Guillaume Tell
Guillaume Tell © GTG / Magali Dougados
Chronique

Guillaume Tell : une ouverture de saison patriotique à Genève

par Marine Park-Dufour | le 23 septembre 2015

Au Grand Théâtre de Genève, l’ouverture de la saison 2015/2016 est placée sous le signe du patriotisme : Guillaume Tell, le héros national helvète, est à l’honneur. Le public genevois redécouvre avec satisfaction un mythe fondateur de la Suisse à travers le dernier opéra de Rossini, composé à 37 ans, et dont on peut sans doute dire qu’il a révolutionné le théâtre musical.

Cette toute nouvelle production a d’abord été présentée à Cardiff et à Varsovie avant de se poser sur les bords du Léman. On ne peut être insensible au clin d’œil que nous fait ce choix de programmation : c’est avec l’opéra qui l’avait inauguré en 1879 que le Grand Théâtre ouvre aujourd’hui sa dernière saison avant plusieurs années de restauration.

On connaît bien l’histoire de cet opposant à la tyrannie autrichienne qui se retrouva à devoir viser de son arc une pomme placée sur la tête de son propre fils… Mais la mise en scène n’hésite pas à redynamiser le sujet même de l’opéra, et à le recentrer sur l’oppression et la révolte.

Les décors imaginés par Raimund Bauer évoquent le triste sort d’un pays à la dérive subissant le joug d’un tyran. Un paysage grisâtre – bien loin des paysages de carte postale auxquels les Suisses nous ont accoutumés ! – accompagne la mélodie initiale au violoncelle qui semble résonner tristement dans les vallées avant que l’ouverture, entonnée comme un hymne national, annonce gaiement l’issue de l’opéra.

Guillaume Tell © GTG / Magali Dougados

Guillaume Tell © GTG / Magali Dougados

De tels effets de contraste servent de point d’appui au metteur en scène, qui n’hésite pas à en inventer au-delà de la partition, mêlant par exemple le moderne et le folklorique : on assiste ainsi à d’intéressantes superpositions, comme celle d’une chorégraphie contemporaine intégrée à des paysages traditionnels. Dans la fameuse scène de la pomme, la flèche n’est pas tirée par un arc, mais traverse la scène en passant d’une main à l’autre, créant un véritable effet « slow motion ». Ce moment ultime, expressément ralenti, prolonge le geste et augmente ainsi la tension.

Les costumes de Marie-Jeanne Lecca parachèvent une atmosphère en parfaite adéquation avec les décors et représentent habilement les caractéristiques des personnages ; les habits traditionnels, au départ très sobres, des villageois qui aspirent à la paix et à la liberté, deviennent de plus en plus colorés au fur et à mesure que l’histoire avance, et qu’ils retrouvent la paix, la liberté pour finalement reprendre leur identité nationale. La tyrannie et le pouvoir suprême des oppresseurs autrichiens sont représentés par les costumes métalliques des soldats.

David Pountney réalise dans cette mise en scène un hommage efficace et parlant à l’ultime chef-d’œuvre de Rossini.

Guillaume Tell © GTG / Magali Dougados

Guillaume Tell © GTG / Magali Dougados


Grand Théâtre de Genève

Nouvelle production en coproduction avec le Welsh National Opera de Cardiff et le Teatr Wielki de Varsovie

Opéra en 4 actes de Gioacchino Rossino, livret d’Etienne de Jouy et Hippolyte-Louis-Florent Bis, d’après Wilhelm Tell de Friedrich von Schiller

Direction musicale, Jesús López-Cobos
Mise en scène, David Pountney
Assistant à la mise en scène, Robin Tebbutt
Décors, Raimund Bauer
Costumes, Marie-Jeanne Lecca
Lumières, Fabrice Kebour

Guillaume Tell, Jean-François Lapointe
Hedwige, Doris Lamprecht
Jemmy, Amelia Scicolone
Mathilde, Nadine Koutcher
Arnold, Enea Scala
Walter Furst / Melcthal, Alexander Milev
Gesler, Franco Pomponi
Rodolphe, Jérémie Schütz
Ruodi, Erlend Tvinnereim
Leuthold, Michel de Souza
Le chasseur, Peter Baekeun Cho

 

 

A propos de l'auteur

Ses derniers articles

Vos commentaires

A voir aussi