© Vincent Pontet
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Chronique

Faust, ou la culpabilité féminine sublimée par la mort

par Cinzia Rota | le 5 mars 2015

Si à l’opéra le destin des amants est souvent funeste, celui des femmes l’est encore plus particulièrement. Comme Sieglinde, Isolde, Nedda et tant d’autres, Marguerite paye de sa vie le fait de s’être donnée à l’homme qu’elle aime.

Séduite et abandonnée par Faust, elle subit l’opprobre, d’abord de son frère qui la maudit publiquement après sa tentative avortée de venger son honneur, puis par la société qui la répudie. Son crime est d’avoir écouté son cœur : « Je n’étais pas infâme ; tout ce qui t’y porta, mon âme, n’était que tendresse et qu’amour ! »

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Se voyant refuser jusqu’au confort de la foi, Marguerite bascule dans la folie, tue son enfant et est condamnée à mort. Finalement, pour récompenser la pureté de son coeur, les portes du paradis lui sont ouvertes tandis que Faust est précipité dans les abysses.

Mais ce dernier a entre temps profité de la vie par deux fois et, malgré son pacte avec le diable, le destin qui l’attend en enfer ne paraît pas si négatif… « Jusqu’aux premiers feux du matin, à l’abri des regards profanes, je t’offre une place au festin des reines et des courtisanes ! »

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Si le Faust de Gounod, à la différence de celui de Goethe, fait privilègier au protagoniste une belle femme à la quête d’absolu, le metteur en scène Jean-Romain Vesperini suggère lui aussi une réinterprétation de ce mythe : tout ne serait que le rêve d’un moribond, réduisant le diable et Marguerite aux simples produits de son imagination en proie aux délires du poison.
Faust est donc précipité seul dans l’abîme, tandis que Méphistophélès reste avec Marguerite, comme s’ils étaient les deux facettes d’une même métaphore, le blanc et le noir, le yin et le yang.
Selon Vesperini, Faust n’est qu’un homme qui n’a jamais profité de la vie et qui, sur son lit de mort, découvre la jeunesse et l’amour… comme le professeur Rath, perdant la tête pour Marlene Dietrich dans L’Ange bleu.

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Si la nouvelle mise en scène de l’Opéra de Paris, simple relooking de celle de 2011, perd un peu d’efficacité par rapport à l’originale, il faut lui reconnaître certains détails originaux : l’arbre (de la vie ?), le bar du cabaret et l’imposante grille qui confine Marguerite à la solitude…

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La transposition de l’intrigue dans les années 30 et le chœur vêtu d’une panoplie de couleurs et de styles nous offrent une vision pittoresque et juste d’une société insouciante sur le point de basculer vers le totalitarisme.

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La Marguerite de Krassimira Stoyanova surprend par un legato parfait et la richesse de sa voix, Ildar Abdrazakov est un diable espiègle et ambigu à souhait, à qui tout est permis : même de chanter une sérénade (« Vous qui faites l’endormie ») allongé sur le cercueil d’un soldat mort au combat… Nous remarquons le Siebel convaincant et attachant d’Anaïk Morel et la pétillante Doris Lamprecht qui avec humour et élégance accentue intelligemment le contraste entre les couples Faust-Marguerite et Marthe-Méphistophélès.

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Faust
Opéra en cinq actes de Charles Gounod
Livret de Jules Barbier et Michel Carré

Opéra National de Paris, le 2 mars 2015

Michel Plasson, Direction musicale
Jean-Romain Vesperini, Mise en scène
Johan Engels, Décors
Cédric Tirado, Costumes
François Thouret, Lumières
Selin Dündar, Chorégraphie
José Luis Basso, Chef des Choeurs

Piotr Beczala, Faust
Ildar Abdrazakov, Méphistophélès
Jean-François Lapointe, Valentin
Damien Pass, Wagner
Krassimira Stoyanova, Marguerite
Anaïk Morel, Siebel
Doris Lamprecht, Dame Marthe

 

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