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Chronique

La Belle au bois dormant, les couleurs du printemps de la vie

par Cécile Colline-Duchamp | le 22 janvier 2015

Quel plaisir d’assister à ce spectacle ! Au contrôle, on nous propose une couronne de carton à paillettes, que la plupart des gens acceptent bien volontiers, et en plus, ils tentent sans modération de « laisser libre cours aux royaux penchants » en portant leur couronne « d’un air le plus naturel du monde » comme dit Clémence, la blogueuse officielle de l’Athénée dans son dernier billet.

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Dans la salle, nous sommes accueillis par des chants d’oiseaux et la scène, ouverte, laisse voir des voilages verts à différents tons subtilement combinés, suspendus comme des rideaux, sur lesquels sont projetées des images représentant des arbres de forêt. La metteuse en scène, Valentina Carrasco, nous emmène dans cet univers poétique et coloré, dans lequel évoluent les personnages vêtus de costumes aux formes fantaisistes et tout aussi colorés. Mais lorsque la cour s’endort, tout devient monochrome. Le prince charmant arrive alors dans la forêt enneigée et glacée et apprend la légende d’un monde profondément endormi. Et au réveil, tout reprend sa couleur, comme pour dire qu’il n’y a pas d’hiver qui ne se transforme en printemps fleuri ! Les voilages sont également utilisés avec ingéniosité lors de l’apparition et de la disparition de personnages. Ainsi, la Fée noire se montre progressivement en brisant un voile noir, en occurrence un grand sac en plastique, et le couple royal et sa cour s’endorment enveloppés dans des tissus blancs.

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L’histoire suit assez fidèlement le conte de Perrault, mais l’adaptation de Valentina Carrasco suggère une touche délibérément moderne. En effet, la Belle, qui est tombée dans un profond sommeil vers 1640, ne se réveille pas cent ans après mais trois cents ans après, vers 1940 (l’œuvre a été composée en 1923) ! Et la Duchesse, qui accompagnait le prince, désespérée en voyant que son compagnon a décidé d’attendre dans la forêt le mois d’avril – car c’est en avril qu’il faut donner un baiser à la Belle –, suit finalement M. Dollar (habillé à la dernière mode des années 2010, tout comme la Duchesse) qui lui propose des liasses de billets verts et tous les plaisirs qui leur sont liés.

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La partition de Respighi propose une palette expressive et pittoresque, telle une peinture sonore, qu’interprète l’excellent ensemble Le Balcon, en résidence au Théâtre Louis-Jouvet. Les chanteurs de l’Opéra Studio de l’Opéra national du Rhin – dont certains se sont déjà produits sur la même scène dans Le Pauvre Matelot (Milhaud), La Colombe (Gounod) et La Blanche neige (Marius Felix Lange) – ont tous pris leur rôle à cœur ; leurs voix sont agréables à entendre tout au long du spectacle, même si les paroles ne sont pas toujours prononcées de manière compréhensibles. Le chef Vincent Monteil, non seulement dirige l’orchestre et les chanteurs avec grand talent, mais a effectué un travail considérable de traduction et d’adaptation du livret en français, qui est plus qu’une réussite.

 


La Belle au Bois dormant, conte musical d’Ottorino Respighi (1879-1936)

Livret de Gian Bistolfi d’après le conte de Charles Perrault
Direction musicale : Vincent Monteil
Mise en scène : Valentina Carrasco
Ensemble Le Balcon

Avec :

Gaëlle Alix : la Princesse, le Rossignol
Lamia Beuque : le Coucou, la Reine, le Chat
Marie Cubaynes : la Fée noire, la Vieille édentée, la Duchesse
Francisco Gil : Mister Dollar
Peter Kirk : la Grenouille, le Prince
Jaroslaw Kitala : le Bûcheron
Sunggoo Lee : le Bouffon
David Oller : le Roi
Rocío Pérez : la Fée bleue
Nathanaël Tavernier : l’Ambassadeur

 


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