Apollon et Hyacinthe
Apollon et Hyacinthe © Camille Vidart
Reportage

Apollon et Hyacinthe : une approche de la scénographie avec Camille Vidart

par Anne-Lise Dupuis | le 18 décembre 2014

Vous avez eu récemment l’occasion de découvrir Apollon et Hyacinthe, le tout premier opéra de Mozart à la Cartoucherie de Vincennes par la compagnie « L’Opera, pourquoi pas! ». C’est l’occasion de revenir sur la scénographie – métier peu connu – lors d’un échange avec Camille Vidart.

D’origine grecque, scénographie signifie littéralement « écriture de la scène ». Le scénographe est en quelque sorte l’architecte d’intérieur du spectacle : il conçoit et dessine les décors à partir d’une esthétique globale initiée par le metteur en scène. Pour Apollon et Hyacinthe, Oriane Beauvert confie à Camille Vidart la création d’un bureau de proviseur dans un collège de l’Angleterre du XIXème siècle.

Généralement hautement symbolique, la scénographie du spectacle raconte ici une histoire. Pour Apollon et Hyacinthe, Camille Vidart est partie de deux envies : celle de concevoir un meuble-tableau et celle de créer une poésie de l’intérieur, un environnement qui à la fois réveille l’imagination du spectateur et permette aux chanteurs de mieux incarner leurs rôles.

Lorsqu’elle lit le livret d’Apollon et Hyacinthe, elle s’attache tout de suite à l’histoire cachée – l’amour qui unit Apollon et Hyacinthe – au sein de l’histoire officielle. Elle s’intéresse à la sensation de vertige que nous connaissons tous pour avoir un jour découvert une réalité cachée derrière une apparence trompeuse. La lecture symbolique de ce livret passant par ce vertige, elle choisit, en accord avec Oriane Beauvert, d’illustrer ce trouble par un décor en trompe l’œil. Pour évoquer l’univers des arts, de la science et de la technique dans l’Angleterre du XIXème siècle ainsi que la religion anglicane, Camille imagine un triptyque comprenant un cabinet de curiosités, un panneau en bois bibliothèque et un tableau d’Apollon et Hyacinthe.

© Camille Vidart

© Camille Vidart

Pour construire l’image du cabinet de curiosités, Camille démarre ses recherches iconographiques à la bibliothèque Forney spécialisée dans les Arts Appliqués. Pour la structure du tableau, elle s’inspire d’un tableau de Cornelius Gysbrechts (1675) découvert par Sophie Boyer [soprano – rôle de Melia dans l’opéra] dans un musée de Rouen, représentant une vanité en trompe l’œil.

© Camille Vidart

© Camille Vidart

Le cabinet de curiosités – dont la vocation est d’exposer des objets d’art souvent ramenés lors de voyages lointains mais aussi des objets faisant référence aux découvertes de l’époque – fait en quelque sorte office de musée à la maison. Très en vogue dans la bourgeoisie de Province au XVIIIème et début XIXème siècles alors que les musées sont encore peu répandus, il comporte un certain nombre d’objets de quatre catégories : ceux issus de la nature (coquillages, insectes séchés, fossiles), œuvres d’art (gravures, médailles d’hommes illustres, maquettes), objets exotiques, instruments scientifiques. Il va, dans certains cas, jusqu’à remplir une pièce entière !
Au fil de ses recherches, Camille sélectionne un certain nombre d’objets aux qualités pittoresques et graphiques, tels que le corail rouge ou le « miroir-sorcière », miroir convexe permettant au regard d’embrasser un angle de 250° et parfois utilisé par les gouvernantes depuis la cuisine pour surveiller les enfants situés dans une autre pièce, un crâne de dinosaure (précisément celui de l’arsinoitherium pour les connaisseurs !) qui fait ici office de vanité.

Après une première phase de conception du décor qui implique une étroite collaboration avec le metteur en scène sur ses intentions scéniques, intervient la phase de réalisation des décors dont la scénographe assure la coordination. Cette étape a été assurée par une équipe composée de Mark Daovannary, artiste plasticien et graphiste, Mireille Landelle, peintre, qui apporta sa touche finale à la composition, Simon Bichon, artiste plasticien et sculpteur de décors, et Olivier Gasté et Bruno Travers à la menuiserie.

Afin de produire sur le spectateur une sensation de vertige, Camille Vidart imagine que ces différents éléments de décor puissent s’animer au fil de l’opéra et deviennent autant de moments de surprise pour le spectateur.
Certains objets des tableaux vont se révéler bien réels (et non peints) ce qui permettra aux chanteurs de s’en saisir tout au long de l’opéra! Un mécanisme astucieux permet d’ouvrir la porte de la bibliothèque de façon quasi-magique pour le spectateur. Et ce ne sont là que quelques exemples !

La scénographie est un métier riche et varié : il allie recherches historiques et esthétiques, fait appel à l’imagination et confronte le scénographe à un certain nombre de contraintes techniques. Le scénographe part d’une vision globale de la scène pour arriver au moindre détail : de la texture des rideaux à la peinture du blason du collège sur une batte de cricket.

Vous vous demandiez d’où venait cette richesse du décor d’Apollon et Hyacinthe qui vous a transportés dès votre entrée dans la salle du théâtre de l’Epée de Bois dans l’ambiance d’un collègue anglais du XIXème siècle ? Egalement, d’où venait la fluidité avec laquelle les chanteurs évoluent dans ce décor ? Vous avez désormais quelques éléments de réponse ! Et c’est très réussi !

 

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