© Lobster Films
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Chronique

J’accuse d’Abel Gance : une vision humaniste contre l’atrocité de la guerre

par Cécile Colline-Duchamp | le 12 novembre 2014

Lobster Films, qui a acquis depuis 30 ans une solide réputation de diffusion de films anciens, a restauré, en collaboration avec Eye Filmmuseum (Pays-Bas, détenteur d’une seule copie teintée), un chef-d’œuvre mythique du cinéaste français Abel Gance : J’accuse.
L’histoire se déroule en trois parties, chacune d’une heure environ. Dans un village de Provence, Jean le poète, et Edith, femme de François, un homme brut qui la terrifie (ce mariage fut imposé par le père de celle-ci, soldat de 1870), tombent amoureux. Mais la guerre éclate, les deux hommes doivent partir au front. À son camp, Jean comprend que François aime malgré tout sa femme et une amitié naît entre eux. Loin de champs de bataille, Edith est déportée en Allemagne avec d’autres femmes du village et y revient quatre ans plus tard avec un enfant. Elle relate son histoire à Jean, revenu lui aussi au pays, déformé. François, en permission, est en proie à la jalousie soupçonnant sa femme d’avoir une liaison avec Jean. Apprenant la vérité, les deux hommes retournent au front où François meurt. Jean, devenu fou, est de nouveau démobilisé. Il voit les morts tombés au champ de bataille s’en relever et arriver au village pour savoir si leur sacrifice n’était pas en vain…

Le cinéaste porte ses regards sur les souffrances de ceux qui devaient participer à la guerre, et de ceux qui restaient chez eux, tous victimes de l’hostilité. Et il accuse violemment l’origine de ces souffrances : la guerre. Les mots « J’accuse », qui apparaissent à plusieurs reprises sur l’écran par diverses manières, témoignent de cette indignation que tout le monde ressentait au lendemain du désastre. Ce sont aussi des images que tout le monde voulait voir, comme ces danses macabres qui se superposent sur le tableau de soldats partant à la guerre, ou ces paysages idylliques et féeriques accompagnent l’évocation de l’esprit poétique de Jean qui récite ses vers « Les Pacifiques ».

La musique de Philippe Schoeller, spécialement composée pour cette occasion, explore un fond sonore aux cordes ou/et aux percussions sur lequel viennent se détacher des motifs, musicaux ou rythmiques, ainsi que de courtes phrases aux instruments à vent et aux percussions. À ce tapis sonore s’ajoutent également des projections, par des haut-parleurs, de sons enregistrés ou informatisés, qui se fondent si bien dans l’orchestre qu’il est souvent difficile de les déceler.
La partition n’est pas descriptive. Ainsi, au début de la première partie lorsque l’écran montre une fête, mais que l’orchestre continue à prolonger le même fond sonore avec quelques agitations ponctuelles, on sent la frustration. Toutefois, vers la fin, le tissu symphonique augmente son épaisseur et son intensité, alors que se succèdent des images d’explosions de bombes. Puis, un silence. Cela crée un effet efficace et convaincant.
Le chef Frank Strobel dirige avec précision (surtout sur le plan du timing) cette partition qui ne serait pas facile à exécuter, mais que l’Orchestre Philharmonique de Radio France assume totalement.

 


Le DVD du film vient de sortir avec la musique de Robert Israel.

J’accuse, film muet d’Abel Gance (1919), 166’
Assisté de Blaise Cendrars, Restauré par le Eye Filmmuseum et Lobster Films
Musique de Philippe Schoeller (commande ARTE/ZDF, 2013/2014)
Réalisation informatique musicale Ircam : Gilbert Nouno
Ingénieur du son Ircam : Julien Aléonard
Editions musicales : Artchipel
Avec le soutien de la Mission du Centenaire

Avec : Orchestre Philharmonique de Radio France. Frank Strobel, direction

 

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