Portrait de la soprano Hyesang Park
Hyesang Park © DR
Interview

Hyesang Park : après les États-Unis, à la conquête du public européen

par Marine Park-Dufour | le 20 juillet 2016

Conversation avec la soprano coréenne Hyesang Park, étudiante à Juilliard, jeune artiste du Metropolitan Opéra et jeune talent 2016 au festival Musique et Vin au Clos Vougeot.

 

Hyesang Park, comment avez-vous commencé le chant ?

Chanter a toujours été quelque chose de très naturel pour moi.
J’ai commencé à chanter quand j’étais enfant, dans le World Vision Choir, dirigé par le Maestro Yoon Hak-Won.
Par la suite, j’ai intégré un lycée des Arts (ndr. en Corée, il existe des lycées des Arts : établissements destinés aux enfants qui envisagent une carrière artistique dans la musique, la danse et les beaux-arts) et j’ai continué mes études musicales à l’Université Nationale de Séoul.

 

Actuellement vous poursuivez vos études à la Juilliard School de New York…

Oui, je suis à ma deuxième et dernière année du cursus de perfectionnement pour concertistes professionnels à la Juilliard School, où j’avais auparavant obtenu la maîtrise.

Parallèlement je fais partie du Young Artist Program du Metropolitan Opéra, un programme destiné aux jeunes artistes, qui me permet de bénéficier de cours de chant et de vocal coaching, et qui finance des habits de scène et des livres.
C’est une opportunité extraordinaire, qui en plus permet de travailler pour le MET !

 

Est-ce que ce programme est en lien avec Juilliard School ?

Non. Il est indépendant. D’ailleurs je suis la seule élève de Juilliard faisant partie du programme du MET cette année.

 

Quels sont vos prochains engagements ?

Je serai Rusalka en mars 2017 au MET, puis je me produirai en récital à Montréal et au Carnegie Hall de New York, et en décembre prochain, je serai Juliette dans Roméo et Juliette de Gounod à l’Opéra National de Corée.
Je commence aussi à avoir des engagements pour les scènes européennes, à commencer par le festival Musique et vin au Clos Vougeot, qui a été mon début en France.
En 2017 je serai Despina dans Così fan tutte à Munich et Najade dans Ariane à Naxos au Festival de Glyndebourne et j’aurai peut-être un engagement au Covent Garden pour 2019.
En France, rien n’est prévu encore, mais j’espère chanter bientôt dans ce merveilleux pays !

Hyesang Park © DR

Hyesang Park © DR

Quel est le rôle qui vous attire et vous fascine le plus en ce moment ?

C’est le rôle de Despina, une servante intelligente et avisée. Il s’agit d’un personnage qui ne doit pas se mettre en valeur lui-même, mais mettre en valeur les autres, ce qui est difficile et fascinant à la fois. C’est un second rôle indispensable pour le déroulement de l’histoire.

 

Quel type de soprano êtes-vous ?

Je pense que je suis une soprano d’un type difficile à définir… (rires).
Je suis aujourd’hui un soprano léger et coloratura, mais je pense que avec le temps je pourrais également envisager des rôles dramatiques.
Pour l’instant j’étudie les rôles qui conviennent bien à ma voix, des rôles au caractère joyeux et dynamique, mais je compte élargir mon répertoire au fur et à mesure.

 

Pensez-vous que les musiciens d’origine asiatique, comme vous, ont des spécificités ?

On dit que les chanteurs asiatiques possèdent énormément de talent et de potentiel au niveau technique. Les voix par exemple sont limpides et cristallines. En revanche, on considère qu’ils nécessiteraient d’un peu plus d’expression et de vie.

 

Comment construisez-vous un rôle ?

Construire un rôle c’est comme peindre un grand tableau : il faut dessiner, sur une toile vide, le personnage que je dois chanter, au travers de mon expérience passée et de mon présent.
Pour habiter corps et âme un personnage il faut trouver de l’inspiration dans sa propre vie. Il faut donc vivre et vibrer… et j’ai très envie de vivre ma vie pleinement, intensément et passionnément !

 

À propos de passions, vous avez récemment participé au festival Musique et Vin au Clos Vougeot, créé par (et pour) des passionnés de musique classique et d’œnologie. Pouvez-vous nous parler de cette expérience?

J’ai été invitée au festival par David Chan, qui enseigne à Juilliard, en tant que jeune talent.
Je suis très reconnaissante pour cette opportunité qui m’a permis non seulement de recevoir une bourse et de rencontrer de potentiels mécènes, mais aussi de me produire sur scène aux côtés d’un grand chanteur comme Ildar Abdrazakov.

 

Avez-vous donc apprécié le vin français?

C’est vrai que cela a été un grand plaisir de participer à ce festival, non seulement du point de vue musical !

Je pense qu’il y a beaucoup de points communs entre le vin et la musique : ils demandent beaucoup d’efforts et de travail laborieux et ils nous apprennent la vie.
Ensuite il y a le fait que le vin cesse d’exister physiquement du moment qu’on y goûte, mais nous laisse des émotions qui durent longtemps après la dégustation, tout comme la musique s’en va au fur et à mesure du temps, mais dont les sensations restent gravées dans notre mémoire et deviennent des souvenirs inoubliables.

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