Ensemble Exaudi
Ensemble Exaudi © Matthew Andrews
Festival de Royaumont

Contemplation et spiritualité : cinq siècles de madrigaux par l’ensemble Exaudi

par Cinzia Rota | le 22 septembre 2016

L’ensemble Exaudi, en résidence à Royaumont dans le cadre du programme Voix Nouvelles, a imaginé un voyage musical à travers le temps, en mettant en parallèle des madrigaux de la Renaissance avec leurs équivalents contemporains.

 

Le noir des habits des chanteurs ressort contre le blanc de la pierre de la chaire du lecteur, dans le réfectoire des moines de l’Abbaye de Royaumont.

C’est de là que la Lectio Divina était récitée, pendant que les moines prenaient un repas silencieux. Aujourd’hui la salle est paisiblement remplie par des gens venus contempler la beauté du chant a cappella et la profondeur des textes des madrigaux choisis par James Weeks, compositeur et chef de l’ensemble Exaudi.

Actuellement en résidence à Royaumont, l’ensemble anglais a élaboré un programme faisant dialoguer des madrigaux de la Renaissance avec leurs équivalents du XXe et du XXIe siècles.

La création française de Di dolci aspre catene de Stefano Gervasoni nous introduit dans l’ambiance délicate et poétique de la soirée. Suivent quatre madrigaux de Jacques Arcadelt (1507-1568) en alternance à quatre de Weeks lui-même.
Pour mieux montrer ce dialogue qui dépasse les barrières du temps, Weeks a choisi de fondre les pièces les unes dans les autres. Sur la cadence finale de la pièce qui se termine, se superpose une nouvelle note, en dissonance, créant ainsi un discours unique, sans césure, se terminant par deux madrigaux basés sur le même texte (Alloro).

Une époque s’écoule dans l’autre avec un naturel si étonnant, que l’on dirait que ces madrigaux étaient destinés à être joués ensemble.

Ensemble Exaudi

Ensemble Exaudi © Fondation Royaumont

Les fascinantes microtonalités du madrigal de Michael Finnissy répondent à l’oeuvre de Carlo Gesualdo (1566-1613), dont il reprend le Resta di darmi noia, tiré du Libro Sesto.

Pour finir, l’ambiance bucolique de Ecco mormorare l’onde de Claudio Monteverdi (1567-1596) et des Vezzosi Augelli de Giaches de Wert (1535-1596) interpelle les trois madrigaux de Salvatore Sciarrino, basés sur les puissants poèmes miniature (haïkus) de Matsuo Bashō.
Quelle heureuse coïncidence de retrouver dans la salle un ancien élève de Sciarrino, Pierluigi Billone, qui en ce moment est en résidence à Royaumont en tant qu’enseignant !

Nous saluons l’extrême pureté du son de l’ensemble Exaudi et la surprenante capacité des chanteurs de se fondre en une seule voix tout en gardant leur individualité, fruit d’un travail d’homogénéisation des timbres et d’alignement des harmoniques, aujourd’hui indispensable à tout ensemble vocal.

Le public abandonne la splendide salle à l’architecture aérienne, ressourcé.
Les soucis du quotidien sont oubliés, remplacés par une paix intérieure qui nous accompagnera, on espère, au moins jusqu’au prochain concert.

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