Jazz de chambre
Interview

A la découverte du jazz de chambre

par Cinzia Rota | le 5 juin 2016

Que se passe t-il quand trois musiciens éclectiques se rencontrent ? Conversation avec Olivier Calmel, Jean-Luc Fillon et Jean-Philippe Viret, promoteurs du « jazz de chambre ».

 

Olivier Calmel, Jean-Philippe Viret, Jean-Luc Fillon, comment avez-vous décidé de travailler ensemble ?

Jean-Philippe Viret : Nous avons un goût commun pour l’éclectisme et la rencontre.
Jean-Luc Fillon : Chacun d’entre nous avait envie de proposer des formations originales, incluant notamment des cordes ; mais l’initiative première revient à Olivier : bravo !
Olivier Calmel : Pour moi c’était une évidence. D’abord parce que je connais le travail de mes deux comparses depuis longtemps et que sais que nos esthétiques sont proches ou complémentaires, ensuite parce que les formations représentent une certaine idée que je me fais du jazz européen et de l’écriture française.

Double Celli / Olivier Calmel / Jazz de chambre

Double Celli / Olivier Calmel © Phil Taka

Vous avez organisé « Antichambre » : une soirée dédiée au jazz de chambre. Qu’entendez-vous par ce terme ? A quoi le public doit s’attendre ?

J.-P. V. : Antichambre évoque le refus du conformisme et combat notamment l’idée reçue selon laquelle l’improvisation et la musique écrite seraient deux mondes à part.
O. C. : Ces trois formations sont en effet des ensembles de musique de chambre dont les protagonistes sont des solistes improvisateurs.
J.-L. F : Le public doit surtout s’attendre à écouter du jazz, du vrai, proposé par de solides improvisateurs, passionnés par cette musique. On l’appelle jazz de chambre car les instruments de cette soirée sont plutôt de facture classique.

 

Trois ensembles s’altèreront sur scène : Oboman, Double Celli et Supplément d’âme. Quelles sont leurs spécificités ?

J.-L. F : Oboman plays Cole Porter est un trio piano, alto et hautbois. L’instrumentation est proche des compositeurs romantiques, et présente la musique de Cole Porter dans de nouveaux arrangements, mais le jeu des musiciens est résolument jazz. Chaque musicien du trio est avant tout un jazzman dans l’esprit avec une longue pratique de cette musique.

 

O. C. : Double Celli est composé d’un quatuor à cordes avec piano et percussion. Son originalité réside dans l’emploi des deux violoncelles, des personnalités complémentaires — solistes internationaux et improvisateurs exceptionnels, ainsi que dans le développement d’un répertoire totalement original.

 

J.-P. V. : Supplément d’âme est un orchestre où la contrebasse a enfin le plaisir de goûter aux joies du quatuor à cordes !
En tant que compositeur, je privilégie une écriture plutôt épurée, mettant en valeur les qualités de sons de chacun, ainsi que la possibilité d’improviser spontanément.

 

Jean-Philippe Viret, en dépit des stéréotypes sur les personnes qui commencent la musique à l’âge adulte, vous avez réussi à devenir un musicien reconnu. Pourriez-vous nous parler de votre parcours et des défis que vous avez dû relever ?

J.-P. V. : Je suis passé par plusieurs étapes, qui ont toutes été passionnantes : devenir un bon instrumentiste, devenir musicien et enfin arriver à proposer une musique personnelle. Chaque stade était difficile à atteindre mais les défis très excitants. J’étais à la fois très tenace et très naïf.
Cette naïveté est aussi un atout : cela m’a permis de garder un regard émerveillé sur des aspects simples de la musique, comme le rapport à la mélodie.

Jean-Philippe Viret / Jazz de chambre

Jean-Philippe Viret © DR

Olivier Calmel, vous est un compositeur éclectique, qui passe aisément de la musique classique, au jazz et à la musique de film.
Quelles sont les contraintes que vous devez prendre en compte en passant des uns aux autres ? Est-ce que vous trouvez un équilibre dans cette variété ?

O. C. : Que j’écrive pour une commande d’orchestre, de musique de chambre, pour un ensemble de jazz ou pour un film, je suis toujours la même personne, le même artisan, le même musicien.
Bien sûr il y a des spécificités techniques, d’orchestration, d’instrumentarium, et écrire pour des instrumentistes improvisateurs est différent, tout comme inclure une partie improvisée dans un concerto, comme je l’avais fait pour Rite of peace. Mais fondamentalement j’ai le même engagement sensible et esthétique.

 

Jean-Luc Fillon, vous vous êtes beaucoup investi dans la composition pour hautbois et cor anglais, afin d’introduire ces instruments dans le jazz. Pourriez-vous nous en parler ?

J.-L. F : Dans la vie, le hasard nous conduit sur des chemins insoupçonnés. Quand j’étais enfant, je voulais jouer du sax, mais faute de place, j’ai choisi le hautbois. A 14 ans, comme des copains m’ont invité dans leur groupe de Jazz, j’ai commence le tuba, la basse électrique, puis finalement la contrebasse. En 1998, après différentes expériences en jazz avec le hautbois (Antoine Hervé, Bob Mintzer…) j’ai décidé de jouer la musique que j’aime, sur l’instrument que je préfère. Le challenge n’était pas évident : essayer une fois de souffler dans un hautbois, classé instrument le plus difficile dans le livre Guinness des records, et vous comprendrez…

Jean-Luc FillonOboman / Jazz de chambre

Jean-Luc FillonOboman © DR

Depuis quelques années, la distinction entre genres musicaux devient de plus en plus floue. Comme vous, beaucoup d’artistes essayent de briser les barrières. Quels sont les avantages ? Quelle est la réaction du public ?

J.-P. V. : Il faudra s’y faire : c’est comme au tennis , les joueurs sont de plus en plus polyvalents.
J.-L. F : Tant mieux ! On n’est pas des sauvages, tout de même. Je crois que l’on a de gros atouts en France, notamment une grande qualité dans la formation individuelle des instrumentistes (son, justesse, style). Si l’on associe à cela la qualité des rythmes d’autres traditions et la maîtrise de l’improvisation, alors on a des musiciens incroyables : c’est ce qui arrive aujourd’hui !
Bien sûr, il ne faut pas oublier le sens musical… Le public découvre alors avec bonheur de nouveaux univers.

 

Que diriez-vous aux gens qui n’ont pas encore réservé leur place pour le concert du 14 juin ?

J.-P. V. : Antichambre ? Le lieu ou tout se joue !
O. C. :
Courez-y ! Ce sera une soirée unique réunissant des projets et des esthétiques fortes, complémentaires et uniques.
J.-L. F : Ce concert est unique, exceptionnel ! Penser à réserver votre Baby sitter!!!
Un peu comme les vieilles « battles de Big Band », chaque formation va donner le meilleur, tout cela dans la bonne humeur, pour se retrouver ensuite tous ensemble à jouer quelques pièces! Un futur Orchestre national de Jazz ?

 


Antichambre

Studio de l’Ermitage
Mardi 14 juin 2016 à 21h

Oboman plays Cole Porter
Double celli – Olivier Calmel
Supplément d’ame – Jean-Philippe Viret

La page facebook de l’événement
Le site du studio de l’Ermitage

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