Trio Zadig, lauréat de la Fondation
Trio Zadig, lauréat de la Fondation
Interview

Fondation Banque Populaire, les coulisses d’une décision

par Christophe Dilys | le 13 janvier 2016

Il s’agit d’un des rendez-vous les plus incontournables du monde musical, attendu deux fois par an : la désignation des lauréats de la Fondation d’entreprise Banque Populaire. Cette désignation peut changer de façon concrète le destin d’un artiste : beaucoup de ceux que nous écoutons régulièrement en concert ou en enregistrement sont des lauréats de la Fondation.

Le jury Musique de la Fondation Banque Populaire est ouvert à tous les jeunes instrumentistes diplômés et âgés de moins de 27 ans et compositeurs de moins de 40 ans.

Pour la prochaine session, les dossiers sont à adresser avant le 15 mars 2016.

La dernière en date était le 15 décembre. Six heureux ensembles ou artistes individuels, soit un total de dix musiciens, se verront aidés par la Fondation pendant un, deux, voire trois ans, selon le projet.

Qui sont les lauréats ?

Hildegarde FESNEAU : Hildegarde est une violoniste de 20 ans. Elle a été nommée Révélation Classique Adami 2015 et a reçu un cinquième Prix au prestigieux concours Long-Thibaud-Crespin 2015. Elle continue de se perfectionner dans la classe d’Augustin Dumay après avoir suivi l’enseignement du Conservatoire National Supérieur de Musique et Danse de Paris (CNSMDP) dans les classes de Michaël Hentz, Alexis Galpérine et Boris Garlitsky.

Dalia KUZNECOVAITE : originaire de Lituanie, cette violoniste de 27 ans a été révélée au public international après avoir gagné un Premier Prix et une Médaille d’Or au concours international Henryk Szeryng. Elle se produit avec les meilleurs orchestres européens et russes. Elle est actuellement au CNSMDP dans la classe de Svetlin Roussev.

Thomas LEFORT : Thomas est un violoniste de 21 ans. Il est lauréat de plusieurs concours internationaux, et a obtenu un Premier Prix au concours «  Un Violon sur le Sable » en 2014 (concours européen jeune talent). Il s’est produit lors de la dernière édition du festival de Royan et a joué régulièrement dans des festivals tels que Martha Argerich à Lugano ou celui du Palazetto Bru Zane à Venise.

Yerzhan KUSHANOV : ce flûtiste originaire du Kazakhstan a 26 ans. Il a été lauréat de nombreux concours internationaux, dont le Concours International du Jeune Flûtiste dont il a obtenu le Premier Prix. Yerzhan rêve de créer un orchestre symphonique franco-kazakh.

Le trio ZADIG : né de la rencontre de deux amis d’enfance et d’un pianiste américain, le trio Zadig a déjà remporté huit prix dans des concours internationaux en France, en Italie et en Autriche. Le trio est actuellement en résidence à la Chapelle musicale Reine Elisabeth et bénéficie des conseils du trio Wanderer à Paris.

Le quatuor AROD : issu du CNSMDP, ce quatuor fondé en 2013 remporte les premiers prix de la FNAPEC et du concours Carl Nielsen. Il est en résidence ProQuartet et à la Fondation Singer Polignac. L’ensemble achève sa formation auprès du quatuor Artémis à la Chapelle musicale Reine Elisabeth et bénéficie des conseils du quatuor Ebène.

Le trio ZADIG : interview minute.

Qu’avez-vous joué à l’audition ?

Le premier mouvement du Trio n°43 en do majeur de Haydn et le Trio élégiaque n°1 en sol mineur de Rachmaninov.

Quel projet avez-vous présenté ?

Outre les préparations de concours internationaux, nous voulons enregistrer un disque avec un programme de musique moderne de compositeurs français et américains.

Comment considérez-vous le travail en trio : qui décide musicalement ?

Pour les décisions musicales, ça se passe vraiment à trois. Chacun a un avis, qui a autant de poids que celui des autres. Par contre, quand on joue, c’est souvent le violon qui mène, qui donne l’élan, la direction. Evidemment ça dépend des endroits, mais cela reste toujours très démocratique. Nous avons souvent la même vision, c’est d’ailleurs pour cela qu’on joue ensemble : nous avons beaucoup d’affinités sur les phrasés, notamment. Il y a quelque fois des débats, mais ils sont toujours très enrichissants.

Quelle va être l’aide apportée par la Fondation Banque Populaire ?

Tout est possible : nous avons rendez-vous la semaine prochaine ! Mais outre l’aide financière, je sais qu’ils font beaucoup pour organiser des concerts importants.

