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Ballet de l'Opéra national de Paris
Chronique

« La Fille mal gardée » à Garnier : l’humour virtuose en l’éternel printemps de Frederick Ashton

par Linièle Chane | le 2 juillet 2018

Jusqu’au 14 juillet 2018, le Ballet de l’Opéra de Paris reprend La Fille mal gardée, chef d’œuvre du répertoire classique et best-seller international, dans la version de Frederick Ashton créée pour le Royal Ballet de Londres en 1960. La musique de Louis-Joseph-Ferdinand-Hérold (1828) excellemment orchestrée par John Lanchbery (1960) magnifie avec hardiesse la fresque champêtre de Jean Dauberval (1789) et donne un relief vivifiant à la danse comique, joviale et toute de franche gaieté. Sous la direction musicale de Philip Ellis.

 

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Ballet de l’Opéra national de Paris © Francette Levieux/ Opéra national de Paris

Âgé de près de deux siècles et demi, La Fille mal gardée est le plus ancien des ballets d’action parvenu jusqu’à nous. Il doit son exceptionnelle longévité et son succès à son adaptation aux thèmes contextuels en vogue à son époque et surtout aux nouvelles vies successivement insufflées. A commencer par l’héritage du dernier siècle de l’Ancien Régime qui voit évoluer les conceptions de la nature, la représentation du mariage et au sujet populaire qui traite de la paysannerie. Comédie sentimentale, simplicité candide de la vie paysanne, affinités complices avec la nature, succession de tableaux où le comique a toute sa place … sont les ingrédients très appréciés des scènes théâtrales parisiennes.
Créé par Jean Dauberval le 1er juillet 1789, Le Ballet de la paille, ou Il n’est qu’un pas du mal au bien, ouvre la voie à une lignée prolifique de reprises et de diffusion dans toute l’Europe et aux Etats-Unis menées par les disciples du chorégraphe. Aux derniers élans du Romantisme répond la version de Lev Ivanov et Marius Petipa (1885) adaptée à l’évolution de la technique, qui offre à La Fille mal gardée un nouvel essor. Transmise par les chorégraphes soviétiques et par les artistes des Ballets russes contraints à l’exil à partir de 1917, l’œuvre connaît alors une reconnaissance mondiale.

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Alice Renavand et François Alu © Francette Levieux/ Opéra national de Paris

A sa création en 1960, la version de Frederick Ashton remporte tous les suffrages et devient un chef-d’oeuvre classique. Aux traditions russe et française, le chorégraphe introduit les principes du néo classicisme britannique. Il affirme l’humour dont il use avec verve et simplicité, et passe tour à tour du lyrisme délicat de la comédie sentimentale à la gentille satire avec le personnage de la Mère Simone, interprétée par un homme. A cela il magnifie l’œuvre avec la charge émotionnelle de l’expression poétique qu’il distille avec art et finesse.
La poésie enveloppe l’œuvre qui se déploie dans un naturel lyrisme : « Dans mon imagination, il existe en effet, une vie au pays de l’éternel printemps, une pastorale luxuriant de soleil perpétuel et de bourdonnement d’abeilles, l’immobilité suspendue de ma chère contrée du Suffolk, calme et lumineuse ». Ashton habille ses personnages de fraîcheur et use de l’humour simple. Simple et virtuose.
Ainsi, le ballet se pare de modernité par l’intemporalité de l’incarnation dans l’oeuvre. L’atteinte d’emblée de nos lieux de mémoire où règne l’imaginaire universel qui traverse les temps, à nos voyages intérieurs des parfums de l’enfance et des joies de la nature.
Les pans illustrés du décor d’Osbert Lancaster, peintes à la manière des images d’Epinal contribuent eux aussi à nous plonger dans le ton facétieux des personnages de fables passées.

 

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Ballet de l’Opéra national de Paris © Francette Levieux/ Opéra national de Paris

L’écriture chorégraphique donne une part significative à l’expression théâtrale et à la musique. Les charmants tableaux se succèdent dans une subtile cadence, les nombreux accessoires ajoute pittoresque et dynamique aux multiples scènes de pantomime.
L’ensemble de l’œuvre est soutenu par une densité musicale extrêmement colorée, étonnamment expressive et présente dans la danse. Pour notre plus grande joie. Ainsi le cri des gallinacées jovialement répété, les claquements sonores dans la danse des sabots, le tintement de la cloche, le grondement de l’orage…
Les danseurs habitent leurs personnages avec un engouement manifeste pour l’exquise fraîcheur de l’instant et la vivacité à engager. Naturellement, ils empruntent la gestuelle comique sans affectation excessive. Les scènes pittoresques sont investies avec ferveur : Lison donne le grain aux poules, baratte le beurre, file la laine, la signature du contrat de mariage…, et alternent harmonieusement avec les scènes dansées par le couple d’amoureux (la danse des rubans) et le corps de ballet.
Tous se livrent à cœur joie dans cette célébration de la vie champêtre. L’euphorie est contagieuse ! Vers une rêveuse jubilation nous nous laisserions volontiers porter….

 


La Fille mal gardée
Ballet en deux actes d’après Jean Dauberval
Chorégraphe: Frédérick Ashton
Musique : Louis-Joseph-Ferdinand Hérold (1828)
Arrangements musicaux : John Lanchbery
Ballet de l’Opéra de Paris

Du 25/06/18 au 14/07/18
A l’Opéra national de Paris, Palais Garnier

Ballet pantomime créé par Jean Dauberval le 1er juillet 1789 au Grand-Théâtre de Bordeaux sous le titre Le Ballet de la paille, ou il n’est qu’un pas du mal au bien, et entré à l’Académie royale de Musique de Paris le 17 novembre 1828 dans la version de Jean-Pierre Aumer.
Version de Frédérick Ashton créée le 28 janvier 1960 à Covent Garden à Londres et entrée au répertoire du Ballet de l’Opéra national de Paris le 22 juin 2007.




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