Ensemble vocal Mélisme(s)
Ensemble vocal Mélisme(s) © DR
Chronique

Un Requiem pour Pâques

par Juliette Guibert | le 6 avril 2016

Il faut croire que cette année, Pâques n’avait pas convaincu de la résurrection : deux jours après le passage des cloches, à Paris la Philharmonie donnait le Requiem allemand et à Brest c’était celui de Fauré qui était programmé au Quartz. Mais à bien y regarder, il ne fallait voir à l’œuvre dans cette programmation qu’un scepticisme de façade : le premier s’ouvre sur une promesse de consolation : « Selig sind, die da Leid tragen, denn sie sollen getröstet werden » (Heureux sont ceux qui souffrent car ils seront consolés), et se termine sur l’affirmation de la persistance de l’œuvre humaine, version humaniste de la résurrection : « Selig sind die Toten, (…), denn ihre Werke folgen ihnen nach » (Heureux les morts, (…), car leurs œuvres les suivent).

Un requiem ? Pour rien, pour le plaisir, si j’ose dire – Gabriel Fauré

Quant à Fauré, si bien sûr en bon catholique il fait référence pour son requiem à la résurrection non humaine des âmes, sa version initiale de 1893 pour orchestre de chambre est bien plus une incarnation de la musique française qu’une ténébreuse messe des morts. Fauré n’a-t-il pas dit lui même qu’il l’avait composé « pour rien… pour le plaisir, si j’ose dire ! » ?

Peut-être pour ne pas laisser malgré tout ce premier concert de printemps aux prises avec le seul repos éternel, l’Orchestre symphonique de Bretagne avait prévu une première partie plus légère : des Chansons écossaises de Paul Ladmirault (1877-1944), élève de Fauré passionné de musique celtique, orchestrées par Gildas Pungier pour l’occasion et chantées par l’ensemble vocal Mélisme(s) qu’il dirige. Mélange un peu surprenant de mélodies celtiques dans des œuvres de structure très française, sans doute accentuée par la version orchestrée. Mais l’intérêt et la beauté en étaient magnifiées par l’écho intermittent des mélodies écossaises qui avaient inspiré Ladmirault, que nous livrait Marthe Vassalo avec toute la subtile et suave rusticité dont elle a le secret. Accompagnée tantôt par l’accordéon, tantôt par l’orchestre, ou laissée a cappella dans les sombres gutturalités du vieil écossais, elle donnait aux pièces un peu répétitives de Ladmirault une profondeur de landes, de lacs et de tourbières qui aurait pu leur manquer.

Orchestre Symphonique de Bretagne

Orchestre Symphonique de Bretagne © Nicolas Joubard

Ce passage au-dessus des landes désolées nous avait mis en condition pour le Requiem, avec un Orchestre symphonique de Bretagne réduit à cette curieuse formation voulue par Fauré (un violon solo, 5 altos, pas de bois, un orgue, une harpe et des timbales) et Mélisme(s), très à son aise pour rendre avec précision et émotion les accents élégiaques et fantomatiques de la partie vocale. Malgré le printemps qui s’était emparé de tout et le changement d’heure qui nous permettait d’arriver au concert sous les rayons encore hauts du soleil du bout des terres, l’atmosphère crépusculaire de l‘Introït en ré mineur avait envahi le Quartz en quelques mesures. Fauré avait beau se défendre de ne vouloir penser qu’aux morts, cette tonalité dont les vapeurs verdâtres traversent également le Requiem de Mozart est bien celle qui évoque le repos éternel et il y revient, après avoir emprunté de multiples chemins de traverse, dans un Libera me rendu particulièrement diaphane et évanescent par Mélisme(s).  Sans doute l’épilogue de l‘In Paradisum était-il suffisant pour nous rassurer sur ce qui nous attendait pour l’éternité, sans qu’un bis soit vraiment nécessaire mais on n’allait pas bouder notre plaisir d’entendre Mélisme(s) interpréter le Cantique de Jean Racine pour nous laisser repartir dans la nuit enfin descendue sur Brest avec la promesse du Jour Éternel.

 


Le Quartz, Scène nationale de Brest (Finistère), mardi 29 mars 2016

Paul Ladmirault : Chansons écossaises, orchestration Gildas Pungier
Gabriel Fauré : Messe de Requiem en ré mineur, op. 48

Orchestre symphonique de Bretagne
Ensemble vocal Mélisme(s)
Direction : Gildas Pungier

Amira Selim, soprano
Richard Rittelmann, baryton
Marthe Vassallo, chants traditionnels écossais

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