© Marine Kaleka
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Chronique

Au fil du Rhin : le romantisme allemand aux Musicales de Blanchardeau

par Juliette Guibert | le 11 août 2015

Chaque année, quand on voit une foule mélomane remplir l’église de Lanvollon, on se réjouit que la Bretagne musicale classique fasse salle comble dans ses églises de granit que les lumières déclinantes font particulièrement resplendir, à l’heure où commencent les concerts. Il faut dire que les Musicales de Blanchardeau, festival des côtes d’Armor (22) qui fête cette année sa 13ème édition, nous ont depuis longtemps habitués à des affiches prestigieuses, au service d’un thème littéraire ou artistique, dans cinq très belles églises et chapelles du canton. En 2015, c’est au fil du Rhin, sur les traces du romantisme allemand que nous convie le festival, dans un voyage qui remontera le temps jusqu’à l’âge baroque.
L’affiche du concert d’inauguration à Lanvollon était pleine de promesses : Jean-Marc Luisada au piano, Patrick Messina à la clarinette et Christian-Pierre La Marca au violoncelle dans un programme ultra-romantique Schumann et Brahms. En commençant par les Fantasiestücke op. 73 de Robert Schumann, Patrick Messina nous a fait plonger directement dans le Rhin, au gré d’une clarinette tantôt rêveuse, un brin mélancolique, tantôt passionnée et torturée. Dans le chœur en clair-obscur et l’acoustique chaude de l’église Saint-Samson, la clarinette semblait sortir du piano.

Jean-Marc-Louisada---Patrick-Messina

Aux nostalgiques de la version pour violoncelle, Christian-Pierre La Marca est venu apporter un prompt réconfort, avec les 3 Stücke im Volkston op. 102 et la Romanze und Allegro op. 70. Son instrument est à lui seul un hommage à Schumann : outre sa sonorité ample qui semble faite pour emplir toute la vallée rhénane – les graves sont profonds, le vibrato intense et charnel, il date de 1856, année de la mort du compositeur. Jean-Marc Luisada terminait cette première partie par une Arabesque op. 18, tout en subtil dialogue entre Florestan et Eusebius, et par les Papillons op. 2 dont il nous confiera associer le bal masqué et ses danses entêtantes au souvenir de la fête étrange du Grand Meaulnes et de la fête macabre de la Règle du jeu.

Le trio copie
Le Trio pour piano, clarinette et violoncelle op. 114 de Johannes Brahms est une montagne romantique. Pièce tardive (1891) composée en même temps que le célèbre quintette pour clarinette et cordes, il donne l’impression que les instruments se disent mutuellement des mots d’amour. Nos trois solistes ne s’en sont pas privés, rivalisant tantôt de douceur et de soutien mutuel, tantôt de fougue et de passion, emplissant les arcades du XIVème siècle d’une musique charnelle et envoûtante.
A l’ovation enflammée qui suivit le Trio, les musiciens accordèrent un bis qui nourrit encore un peu plus notre appétit de sentiments extrêmes, en reprenant la première Fantasiestücke et en partageant la mélodie entre clarinette et violoncelle, dans un trio inédit portant à son comble l’exultation romantique. En regardant le ballet des phares des voitures qui s’égaillaient à la sortie, quelques vers me sont revenus :

(…) Er schaut nicht die Felsenriffe,
Er schaut nur Hinauf in die Höh
Ich glaube, die Wellen verschlingen
Am Ende Schiffer und Kahn;
Und das hat mit ihrem Singen
die Lorelei getan.
Heinrich Heine, Die Lorelei (1824)

[(…) Il ne regarde pas le récif,
Il a les yeux vers les hauteurs.
Et la vague engloutit bientôt
Le batelier et son bateau…
C’est ce qu’a fait au soir couchant
La Lorelei avec son chant.]

 


Festival Les Musicales de Blanchardeau 2015, Au fil du Rhin
www.lesmusicalesdeblanchardeau.blogspot.com
4 août 2015, Eglise Saint-Samson, Lanvollon
Jean-Marc Luisada (piano)
Patrick Messina (clarinette)
Christian-Pierre La Marca (violoncelle)

 

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