Le compositeur Benoît Menut © Florence Grimmeisen
Le compositeur Benoît Menut © Florence Grimmeisen
Interview

Entre texte et musique: rencontre avec Benoît Menut

par Charles-Marie Hulot | le 8 février 2018

Nous sommes allés à la rencontre du jeune compositeur talentueux Benoît Menut. Il évoque avec nous sa carrière, ses recherches, ses influences et ses projets.

 

Pouvez-vous nous parler de votre parcours au Conservatoire : comment avez-vous choisi la carrière de compositeur ?

A vrai dire, je n’ai pas vraiment choisi ; enfant j’aimais le lien magique entre le son et son codage, et, parallèlement au langage parlé, le langage musical s’et révélé simple et direct. J’ai écrit mes premières petites choses vers 7 ans ; essais qui témoignent de mes écoutes d’alors. Je crois que c’est une chance de sentir très jeune la trace d’une voie, une évidence, comme un pommier fait des pommes !

Ce n’est pas en lien avec le conservatoire que m’est venu cette vocation ; venant d’une famille de musiciens, mes premiers souvenirs sont associés à cet art, et petit déjà j’aimais chanter, inventer d’autres parties aux chants, bref m’amuser avec les sons.

Ensuite, la carrière comme on dit… nous sommes très peu à vivre exclusivement de notre plume, le compositeur est souvent le parent pauvre du monde musical. Ce fut un choix exclusif d’ il y a quatre ans. Je l’assume et suis heureux d’avoir fait le choix de risquer d’être moi-même, libéré au maximum des cadres contraignants.

 

Aujourd’hui, votre musique est jouée dans de très nombreux festivals : auriez-vous des clés de lecture à transmettre aux auditeurs pour qu’ils puissent mieux apprécier votre langage ?

La plupart du temps on me demande en effet de rencontrer le public, souvent avant la création ou le concert. C’est un moment que j’affectionne tout particulièrement tant il est important de montrer que la musique s’écrit encore aujourd’hui, que des compositeurs sont toujours là, bien vivants.

Je peux amener à comprendre le propos, donner des bornes d’écoute, des clés formelles, thématiques… mais au fond si la musique vit sa vie, on doit aussi pouvoir s’en passer. J’encourage à être prêt au voyage, parfois à fermer les yeux pour sortir de la tyrannie visuelle de nos sociétés.

 

Vous avez écrit un certain nombre d’ouvrages sur la pédagogie musicale et sur certains compositeurs (Joseph-Guy Ropartz, Olivier Greif) : pouvez-vous nous expliquer l’objectif de vos recherches ?

La passion et la curiosité ; un certain goût pour les injustices, par exemple le fait que Ropartz ai pu être aussi oublié alors qu’il est un artiste important de son temps. Un goût pour l’écriture, la recherche, la quête de l’exhaustif. Et sans doute aussi le sentiment d’être utile ; de rendre hommage, ou en ce qui concerne Greif, le sentiment de rendre ce qu’on vous a donné.

 

Y a t’il des éléments qui vous ont marqués chez ces compositeurs et qui auraient influencé votre musique ?

Oui. La liberté chez Olivier Greif, le métier chez Henri Dutilleux, le classicisme chez Gyorgi Ligeti, l’amour du chant chez Luciano Berio, la joie d’être soi chez Philippe Hersant, la lutte avec la matière chez Pascal Dusapin, l’étude de la musique de Michael Lachenman pour être bien sûr du pourquoi elle me rendait si mal à l’aise. La construction et l’assiduité au travail chez Ludwig van Beethoven, la maîtrise totale de Maurice Ravel et la folie de Igor Stravinsky.

 

En 2016, vous avez été lauréat du Grand Prix Sacem. Que vous a apporté cette distinction ?

Du travail, des commandes, de nouveaux contacts, du champagne le soir de la remise du prix et, blague à part, aussi la conscience du rôle de la SACEM dans nos métiers, important s’il en est.

Benoît Menut, Grand prix de la musique symphonique (2016):

Vous travaillez souvent avec des metteurs en scène, poètes, auteurs : pouvez-vous nous parler de votre attrait pour les autres arts ?

L’attrait est centré sur les mots, la musique des mots, l’harmonie, le rythme, les assonances des mots. Les mots racontent une histoire mais se suffisent aussi à eux-mêmes. La poésie est l’art le plus proche de la musique, même s’il est laissé de côté aujourd’hui. J’aime ceux qui rendent vivants les mots. J’aime les mots car ils me donnent de la musique, même dans un quatuor à cordes ou une pièce de piano.


Quels seront vos prochains engagements ?

Mon opéra Fando et Lis, à l’opéra de Saint-Etienne, créé le 2 mai 2018. Avant, un spectacle autour de Boutès, livre de Pascal Quignard, avec Aline Piboule (piano) et Paul-Alexandre Dubois (chanteur-comédien).

Une œuvre symphonique pour l’orchestre de Bretagne (créé le 20 avril à Rennes) autour des photos et de la figure de la grande océanographe Anita Conti. Un trio à cordes à la demande de Françoise Gnéri. Une pièce de chœur pour le chœur Arsys Bourgogne et d’autres choses, bref une année chargée…

 


Le site de Benoît Menut

 




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