 

L’avis du jury : Alain Duault

Nous connaissons tous Alain Duault. Que ce soit sur Radio Classique, France 3 ou avant nos séances de cinéma pour présenter l’actualité de Viva l’Opéra !, Alain Duault a quelque chose à dire. Et il le fait sans se gêner, parce qu’il a une mission : être un passeur, chercher un langage qui touche le public le plus large et le mette en contact avec la musique la plus large.

Petit portrait engagé

Qui êtes-vous musicalement, Alain Duault ?

Mes parents étaient abonnés à la Guilde du Disque et nous écoutions beaucoup de musique ensemble. Puis, à travers la rencontre avec un bibliothécaire, j’ai découvert la musique avec un angle pédagogique, ce qui a pour moi été un point important dans ma volonté de faire découvrir la musique au plus grand nombre… de la démocratiser, comme on dit assez souvent. J’ai ainsi appris les bases de l’histoire de la musique avant d’arriver à l’université de Nanterre à la fin des années 60 : évidemment, cela impliquait un engagement politique de bon aloi, avec rejet de la culture bourgeoise et maoïsme. C’est ainsi que je me suis passionné pour la musique contemporaine, même si c’était surtout par rejet du vieux monde. Et c’est finalement par la poésie et la littérature que je suis revenu à une culture plus classique. Je me suis passionné pour l’opéra : je m’affamais même pour assister à toutes les représentations possibles. Et puis c’est en défendant mon premier livre chez Bernard Pivot, un recueil de poèmes sur l’opéra qui s’appelait Colorature, que je me suis fait remarquer, et que ma carrière médiatique a commencé.

Vous êtes musicien ?

Je suis pianiste. Ou plutôt je joue du piano. Je joue très mal, certes, mais c’est important pour parler de musique. Il est important de comprendre la matérialité physique et intellectuelle de l’instrument de musique.

Pensez-vous devoir éduquer le public ?

Il est difficile de faire évoluer le public. Le problème n’est pas dans le moment où le public est mis en rapport avec la musique : ce rapport doit naître dans l’éducation. Le vrai problème c’est qu’on ne fait plus de musique chez soi, comme en Autriche, par exemple, où la musique est enseignée à l’école de façon tout à fait simple. Le problème en France, c’est l’inintérêt total des politiques pour la musique. Il faut revenir à un rapport simple à la musique : faire entendre la musique, même contemporaine, aux enfants à l’école et les faire parler dessus.

Et le musicien ne peut-il pas favoriser ce rapport au public ?

C’est vrai que je pense que le rôle du musicien est d’être dans la société. Il doit donner la possibilité de passer du monde abstrait de la musique au monde concret de la société. Ce que j’entends, malheureusement trop souvent, quand je parle avec le public, c’est « l’opéra, ce n’est pas pour nous. » Il y a un blocage social qui demande à être réglé dès l’enfance, ou par des initiatives comme l’opéra au cinéma, par exemple. Toutes les manières sont bonnes : il faut trouver la forme de concert qui convient le mieux au public et à la musique, mais tout en faisant attention à ne pas en faire de nouvelles normes rigides. Il faut donner la pluralité et la possibilité de découvrir par des sensations et du sensuel (toucher les instruments, assister aux répétitions, etc.).

Alors, comment s’est passée la dernière session de sélection pour la Fondation Banque Populaire ?

J’y suis depuis une dizaine d’années, et j’ai vécu des moments extraordinaires. Il y a une chose qui a changé depuis douze ans, c’est la diversité des instruments. Et il y a des formations de musique de chambre qui viennent également. Les répertoires restent à peu près inchangés, mais on sent quand même une évolution dans l’interprétation. Et puis pour la copposition, on juge avec l’enregistrement.

Les critères objectifs restent globalement autour du respect de la partition, évidemment. Les critères subjectifs, c’est ce qu’on veut faire de ces artistes. Voulons-nous un artiste objectivement parfait ou un artiste qui a de la potentialité pour faire quelque chose ? C’est arrivé très souvent, peut-être même de plus en plus, d’avoir des inutriments tes parfaits techniquement, qui rivalisent de vitesse et qui n’ont pas beaucoup de charisme. Mais nous sommes d’accord, au sein du jury, pour favoriser les artistes, développer des potentialités, même si elles ne sont pas tout à fait réalisées.

La norme est forcément réductrice, en termes d’interprétation, mais dans l’ensemble, ceux qui ont un réel discours musical ont toujours la bourse. Il n’y a pas de tendances d’interprétation, mais il y a des investissements : il y a les bons élèves, et puis il y a les artistes totalement excitants d’emblée, qui font des choix musicaux sincères. Et puis si le projet est intéressant, et surtout original, c’est passionnant. Très souvent, les gens qui ont un bon projet ont une force supplémentaire qui nous donne envie de les écouter.

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