Elsa Dreisig
Elsa Dreisig © Instraviata
Interview

Instraviata : la story sans filtre d’Elsa Dreisig

par Julien Bordas | le 1 mars 2019

La jeune soprano franco-danoise Elsa Dreisig est au coeur du feuilleton « Instraviata » diffusé du 1er au 30 mars sur le compte Instagram d’ARTE Concert. Le concept ? Une bande dessinée animée karaoké de 2 min à 12h pour appréhender La Traviata et un docu-story de 1 min à 18h sur la chanteuse, diffusés en story.  En plus de prêter sa voix (chantée) à l’animation, Elsa Dreisig se dévoile au quotidien dans le documentaire. Révélation lyrique 2016 des Victoires de la musique classique, elle évoque sans langue de bois ce projet inédit, les préjugés liés à l’opéra, l’influence des réseaux sociaux ainsi que le rôle de Violetta dans La Traviata qu’elle a interprété au Staatsoper de Berlin pour la première fois.

 

Comment avez-vous été approchée pour travailler sur ce projet ?

C’est le fruit d’une rencontre par hasard dans le métro avec Claire Alby (ndlr : réalisatrice et productrice de documentaires sur l’opéra), qui m’a ensuite fait rencontrer le dessinateur Léon Maret (lire notre interview sur Instraviata) et Julien Aubert de Bigger Than Fiction… je dois dire que c’est un de ces projets fous qui naît un peu de nulle part et qui réunit des êtres dont les trajectoires n’étaient pas forcément celles de se rencontrer!

 

Qu’est-ce qui vous a plu dans Instraviata ?

J’ai aimé son côté inouï. Nous n’avions rien à quoi nous comparer. Il s’agit du premier opéra sous forme de feuilleton sur Instagram ! J’aime aussi le fait que c’est très accessible aux personnes qui ne connaissent pas l’opéra, ou qui n’ont pas de culture musicale classique en particulier. Grâce à la BD de Léon Maret, c’est devenu Une bonne façon de s’adresser aux amateurs […] et non à ceux qui sont dans le milieu lyrique par « posture sociale »avant tout un univers d’illustrations avec beaucoup d’humour et de références actuelles. C’est à vrai dire un projet plutôt « choquant » et « déstabilisant » pour ceux qui connaissent La Traviata. Et ça me plait car j’aime quand les barrières d’une œuvre tombent, quand c’est aux « connaisseurs » de s’adapter, de renouveler leur regard. Je trouve que c’est aussi une bonne façon de s’adresser aux amateurs (c’est-à-dire ceux qui aiment), et non à ceux qui sont dans le milieu lyrique par « posture sociale » (encore très élitiste malheureusement).

© Instraviata

© Instraviata

On vous découvre aussi dans votre quotidien, aviez-vous envie de dévoiler la vie d’une soprano côté coulisses ?

J’avoue que c’était la partie la plus inconnue pour moi car chanter le rôle de La Traviata est mon métier, je suis « protégée » en quelque sorte. Après quand je sors des coulisses, il n’y a plus l’étiquette « chanteuse d’opéra » qui me protège. Je suis moi. Et de montrer qui on est vraiment, ça demande beaucoup de courage je trouve. Car il faut croire en soi, oser ne pas en faire « trop » et rester naturelle tout en éveillant la curiosité chez l’autre.

Quand je prononce le mot « chanteuse d’opéra », on commence souvent à me parler comme si j’étais une bourgeoise du 16e arrondissement de Paris ou une nonne !Cette idée de dévoiler la vie quotidienne d’une chanteuse d’opéra du 21e siècle allait aussi avec notre envie de rapprocher le public (d’Instagram !) d’un art qui est souvent bloqué dans des préjugés ! Je vois encore aujourd’hui, lorsque je suis dans le taxi par exemple et qu’on me demande ce que je fais comme métier, quand je prononce le mot « chanteuse d’opéra », on commence souvent à me parler comme si j’étais une bourgeoise du 16e arrondissement de Paris ou une nonne!

Je pense que c’est la force de ce projet de mélanger science-fiction et réalité. Cela donne de la fraîcheur, du naturel, de l’humour mais aussi du concret à ce merveilleux art qu’est le chant lyrique et l’opéra.

 

Que représente pour vous le rôle de Violetta ?

C’est tout simplement un des plus beaux rôles du répertoire ! Il offre à la soprano la possibilité d’explorer tous les champs/chants possibles. À la fois grâce à un personnage complexe, que l’on voit évoluer de la courtisane mondaine, à la femme malade, à l’amoureuse, à la femme sacrifiée, qui s’élève grâce à sa « rédemption » pratiquement au rang de mythe. Mais aussi grâce à cette partition de Verdi si riche en thèmes musicaux dont nous avons mille couleurs et émotions à transcrire dans la voix ! Des rôles comme celui de La Traviata sont la raison pour laquelle je souhaite chanter sur scène toute ma vie.

 

Elsa Dreisig

Elsa Dreisig © Instraviata

 

Êtes-vous vous-même addict aux réseaux sociaux ?

Non heureusement. Je dois me « contrôler » parfois car ça peut très vite devenir une manie dès que l’on attend 5 minutes. Mais je ne suis pas obsédée par mon image, ni par le nombre de followers que j’ai, ni par une célébrité que j’ai besoin de suivre pour savoir ce qu’elle/il fait.

Je me sens assez libre, car j’ai conscience que c’est un excellent outil de communication. Et puis moi-même, j’ai appris des choses sur Instagram grâce à des sites d’informations où j’ai vu des photos à couper le souffle grâce à des photographes. Donc Instagram me nourrit aussi.

Je sais que les réseaux sociaux ne sont pas une finalité. Qu’il n’y a aucun lien entre la popularité d’une personne, et son excellence artistique. Ce sont deux « Sur les réseaux sociaux, il n’y a aucun lien entre la popularité d’une personne, et son excellence artistique. » mondes complètement différents qui ne se rejoignent en aucun cas. Et malheureusement je vois que l’on commence aujourd’hui à faire un peu l’amalgame et ça, ça me fait peur. Car cette puissance qu’on offre à la célébrité sur les médias pourrait nuire à l’esprit critique il me semble. On ne fait plus confiance à ce que nous pensons, ce que nous voyons/entendons: « Oh elle/il a 10000 followers, c’est qu’il/elle doit être génial.e! » Là est le danger pour les artistes comme moi qui ne vivent que sur scène, et dans cet instant éphémère que rien ne peut inscrire dans le temps. Même pour un disque ou un dvd. Car l’énergie d’une scène et d’un soir ne peut se ressentir que live. Et je vois maintenant des chanteurs sur scène qui n’ont pas grand chose à offrir d’autre que leur image, et le pire c’est que ça marche car ils sont populaires. Mais pour combien de temps, ça je ne le sais pas ! Je crois plus que tout à l’authenticité d’une personne donc j’ai bon espoir que le règne des réseaux sociaux n’aura qu’un temps. Et qu’ils reviendront à leur rôle d’outil : celui de faire connaître et voir des choses que nous n’avons pas tous la chance de côtoyer au quotidien. Comme aller à l’opéra! 😉

 


Retrouvez notre article sur la réalisation d’Instraviata avec le dessinateur Léon Maret.

Suivez la série Instraviata sur le compte Instagram d’ARTE Concert.




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