Le Concert de la Loge Olympique © Yannick Coupannec
Le Concert de la Loge Olympique © Yannick Coupannec
Chronique

Naissance d’un nouvel orchestre : le Concert de la Loge Olympique

par Cécile Colline-Duchamp | le 22 janvier 2015

Le Concert de la Loge Olympique était une formation orchestrale, créée à Paris en 1785 par le Chevalier de Saint-Georges, le comte d’Ogny et Marin de la Haye, suite à la disparition du Concert des Amateurs. Il a été actif jusqu’à la Révolution, donnant de nombreux concerts au Palais Royal, proposant au programme les dernières œuvres publiées de compositeurs contemporains comme Mozart ou Haydn. L’orchestre est intimement lié à la création des « Symphonies parisiennes » (1785-1786) de Joseph Haydn que le Chevalier de Saint-Georges lui commanda et qui connurent un succès immédiat dans toute l’Europe.

Julien ChauvinHD©ALaveau

Julien Chauvin © A. Laveau

On comprend donc que le nouveau Concert de la Loge Olympique, refondé par Julien Chauvin, qui officiait comme premier violon solo au Cercle de l’Harmonie qu’il dirigeait parfois, a la vocation de redécouvrir le répertoire classique de la fin du XVIIIe siècle au début du XIXe. Il souhaite également remettre au goût du jour Cambini, Reicha, Duport, Kreutzer, et tous ces compositeurs qui ont peut-être pâti de la notorioté de leurs contemporains plus prestigieux.

Son concert inaugural était cependant entièrement consacré à Haendel, avec des œuvres composées entre 1711 et 1735, avec une exception: « Will the sun forget to streak » extrait de Solomon (1749). Nous sommes donc loin des délimitations communément acceptées de la période classique. Le programme, bâti sur un jeu de contrastes, semblait conçu pour que chaque pièce mette les autres en valeur, extraordinaires alternances qui peuvent faire se succéder l’air signature de Karina Chauvin, « Ah mio cor » (tiré d’Alcina) avec les suites orchestrales Water music. La formation, composée d’une vingtaine de musiciens jouant sur instruments d’époque, nous offre une texture sonore très équilibrée et atteint un haut degré de virtuosité et de sensibilité, que ce soit dans les pièces instrumentales (l’ouverture de Giulio Cesare in Egitto ou le Concerto pour orgue op. 4 n° 2) que les airs (extraits de Giulio Cesare in Egitto, Rodelinda, Solomon, Lotario, Alcina et Rinaldo). On regrette peut-être quelques petites faiblesses techniques à l’orgue dans le Concerto.

La soprano canadienne Karina Gauvin est éblouissante de théâtralité. Ses « Ah mio cor », « Ah ! Crudel » et « Furie terribili » ont laissé le public pantois. Sa voix, à la texture riche et dense, et son expression profonde, tour à tour intériorisée et extériorisée selon les pages, nous plongent complètement dans un univers d’opera seria, offrant un degré de réalisme dramatique difficilement descriptible avec des mots.

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Karina Gauvin © Michael Slobodian

Karina Gauvin nous a offert en bis le célèbre « Lascia ch’io pianga » de Rinaldo, dont les paroles en hommage à la liberté était un message de soutien pour la France après les drames qu’elle a connus ces derniers jours :

Lascia ch’io pianga
mia cruda sorte,
e che sospiri
la libertà.

 

 


14 janvier 2015 à la Salle Gaveau
Le Concert de la Loge Olympique
Julien Chauvin, violon et direction
Karina Gauvin, soprano

Programme :
Georg Friedrich Haendel (1685-1759)

Ouverture de Giulio Cesare in Egitto
« Da temposte », extrait de Giulio Cesare in Egitto
Water Music
, HWV 348
« Ombre piante, urne funeste », extrait de Rodelinda
Concerto pour orgue
, op. 4 n° 2, HWV 290
« Will the sun forget to streak », extrait de Solomon
« Scherza in mar », extrait de Lotario
« Tornami a vagheggiar », extrait d’Alcina
Concerto grosso
op. 6 n° 1 en sol majeur
« Ah mio cor », extrait d’Alcina
Water Music
, HWV 350
« Ah ! Crudel », extrait de Rinaldo
« Furie terribili », extrait de Rinaldo

 

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