Franco Fagioli (Eliogabalo) © Agathe Poupeney /Opéra national de Paris
Franco Fagioli (Eliogabalo) © Agathe Poupeney /Opéra national de Paris
Chronique

Eliogabalo illumine le Palais Garnier

par Sonia Bos-Jucquin | le 3 octobre 2016

Pour sa première mise en scène opératique, le jeune Thomas Jolly a accepté la proposition de Stéphane Lissner et s’empare de l’œuvre rarement montée de Francesco Cavalli qu’il présente actuellement au Palais Garnier. Cet opéra baroque interroge la question du vivre ensemble autour de la figure d’un jeune syrien sacré empereur à 14 ans, aux prises avec ceux qui l’ont porté au pouvoir avant de l’assassiner quatre ans plus tard.

 

Après Richard III, Thomas Jolly s’attaque à un autre monstre politique mais peut-être avec moins de panache et de flamboyance. Loin d’être un défaut, il propose une mise en scène plus sage qu’à l’accoutumé, non pas par manque d’audace, mais pour coller au plus près à ce que demande la musique de Cavalli en témoignant surtout d’une écoute profonde de l’œuvre et de ses exigences. En l’occurrence, ici, cela demande une grande proximité entre tous les protagonistes. C‘est pourquoi les chanteurs investissent la fosse, au plus près des musiciens et du chef Leonardo Garcia Alarcón qui dirige avec maestria l’orchestre Cappella Mediterranea mais aussi le Chœur de chambre de Namur.

Franco Fagioli (Eliogabalo) © Agathe Poupeney /Opéra national de Paris

Franco Fagioli (Eliogabalo) © Agathe Poupeney /Opéra national de Paris

Le décor est plutôt austère et imposant, bien qu’épuré : constitué d’un escalier qui descend jusque dans la fosse, il permet de passer d’un couloir du palais au Sénat où Eliogabalo a introduit les femmes. Seul le dernier tableau, avec un lieu qui s’y prête, fait preuve de davantage de fantaisie et de faste, sans pour autant tomber dans la démesure. Notons également la sublime scène du banquet avec le ballet des hiboux imaginé par Maud Le Pladec, valorisée par les costumes du britannique Gareth Pugh.

A côté de cela, les lumières d’Antoine Travert sont un véritable atout pour cet opéra, utilisant les éléments de la peinture baroque comme les lignes de fuite, les perspectives et le clair-obscur par de puissants faisceaux pour sculpter l’espace, l’agrandir ou le réduire selon la volonté du propos à éclairer. Réelle marque de fabrique du travail de Thomas Jolly, ces lumières permettent un contraste très intéressant, oscillant entre l’austère ambiance et le personnage d’Eliogabalo qui a pour influence le solaire Dieu Hélios.

Emiliano Gonzalez Toro (Lenia) © Agathe Poupeney /Opéra national de Paris

Emiliano Gonzalez Toro (Lenia) © Agathe Poupeney /Opéra national de Paris

Certes, le livret est plutôt faible mais le metteur en scène parvient à s’en tirer avec les honneurs en mettant au goût du jour cette œuvre oubliée. Pour cela, il peut s’appuyer sur la présence d’un grand chef baroque, qui fait également ses premiers pas à l’Opéra de Paris, mais aussi sur une distribution étincelante. Le rôle-titre, confié au contre-ténor Franco Fagioli, met en avant les qualités lumineuses de son timbre de voix, bien que nous regrettions la disproportion entre les récitatifs, très nombreux, et les rares arias. La soprano Nadine Sierra est une Gemmira bouleversante tandis que le contre-ténor Valer Sabadus fait l’unanimité en s’emparant avec brio du rôle de Guiliano.

Thomas Jolly ouvre triomphalement la saison 16-17 du Palais Garnier avec un Eliogabalo plutôt sage, en comparaison de la vie trépidante du jeune empereur jouant sur les limites troubles du pouvoir et de la sexualité, mais pertinent pour une œuvre baroque du XVIIème siècle. Une plongée dans la Rome antique par une esthétique pop-rock épurée, à voir à l’Opéra national de Paris jusqu’au 15 octobre.

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