Des Cordes marines
Agnès Pyka, Blandine Leydier et Armance Quéro © Flavien Prioreau et Maria-Helena Buckley
Chronique

Des Equilibres : des cordes marines à Paris

par Charles-Marie Hulot | le 10 avril 2017

A l’occasion de la sortie du nouveau disque de l’ensemble Des Équilibres pour le label Arion, un concert a eu lieu au centre tchèque le 10 mars à 20h. Au programme, des compositions parfois délaissées comme celles de Bohuslav Martinů, Joseph-Ermend Bonnal ou Jean Cras.

 

A l’initiative de la violoniste et pédagogue Agnès Pyka, l’ensemble Des Equilibres voit le jour dans le sud de la France en 2006. Depuis sa création, ses membres (une dizaine d’instrumentistes) ne cessent d’explorer les grandes pages de la musique de chambre du répertoire classique, proposant divers programmes allant de la période classique à nos jours.

Composée de musiciens professionnels de différents horizons, cette formation musicale souhaite aussi réhabiliter les compositeurs oubliés au fil des ans. Avec cet objectif, Agnès Pyka (violon), Blandine Leydier (alto) et Armance Quéro (violoncelle) ont ainsi eu l’idée de graver un disque intitulé « Des Cordes Marines », comprenant la musique de compositeurs marins, tels que Jean Cras, Joseph Ermend Bonnal et Albert Roussel).

Imaginé durant l’entre deux-guerres, le Trio à cordes de Jean Cras (1879-1932), qui ouvre le concert, fait parti de ces chefs d’oeuvres de la musique de chambre injustement oubliés.
Né à Brest en 1879, Cras était officier et professeur à l’Ecole Navale, où il avait mis en place une règle de navigation appelée « règle Cras », qui permet de tracer une route maritime. Parallèlement à son activité professionnelle, il hérite très tôt de la passion de ses parents pour la musique et compose sa première pièce à treize ans. Ecrivant dans tous les styles musicaux (de la sonate à la musique symphonique en passant par le trio), ce passionné de voyages trouve son inspiration musicale durant ses missions maritimes. Travaillant avec une grande délicatesse la matière sonore, Cras modèle avec agilité les mélodies de ses compositions, souvent inspirées d’airs bretons.

Pour défendre au mieux cette musique, les artistes ont servi la partition avec ferveur, notamment dans le troisième mouvement qui comprend de nombreuses indications de doigtés pour interpréter les pizzicati (avec l’index de la main droite pour le violon et l’alto, avec l’index et le pouce de la main droite pour le violoncelle), ou encore dans la cadence du deuxième mouvement, où Agnès Pyka a su montrer sa virtuosité à dans les broderies en triple-croches.

Agnès Pyka, Blandine Leydier et Armance Quéro saluant le public au centre tchèque de Paris© Katerina Divisova

Agnès Pyka, Blandine Leydier et Armance Quéro saluant le public au centre tchèque de Paris © Katerina Divisova

Trois madrigaux de Bohuslav Martinů ont ensuite été sélectionnés, peut-être pour justifier la présence du concert au Centre Tchèque mais plus probablement pour montrer au public l’attachement de l’ensemble aux compositeurs austro-hongrois, après plusieurs enregistrements consacrés à la musique de Sándor Veress et Béla Bartók.

Après avoir exploré l’univers de la musique symphonique, Bohuslav Martinů choisit, en 1949, de revenir à la musique de chambre. Dans ses madrigaux, il emploie l’échelle pentatonique et des rythmes vifs et dynamiques (double-croches, accentués par les tempi comme Poco Allegro) que les deux musiciennes (Agnès Pyka et Blandine Leydier) traitent avec habileté. De plus, le compositeur évoque sa terre natale (qu’il a fuit à cause de la guerre) en insérant dans sa partition des chansons et danses folkloriques mises en relief par les archets enjoués des interprètes.

Pour clôturer ce programme, les trois musiciennes ont immortalisé cette soirée en présentant une rareté au public : le Trio à cordes de Joseph-Ermend Bonnal (1880-1944), compositeur atypique de nombreux ragtimes et tangos, qui se faisait connaître c’est sous le pseudonyme de Guy Marylis.
Organiste de métier, Joseph-Ermend Bonnal est élève de Gabriel Fauré, Alexandre Guilmant et Charles Tournemire (qui lui enseigne la composition). Très soucieux du devenir de l’orgue (il compose de nombreuses pièces pour cet instrument et participe à la restauration de l’orgue de l’église de Saint-André de Bayonne), il s’intéresse également à la musique de chambre, et en 1934, il écrit son unique trio à cordes. Cette pièce se caractérise par son lyrisme, sa finesse d’écriture et de grandes phrases mélodiques, qui ont contribué à faire de son auteur un compositeur résolument français.

En 2016 l’ensemble Des Équilibres a aussi enregistré cette pièce, dans l’ancien couvent des Minimes en 2016. Nous esperons qu’il saura captiver les oreilles d’audiophiles avertis et qu’il deviendra mémorable comme celui enregistré en 1939 par son dédicataire : le trio Pasquier, composé par Jean, Etienne et Pierre Pasquier son fondateur, qui a gagné le Grand Prix du Disque.

 

 


En savoir plus sur l’association Ermend Bonnal

Le site officiel de l’ensemble Des Équilibres

 




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