Evgeny Kissin © Sasha Gusov
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Chronique

Kissin relève le défi du deuxième concerto de Bartók

par Jacqueline Letzter et Robert Adelson | le 19 septembre 2017

Le pianiste Evgeny Kissin est célèbre pour ses interprétations d’œuvres titanesques. Le 17 septembre 2017, lors du Concert de Gala des Amis de l’Orchestre Philharmonique de Monte-Carlo à l’auditorium Rainier III, il a ajouté un nouveau concerto virtuose à son répertoire : le redoutable Concerto n° 2 (Sz. 95, BB 101)  de Béla Bartók, qu’il interprétera par la suite en tournée à Hambourg, Paris et Bratislava.

Quand Bartók composa son deuxième concerto en 1930-1931, il voulait créer une œuvre plus accessible et moins exigeante pour les musiciens que son premier concerto, écrit quatre ans auparavant. Bartók a peut-être réalisé ce souhait en ce qui concerne la partition d’orchestre, mais la partie pour soliste, jouée par le compositeur lors de la première représentation en 1933, est d’une difficulté effrayante. Le pianiste András Schiff la considère « la plus difficile que je n’ai jamais jouée… D’habitude, à la fin, le résultat est un clavier couvert de sang ».

Kissin ne cède pas à la nature percussive de l’écriture, mettant l’accent dès le premier mouvement sur son caractère brillant, voire lyrique.  Dans le deuxième mouvement, Adagio, Kissin fait ressortir une multitude de voix intérieures, jouant comme dans un morceau de musique de chambre : avec les violoncelles et les contrebasses, et avec le timbalier Julien Bourgeois, qui exécute sa partie solo avec un aplomb remarquable.  Même dans les parties les plus rapides du Concerto, le Presto du deuxième mouvement et le Più allegro du finale, l’interprétation brillantissime de Kissin reste toujours nuancée. A son public appréciatif, Kissin a offert deux bis : Méditation, Op. 72 N° 5 de Tchaïkovski et une valse de Chopin.

Lawrence Foster: Photo: Marc Ginot

Lawrence Foster: Photo: Marc Ginot

En complément du concerto de Bartok, le chef d’orchestre Lawrence Foster a construit un programme de musique romantique hongroise et tchèque très colorée, dans lequel les musiciens de l’Orchestre Philharmonique de Monte-Carlo excellent. Le concert a commencé par l’exubérante ouverture de concert d’Antonin Dvořák (1841-1904) Dans le royaume de la nature, op.91, B.168, dans laquelle les solistes de l’orchestre (surtout la clarinettiste Marie-B. Barrière-Bilote et le hautboïste Matthieu Petitjean) se distinguent par leur spontanéité et passion.

Après l’entracte, l’orchestre a joué la suite de La petite renarde rusée de Leoš Janáček (1854-1928). Il est à regretter que Foster ait choisit l’arrangement de 1937 par le chef d’orchestre Václav Talich (1883-1961) au lieu de celui Charles Mackerras, réalisé en 2006 et plus fidèle à l’orchestration de Janáček. Ceci dit, Foster a dirigé la suite avec brio, et avec des contributions notables de la harpiste Sophia Steckeler, du violoniste David Lefèvre, de l’altiste Federico Andres Hood et de la flûtiste Anne Maugue.

Orchestre philharmonique de Monte-Carlo © OPMC-Alain Hanel

Orchestre philharmonique de Monte-Carlo © OPMC-Alain Hanel

Le concert s’est achevé par la suite d’orchestre Háry János, op.15 de Zoltán Kodály (1882-1967). L’altiste Federico Andres Hood s’est distingué dans son grand solo rhapsodique au début du troisième mouvement intitulé Chanson. Malheureusement, sous le bâton de Foster, le célèbre quatrième mouvement, Intermezzo, n’a jamais vraiment décollé, les accents très marqués du thème principal semblaient inhiber l’avancée de la musique. Foster s’est rattrapé dans le finale , Entrée de l’empereur et de sa cour, dont les passages magnifiquement grotesques sont proclamés par les cuivres.




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