La Flûte enchantée à l'Opéra Bastille
La Flûte enchantée à l'Opéra Bastille © Svetlana Loboff / Opéra national de Paris
Chronique

La Flûte enchante l’Opéra Bastille

par Irène Mejia Buttin | le 30 avril 2019

L’Opéra Bastille programme la célèbre et resplendissante Flûte enchantée de Mozart jusqu’au 15 juin 2019. Le chœur et l’orchestre de l’Opéra de Paris portent brillamment la matière de ce joyaux musical, sous la direction énergique de Henrik Nànàsi. Retour sur une production qui, depuis 2013, s’ouvre au public.

En 1791, Mozart se sépare de l’opéra italien et revient, pour la dernière fois avant sa mort, au genre de tradition très germanique qu’est le singspiel. Littéralement « chanter-parler », ce genre hybride se construit sur cette alternance, autorisant ainsi l’imbrication des genres et des registres. Justement, l’intrigue de La Flûte enchantée est ambivalente. Les références à la franc-maçonnerie, à laquelle Mozart adhère en 1784, y sont parsemées et insérées dans la mise en scène de Robert Carsen à travers des signes chorégraphiques ésotériques qui alternent les mains élevées vers le ciel, jointes en un claquement ou formant un cercle imaginaire. Le manichéisme du livret s’exprime aussi dans les choix scéniques forgés sur les oppositions entre le blanc et le noir, l’obscurité et la lumière, le feu et l’eau, l’extérieur et le sous-sol, l’amour et la haine, la jeunesse et la vieillesse, le tombeau sombre et le linceul de résurrection. Bien que la mort soit la compagne fidèle de tous les personnages, les mises à mort et les suicides, pathétique chez Pamina et ridicule pour Papageno, sont largement évités grâce à l’entremise des trois enfants. La prestation de ces trois chérubins, issus du chœur d’enfants Aurelius de Calw en Allemagne, est remarquable et on saluera chaleureusement la maîtrise scénique et vocale de ces guides parfaits et surnaturels. Ils sont trois, les Dames sont, comme les Parques de la mythologie romaine, trois aussi, tout comme les épreuves adressées à Pamino. La partition regorge ainsi de jeux de symboles où l’idée de trinité est prédominante et la mort omniprésente. A de nombreuses reprises, le spectateur est invité à prendre part à cette quête lorsque les lumières irradient le public ou que les chanteurs entrent par la salle et provoquent une adresse directe et personnelle envers l’auditeur.

Florian Sempey (Papageno)

Florian Sempey (Papageno) © Svetlana Loboff / Opéra national de Paris

 

Entre allégories et valeurs universelles, la scène de l’opéra Bastille s’inscrit dans une atemporalité sous-jacente. La seule piste chronologique qui nous soit véritablement donnée est celle des vêtements de randonneur de Papageno, assortis plus tard à ceux de Papagena. Un Florian Sempey en Papageno d’ailleurs fort sympathique et grand acteur, bonhomme à souhait et dont la clarté vocale et la virtuosité gestique nous dévoile avec justesse la franchise de ce personnage attachant. On se réjouit d’ailleurs de lui adjoindre une espiègle Chloé Briot en Papagena. Ils forment ensemble un couple charmant et portent haut leur rôle au registre trivial et simplet mais profondément humain. Mozart s’amuse de ces âmes sans malice. L’instrument pentatonique fétiche de notre oiseleur bien aimé est d’un tout autre effet que la flûte enchantée confiée à Pamino. Si le héros peut adoucir les cœurs par le seul son de l’instrument magique, Pagageno peut toujours attendre de jouer de son pipeau pour se faire secourir de la potence qu’il a lui-même dressée pour sa propre mort. On lui confiera donc le glokenspiel, plus efficace pour sauver les cœurs solitaires.

Vannina Santoni (Pamina), Solistes des Aurelius Sängerknaben Calw

Vannina Santoni (Pamina), Solistes des Aurelius Sängerknaben Calw © Svetlana Loboff / Opéra national de Paris

Au-dessus d’eux, le couple de Pamino et Tamina est resplendissant. La superbe Vannina Santoni nous délecte d’une voix souple qui caresse sans difficulté les aigus et se repose avec charme sur les registres chauds d’une voix de mezzo. A ses côtés, Julien Behr en Pamino est un héros superbe et on notera l’énergie de son jeu et la hardiesse de son chant dans la mise en œuvre d’un rôle clé du répertoire opératique. Implicite et pourtant évident, la Reine de la nuit et Sarastro revêtent un rôle parental et font figure d’autorité. On ne s’arrêtera pas à commenter le trop célèbre air de la Reine de la Nuit, finement porté par Jodie Devos, bien que manquant parfois de panache. Pour contrecarrer cette légère carence que l’on excusera dans le cadre d’une Première, Nicolas Testé en Sarastro charismatique ne manque pas d’émouvoir le public par son adresse sobre et directe, par sa ferveur et sa force suave. Un superbe casting donc pour cette production à Bastille dont la mise en scène efficace rend compte des allégories formatrices de la partition et invite le public, à la fin convaincu, de prendre part à cette parenthèse surnaturelle.

 

 

 




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