© Marion Chaix
© Marion Chaix
Chronique

Gaspard Dehaene dans un programme « fantastique »

par Cécile Colline-Duchamp | le 20 janvier 2015

Pour son récital de 12h30 à l’Auditorium du Musée d’Orsay, le 13 janvier dernier, le pianiste Gaspard Dehaene, 27 ans, a proposé un programme thématique fort intéressant, rassemblant quatre « Fantaisies » de diverses époques.

Si les instruments destinés à ce type de composition varient selon les époques (orgue, clavecin, luth, viole de gambe, piano, orchestre…), la fantaisie met toujours en valeur la liberté et l’inventivité du propos musical avec plus ou moins de virtuosité, et comporte souvent des épisodes ou séquences d’écriture aux règles strictes comme la fugue.

C’est le cas de la Fantaisie chromatique et Fugue de Bach (ici le terme « fantaisie » se confond avec les termes « prélude » ou « toccata »), que Dehaene interprète avec une sensibilité très moderne. Il prolonge assez longuement les dernières notes ou les derniers accords d’une section, comme pour marquer une pause avant de repartir sur une nouvelle section. Son interprétation fait transparaître une grande rigueur, mais on perçoit ponctuellement comme une sorte de rigidité, donnant l’impression qu’il n’a pas encore complètement apprivoisé la pièce. Cette même impression demeure pour la Fantaisie de Mozart, même s’il la joue avec beaucoup plus de fluidité. Avec Haydn, dont le morceau change constamment d’allure et de caractère avec des modulations fréquentes, le pianiste se fait plus vivace, et garde toujours ses pauses prolongées qui créent ingénieusement la surprise en jouant sur l’effet d’attente.

À la fin du programme, en jouant Schumann, Gaspard Dehaene montre à la fois ses qualités et ses défauts. Tout d’abord, nous pouvons noter un indéniable lyrisme, accentué par la beauté du son, notamment dans les moments calmes ou contemplatifs: le troisième mouvement, Langsam getragen (Lent et soutenu) constitue alors un délice musical. Ce qui nous apparaît comme plus contestable est la distribution hétérogène de la force : l’énergie, intime ou ample, qu’il déploie par certains endroits n’est ni pleinement valorisée ni équitablement distribuée. Ainsi, le discours s’assimilerait à une « indigestion de force » pour la plupart des notes pointées du second mouvement, Mässig, durchaus energisch (Modéré, toujours énergique), impression également très présente dans les enchaînements d’accords en triolet et crescendo, au milieu et à la fin du dernier mouvement.

Sa Sonate de Scarlatti en bis, interprétée avec grande délicatesse était comme un résumé bien venu de sa musicalité.

 

 

Auditorium du Musée d’Orsay, le 13 janvier

Programme :
Johann Sebastian Bach (1685-1750) : Fantaisie chromatique et Fugue en ré mineur, BWV 903
Wolfgang Amadeus Mozart (1756-1791) : Fantaisie en ré mineur, KV 397
Joseph Haydn (1732-1809) : Fantaisie pour clavier en ut majeur, Hob XVII4
Robert Schumann (1810-1856) : Fantaisie pour piano en ut majeur, op. 17


Né en 1987 dans une famille de musiciens, Gaspard Dehaene début le piano à l’âge de 5 ans. Après ses études au Conservatoire national supérieur de Paris (avec Bruno Rigutto puis Denis Pascal) où il obtient son master, il se perfectionne avec Jacques Rouvier au Mozarteum de Salzbourg. Il a par ailleurs reçu des conseils de Pascal Amoyel, Georges Pludermacher, Klaus Hellwig, Ralf Gothoni, Jean-Claude Pennetier et Aldo Ciccolini. Parmi les prix qu’il a remportés, citons le 2e prix du concours international des jeunes pianistes de San Sebastian en Espagne en 2007, le Grand Prix du concours international Alain Marinaro à Collioure, le Prix Annecy Classic Festival au Piano Campus de Pontoise en 2013. Il se produit dans des festivals prestigieux tels que le Festival de La Roque d’Anthéron, le Festival de Radio France et les Flâneries musicales de Reims. Son dernier disque, sorti en 2014, est entièrement consacré à Schumann avec l’altiste Adrien Boisseau.

 

A propos de l'auteur

Ses derniers articles

Vos commentaires

A voir aussi