Photo d'un précédent festival de musique de chambre Artemusica à Paris
Photo d'un précédent festival de musique de chambre Artemusica à Paris
Chronique

Festival Artemusica Paris: comme une fleur entre les pavés

par Flore Védry-Roussev | le 24 juin 2020

Le festival de musique de chambre Artemusica Paris restera clos en raison de la crise sanitaire, toutefois les musiciens ont donné dimanche 21 juin un concert unique dans l’élégante cour de l’Hôtel de Sauroy. Une première sortie autorisée pour les musiciens et la plupart des spectateurs présents, et un franc succès pour ce concert panachant des oeuvres de Bach à Piazzola dans une ambiance timidement heureuse, de liberté retrouvée.

 

Un dimanche à 11h, le quartier autour de la rue de Bretagne a une ambiance particulièrement agréable, suffisamment calme pour un concert en plein air, relevé par l’animation du marché des Enfants Rouges à proximité. C’est en plein Marais, dans la cour pavée du XVIIe siècle de l’Hôtel de Sauroy, que se tient le festival Artemusica-Paris.

Ce matin-là, le concert se déroule avec une entrée libre, hors festival mais avec les artistes programmés. L’initiative revient aux musiciens eux-mêmes, qui rappellent ainsi au public que les artistes sont toujours là avec l’envie de jouer et de se retrouver en concert intacte. Ce beau moment pour les spectateurs s’est fait dans le respect du casse-tête des nouvelles normes. La capacité de la cour réduite de moitié par les organisateurs respecte les distances de sécurité, et les chaises judicieusement placées en demi-cercle, donnent à chacun une impression simultanée d’espace et de cocon. Les énormes portes en bois ouvertes sur la rue offrent une perspective des plus charmantes, et à l’extérieur, des badauds curieux profitent de ce moment musical aussi inattendu que de grande qualité.

 

De l’émotion et de la légèreté retrouvée

Le concert sans entracte, propose un panaché d’œuvres variées dans des formations elles-mêmes variées, mais uniquement instruments à cordes. Éloquent et spirituel, le violoniste Florent Brannens annonce le programme et les intentions des musiciens.

Le concert s’ouvre sur une transcription pour quatuor à cordes d’extraits du Requiem de Mozart. Très vite, dans le public, on est submergé par l’émotion, qui nous prend de court. Est-ce le fait d’être pour la première fois à nouveau réunis en concert depuis des mois ? Est-ce la légère brise de cette belle matinée en plein air ? Est-ce Mozart ? Les extraits – dont le Lacrimosa – sont particulièrement bien choisis et interprétés de façon très épurée, très sobre par le quatuor qui soigne la texture des différentes voix de cette très belle transcription. Je ne sais pas. En tout cas il y a des moments magiques qui surgissent parfois avec l’impression de vivre un moment rare. Dès le début du concert, la barre est placée très haut, puis l’électricité se dissipe et le concert prend son rythme de croisière et laisse place à plusieurs mouvements du quatuor de Brahms opus 51. Ils sont suivis de duos pour violon de Mozart et Bartók interprétés par Florent Brannens et Amandine Ley dont la complicité musicale évidente est réjouissante.

Deux brèves mélodies de Kreisler interprétées en trio à cordes, pleines de légèreté, se suivent, puis un autre quatuor se présente cette fois. Mené par Juan Firmin Ciriaco au violon, le quatuor interprète quatre tangos dont trois de Piazzola et ouvre les portes d’un autre continent, d’autres références qui enchantent les spectateurs de ce concert qui s’affirment grand public.

Le concert s’achève « en chœur » avec les douze musiciens sur scène dans un 3e concerto Brandebourgeois plein d’enthousiasme. Réunis spécialement pour ce festival, la belle prestation d’Akemi Fillon, Odile Simon, Sophie Pradel, Juan Firmin Ciriaco, Marie-Emeline Charpentier, Vincent Catulescu, Elise Borgetto, Martin Rodriguez, Stéphane Manent, Florent Brannens, Amandine Ley et Jeremy Pasquier est chaleureusement saluée par le public.

La promesse d’un report du festival en septembre est annoncé malgré les circonstances, qui ne permettent aucune certitude. On veut y croire pour ce festival qui, comme une petite fleur poussant entre les pavés, a offert une matinée pleine de poésie et de vitalité à une saison musicale parisienne assassinée.




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