhen, Serpent blanc, Immortelle qui prend la forme de femme
Xu Xian, Branche de Cannelier, jeune lettré
Fa Hai, Océan de la Discipline, moine gardien
Xiao Qing, Serpent bleu, fidèle servante de Bai Suzhen

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Un récit en quatre tableaux
“Brave vieil homme, s’il te plaît laisse nous passer ! » crie la Dame Blanche au passeur depuis la berge. Le jeune passager demande au passeur de s’arrêter et de la laisser monter à bord. Ils remercient le vieil homme et Xiaoqing (le serpent bleu déguisé) lui demande son nom. Il répond : « Xu est mon nom. On m’a dit que j’ai rencontré un immortel près du Pont Brisé quand j’étais enfant, alors mon père m’a donné le prénom de Xian. » (le caractère chinois Xian signifie « Immortel »). Alors le souhait éprouvé depuis longtemps par la Dame Blanche fut exaucé. Le charmant jeune homme était en fait le petit garçon qui avait bouleversé son cœur.3« 
Rencontre au bord du Lac de l’Ouest
Bai Suzhen et Xiao Qing sont respectivement un serpent blanc et un serpent vert, à l’apparence humaine. Xiao Qing était un Immortel mâle amoureux de Bai Suzhen, devenu femme pour l’accompagner et la protéger.
Sur le Lac de l’Ouest, les deux filles rencontrent Xu Xian, un jeune apothicaire qui avait sauvé la vie du Serpent blanc il y a 100 ans et qu’elle souhaitait remercier depuis.

La Fête des bateaux-dragons
La fête des bateaux- dragons, marquant de début de l’été et la saison des épidémies approche quand Bai Suzhen et Xu Xian désormais mariés, se préparent à avoir un enfant. Leur rencontre avec le moine bouddhiste Fahai, bouleverse leur bonheur car au premier regard, le moine devine que Bai Suzhen est en réalité un esprit.
Pour la démasquer, il offre à Xu Xian un vin souffré, que la tradition conseille de boire pour prévenir les maladies, pour sa femme enceinte. Bai Suzhen ne pouvant pas refuser la boisson, à cause de l’insistance de son mari, est prise au piège : elle se transforme en serpent et sont mari meurt de peur.

L’amadouvier et l’inondation du Temple
Bai Suzhen réussit à sauver son mari en utilisant l’amadouvier, la fleur des immortels, cueillie sur le mont Kunlun; mais Fahai revient à la charge et emprisonne Xu Xian dans son temple.
Les deux serpents essayent de le libérer en inondant le temple mais pendant le lutte l’accouchement de Bai Suzhen se déclenche et affaiblie elle doit abandonner le combat.

Le pont Duan
A cause de l’inondation, le pont Duan se rompt en attirant sur Bai Suzhen une punition divine, mais à la fin Xu Xian arrive à s’évader et rejoint les deux serpents au Lac de l’Ouest, où tout à commencé. Bai Suzhen peut finalement accoucher en paix.

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Des personnages et des sujets pas si lointains

Quoique l’acrobatie et les arts martiaux ne soient pas indispensables dans les récits operistiques occidentaux – mais tout de même employés, comme dans le récent Ring du MET avec les trois filles du Rhin suspendues sur la scène, comme voulait Wagner – d’autres éléments nous seront sans doute plus familiers, comme le déguisement, le poison, le philtre et le personnage du méchant qui empêche l’union des amoureux. Fahai est donc la version chinoise de nos Scarpia, Iago, Barnaba, Comte de Luna, Hunding et Hagen, mais aussi de Rothbart : « L’acharnement de l’exorciste Fahai (Océan de la Loi) à renvoyer le Serpent blanc, devenu femme, à son animalité primitive, trouve comme équivalent en Occident la méchanceté du magicien Rothbart à l’origine de la métamorphose d’Odette, la princesse du Lac des Cygnes 4« . 5

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La Légende du Serpent Blanc (Bái Shé Zhuàn)
Distribution

TIAN Han, auteur de la pièce originale
LI Zigui, metteur en scène de la version originale

SUN Guiyuan, metteur en scène
LI Shengsu, Bai Suzhen
JIANG Qihu, Xu Xian
YU Kuizhi, Fa Hai
DAI Zhongyu, Xiao Qing
WANG Jue, le nocher (le passeur)

WANG Haoqiang, He Tong
GUO Xiaolei, Lu Tong
LIU Kuikui, Jia Lan
CHEN Guosen, un moine

ZHAO Qi, Maître Tambour
ZHANG Shunxiang, Maître Jinghu

 

En savoir plus

Institut Confucius
Compagnie Nationale de Chine d’Opéra de Pékin

Angers Nantes Opéra
Opéra de Marseille
Théâtre du Châtelet

Références :
1, 2, 3 Dossier de presse d’Angers Nantes Opéra
4 Darrobers, Roger, Le Théâtre Chinois, Presses Universitaires de France, Paris, 1995, p.92.
5 Cahier pédagogique de l’Institut Confucius par Clément Magar et Pauline Séguin / Lumières international

Dans un souci de clarté, la version de La Légende du Serpent Blanc relatée ici correspond à celle du livret que la Compagnie Nationale interprétera lors des représentations au Théâtre du Quai à Angers (les 21 et 22 octobre).

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