Vincent Warnier
Vincent Warnier © Julien Bordas
Chronique

Hommage à Messiaen à la Philharmonie de Paris, temps suspendu

par Julien Bordas | le 27 mars 2018

Orgue et quatuor étaient au programme du concert Hommage à Olivier Messiaen dimanche 18 mars à la Philharmonie de Paris. Une musique exigeante mais délicieusement servie par d’éminents interprètes.

Ce récital s’inscrivait dans le cadre du “Week-end les oiseaux”. En effet, ces animaux sont souvent source d’inspiration pour de nombreux compositeurs dont Olivier Messiaen, ornithologue averti. (lire notre entretien avec Roger Muraro).
Quelle bonne idée de coupler ici le Livre d’orgue et le Quatuor pour la fin du Temps, composé 11 ans plus tôt dans l’austérité d’un camp de prisonniers en Allemagne.

Celui qui était aussi l’organiste titulaire de l’église de La Trinité à Paris a imaginé son Livre d’orgue comme une suite à sa Messe de la Pentecôte, mais moins empreint du caractère religieux. Ici, les expérimentations rythmiques sont poussées à leur paroxysme. A cela, il faut ajouter l’aridité du langage atonal et l’utilisation des douze sons de la gamme chromatique.

Vincent Warnier, organiste à Saint-Etienne-du-Mont et successeur des Duruflé à cette tribune, entre d’abord en scène afin de s’installer à la console de l’orgue Rieger de la Philharmonie située au centre de la scène. Malheureusement, un problème de cornement (une note se faisant continuellement entendre au pédalier une fois les jeux actionnés) dû à un ennui électronique, avait décidé de perturber le début du récital. Une fois ce souci réglé par une réinitialisation de la console, l’organiste a pu entamer la première des sept pièces constituant le Livre d’orgue : “Reprises par interversion”. Ici, Messiaen utilise la monodie pour mieux mettre l’accent sur les rythmes, parfois peu perceptibles par une oreille non avertie, tant les subtilités – relevant parfois d’une simple triple croche – peuvent être difficiles à saisir.

Comme dans ce premier mouvement, les deux pièces en trio du Livre d’orgue – en lien avec la fête de la  Sainte Trinité – utilisent de nombreux rythmes hindous. Un matériau très inspirant que le compositeur va exploiter sans cesse dans son oeuvre. Dans ces deux pièces, les trois voix sont donc réparties entre les 2 mains et le pédalier.

Les mains de l’abîme et les Yeux dans les roues (qui répond au premier) nous font apprécier l’impressionnant tutti de l’instrument. Au centre de la première pièce le jeu de voix humaine apparaît parmi les registres graves, une fascinante mise en perspective s’opère avec les notes aiguës jouées à la main droite.

Notons que tout au long de ce programme exigeant, Vincent Warnier se joue des incroyables difficultés techniques pour nous livrer une lecture intelligible et sensible.

La pièce Chants d’oiseaux se veut plus légère que les précédentes, ici, la pédale expressive de l’orgue permet d’obtenir de belles nuances sonores. On aurait par ailleurs aimé un éclairage du Rieger de l’intérieur, comme la Philharmonie à l’habitude de nous proposer lors des concerts, afin de mettre en valeur l’instrument et d’observer l’ouverture et la fermeture des différents volets en façade.

Enfin la dernière pièce, Soixante-quatre durées, fait référence au nombre de durées chromatiques allant de la triple croche à la note carrée. Des chants d’oiseaux relevés par Messiaen au lac de Petichet viennent fleurir cette partition, une nouvelle fois redoutable pour l’exécutant.

En bis, Vincent Warnier nous offre un sommet de l’oeuvre d’orgue de Messiaen, Dieu parmi nous, extrait de La Nativité du Seigneur. On ne pouvait attendre plus impressionnante conclusion à ce récital de haute volée, traduisant avec virtuosité les audaces de ce langage visionnaire.

Paul Meyer, clarinette, Daishin Kashimoto, violon, Henri Demarquette, violoncelle et Eric Le Sage, piano

Paul Meyer, clarinette, Daishin Kashimoto, violon, Henri Demarquette, violoncelle et Eric Le Sage, piano © Julien Bordas

En regard, le Quatuor pour la fin du Temps, en huit mouvements, est confié à quatre interprètes d’exception, Paul Meyer, à la clarinette, Daishin Kashimoto, violon, Henri Demarquette, violoncelle et Eric Le Sage, piano. En fait, il ne s’agit pas véritablement d’un quatuor au sens classique du terme car les instrumentistes ne jouent réellement ensemble que lors de deux mouvements.

Écrite lors de sa captivité au Stalag VIII-A, à Görlitz en 1940, cette pièce puise son inspiration dans le texte de l’Apocalypse de Saint-Jean.

Nous retiendrons notamment la beauté de Vocalise, pour l’Ange qui annonce la fin du temps et sa succession d’accords au piano, “cascades douces d’accords bleu-orange” précise Messiaen, qui nous emporte dans son paysage onirique, hors du temps.

On notera également l’extraordinaire solo de clarinette dans Abîme des oiseaux lors duquel Paul Meyer traduit avec naturel ce sentiment d’éternité transmis par l’écriture du compositeur.

Violoncelle et piano sont réunis dans Louange à l’Éternité de Jésus. Dans ce mouvement lent le piano soutient l’ineffable lyrisme du violoncelle, tandis que la Philharmonie reste plongée dans un silence religieux, comme suspendue à l’archer poétique et précis d’Henri Demarquette.

Enfin, le huitième mouvement réunira violon et piano dans un ultime duo au sommet, sans aucun doute le reflet de “l’inaltérable paix” décrite par Messiaen…

Cet après-midi à la Philharmonie avait un goût d’éternité.

 




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