Orchestre de Paris © Anne Deniau
Orchestre de Paris © Anne Deniau
Chronique

Fin de préavis pour l’Orchestre de Paris

par Anne-Laure Robine | le 27 novembre 2014

Ce jeudi 27 novembre, je ressens une petite note de nostalgie au moment de rentrer dans la salle : c’est sans doute la dernière fois que je viens écouter l’Orchestre de Paris à Pleyel, avant que l’ensemble ne pose ses valises à la Philharmonie en janvier 2015.

Pour honorer cet avant-goût de « dépendaison » de crémaillère, le programme est des plus classiques : Mozart et Schubert, sous la baguette de Christian Zacharias. Bref, à l’ouest (de Paris), rien de nouveau. L’orchestre débute avec la Symphonie n°31, dite « Paris ». Quatre accords puissants ouvrent le premier mouvement. Quatre sons résonnants, réguliers, presque mécaniques. Aussitôt, une énigme surgit du passé et de la portée : est-ce que Mozart a souhaité représenter notre capitale à travers ces notes ? Si oui, quel monument a-t-il bien pu l’inspirer ? Je me plais à croire en un (hypothétique) symbolisme et décide de mener l’enquête. La liste des anachronismes élimine toutes mes pistes les unes après les autres ; j’allais renoncer, quand soudain, ces quatre mêmes accords, conclusifs cette fois-ci, me sortent de ma torpeur : les cloches de Notre-Dame, élémentaire, mon cher Wolfgang !

Après un deuxième mouvement coulant comme la Seine, le dernier est vivant, vibrant comme foule un jour de marché ; une foule joyeuse, mais dont on soupçonne, grâce aux envolées mineures, les premiers frémissements de rébellion. Elans qui mériteraient de ne pas être minorisés, justement : la Bastille ne résistera pas plus que 11 ans.

Avec le Concerto n°10 pour deux pianos en mi bémol majeur, à défaut de changer de compositeur, on change de rayon, en délaissant le guide du routard au profit de la comptine pour enfants. Interprétée par le très jeune Jan Lisiecki et Christian Zacharias lui-même, qui alternait entre les 88 touches du clavier et les 46 musiciens à guider, cette oeuvre en « trompe l’oreille » nous ferait presque douter de nos facultés auditives : mais où est passé le deuxième piano ? C’est toute la malice de cette pièce, construite à la fois sur cette illusion et sur un enchaînement très dense de réponses de(s) piano(s) à l’orchestre et réciproquement, entre lesquelles s’insèrent des dialogues plus intimistes entre les 2 solistes.

La soirée se conclut avec la Symphonie n°2 de Schubert en si bémol majeur, galopante, exigeante, affirmée tout en laissant transparaître une certaine vulnérabilité : un romantisme aux émotions assumées mais contrôlées.

En rappel, les musiciens interprètent la version initiale du 2ème mouvement de la Symphonie « Paris » (jugée trop long par Monsieur Le Gros, le mécène qui a commandé l’oeuvre – le client est roi !), en le dédiant à leurs confrères instrumentistes d’orchestre dont l’emploi est menacé par la baisse des crédits accordés à ces ensembles.

Raison de plus pour souligner le privilège que nous avons de pouvoir fêter le déménagement de l’Orchestre de Paris pour une résidence de standing international !

En attendant, bon courage pour les cartons…

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